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Marc AMFREVILLE
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Ombres sur l’Hudson : un roman posthume ? Posthume mais pas vraiment puisque l’original de ce roman d’Isaac Bashevis Singer avait été publié en yiddish de son vivant, Ombres sur l’Hudson, dont l’intrigue se situe en 1946 aux États-Unis, est l’occasion de réfléchir à l’écriture de la Shoah. Parce qu’il met en scène des personnages qui ont échappé à la « solution finale » en s’enfuyant à temps de Pologne, et qui sont néanmoins hantés par les spectres de leurs proches disparus, Singer contourne l’interdit éthique de l’irreprésentable, de la « poésie impossible après Auschwitz » (Adorno). Il donne à entendre ce que peut être un fantôme au sens qu’ont donné à ce mot Abraham et Torok, et rend tangible, sans voyeurisme
ni jouissance, la réalité du traumatisme second. Il autorise les résonances pour les générations futures, ouvrant la voie à une universalité qui jamais ne renonce à la particularité. Cet article entend montrer comment la littérature, aussi hostile à Freud qu’ait pu être Singer, est porteuse
d’intuitions et de vérités théoriques dans lesquelles la psychanalyse peut se reconnaître.
Cet article, à partir d’un cas clinique, se propose de repenser les liens qui unissent ou devraient unir psychanalyse et réflexion sur l’environnement. Prenant appui sur un article fondateur de H. Searles, un essai écologiste du romancier américain Jonathan Safran Foer et une nouvelle de l’écrivain Rick Bass, il entend démontrer que le psychanalyste, en marge d’indispensables considérations sur la réalité psychique, devrait savoir rester attentif à la réalité matérielle des sources des angoisses créées par la crise environnementale, qu’il ne peut pas ne pas partager avec son patient – et que la littérature peut l’y aider.
Interlignes
Ce texte a été présenté le 14 juin au séminaire « Interpréter, lire, écrire : Littérature et Psychanalyse », organisé et animé par François Richard et Laurence Aubry au sein de la SPP .Comme son intitulé l’indique, il s’agit d’explorer les liens entre psychanalyse et littérature, tant du côté de la clinique et de la théorie que de celui de la création et de la critique. Fonctionnant depuis trois ans, c’est un séminaire ouvert au public qui fait intervenir des psychanalystes de différentes sociétés (SPP, APF, Quatrième Groupe, et des écrivains (Geneviève Brisac, Dominique Barberis, cette année).
Premières lignes : Au moment de présenter une expérience d’écriture, très récente pour moi, celle d’un roman, mon premier roman, Ombres grecques, paru en 2022, j’ai été saisi par la conscience vive qu’à parler d’un geste aussi intime que peut l’être l’écriture de fiction, il allait falloir aborder aussi sincèrement que possible des questions qui ne toléreraient pas la protection dont bénéficie un exposé de nature générale ou théorique...