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Il s’était demandé comment écrire aujourd’hui ce lieu qui mobilisait autant d’enjeux personnels et représentait à ce point les prémices d’une rencontre jusque-là impossible puisqu’il n’était pas retourné en Algérie depuis 1962 ? C’était la première question, la première inquiétude qui s’était imposée à lui. Car c’est en termes de rencontre et non pas de retour qu’aurait pu se formuler cet impossible. Et pour cela à quelle écriture se fier, se confier, car c’était aussi de confiance et d’écriture dont il était question ?...
Le concept de psychose est en voie de démantèlement dans la psychiatrie actuelle, celle des dsm. Cet article retrace cette évolution notamment depuis les années 1970. Il réaffirme en même temps l’importance de ce concept de psychose pour la psychanalyse, en faisant le point sur son contenu d’aujourd’hui.
Hommage à Alain de Mijolla (1933-2019)
Docteur en médecine, neuropsychiatre, psychanalyste, membre du Committee on Archives and History (ipa), Alain de Mijolla, né à Paris le 15 mai 1933, est décédé le 24 janvier 2019. Il a été inhumé au cimetière de Bagnolet, après une cérémonie funéraire aux Batignolles. Il est élevé par ses grands-parents, et son grand-père, « Papé », lui donne le goût de l’histoire. Après les années d’école primaire, il est un excellent élève au lycée Saint-Michel-de-Picpus, dans le 12e arrondissement de Paris. Ses études de médecine et de psychiatrie terminées, il est un temps médecin des hôpitaux psychiatriques.
Il se forme comme psychanalyste (avec Conrad Stein et supervision avec Denise Braunschweig), devient membre en 1968 et titulaire en 1975 de la Société psychanalytique de Paris (dont il démissionnera en 2007). Collègue cultivé, actif, habité de passions (histoire, musique, cinéma, théâtre, amitiés, bonne chaire), Alain de Mijolla laisse une œuvre analytique ainsi qu’une œuvre institutionnelle et éditoriale originales. Avec son collègue aixois Jacques Caïn, il organise de 1982 à 1993 les « Rencontres d’Aix », en Provence, débats autour d’un thème (par exemple, « Souffrance, plaisir et pensée », en 1982, « L’autobiographie » en 1987, « À la musique… » en 1991), qui se tiennent dans une petite chapelle fraîche, dans une atmosphère amicale, avec conférences et ateliers, dans la période du Festival de musique, ce qui permet le soir d’assister aux concerts.
En 1985, Alain de Mijolla fonde l’Association internationale d’histoire de la psychanalyse, dont il est le président jusqu’en 2011. Il sollicite tout analyste ayant témoigné par ses écrits de son intérêt pour l’Histoire, et, fédérateur, regroupe bientôt bon nombre de chercheurs, historiens, socio-politiciens, et bien sûr, traducteurs, écrivains, mais aussi amateurs intéressés. Son but : faire l’histoire de cette discipline, qui, bien qu’ébauchée par Freud, n’existe pas encore comme telle. Des champs de recherche sont proposés sur « l’histoire de la psychanalyse et de son fondateur », l’étude des découvertes, des biographies des proches et des disciples, l’histoire du mouvement depuis l’origine, ses développements, sa place dans les sciences. La création d’un Comité scientifique international et d’un petit noyau organisationnel : secrétariats scientifique, administratif, et les rédacteurs du petit Journal (biannuel en français et en anglais) font tourner cette nouvelle association.
Véritable aventure scientifique pour le président-fondateur et les collègues qui le suivent, en France – d’abord une poignée, qui se réunit rue de Grenelle, puis rue du Commandant-Mouchotte –, bientôt des dizaines de Sociétés psychanalytiques de par le monde ; des groupes de recherche se forment en France et dans plusieurs pays.
Tous les deux ans se tient, en période estivale, la « Rencontre internationale de l’aihp », où, chose rare, le temps de parole des orateurs est le même que celui de l’audience, ce qui permet un vrai débat. Ces rencontres se sont tenues à Paris, Vienne, Londres, Bruxelles, Berlin, Paris, Londres, Rome, Barcelone, Versailles, Athènes, etc. En 1996, afin de marquer le centenaire de la psychanalyse, la rencontre est organisée à Paris avec l’apf, le Quatrième Groupe et la spp.
Une revue annuelle, la Revue internationale d’histoire de la psychanalyse, d’un volume plutôt inattendu (de 460 à 746 pages) voit le jour, en 1988, aux Puf. Les travaux des Rencontres y sont publiés, recherches pointues comme « L’engagement sociopolitique des analystes », « L’édition de l’œuvre de Freud », « La formation des analystes », etc., ainsi que des conférences et travaux divers : compte-rendus d’ouvrages, d’évènements, ainsi que de nombreux documents inédits.
Durant un temps, Alain de Mijolla tient un Séminaire d’histoire de la psychanalyse à l’ehess, où beaucoup d’entre nous ont pu donner des communications.
Signalons également le tout premier colloque à Paris, en 1988, sur la Correspondance Freud-Ferenczi, co-organisé par l’aihp et Judith Dupont avec André Haynal, afin d’aider à la publication de cette correspondance unique. Nous avions tous travaillé à partir des Minutes des lettres de Freud et de Ferenczi, traduites, rédigées et… prêtées par Judith. Les communications sont parues dans les numéros 2 et 3 de la Revue.
Hélas, cette revue si précieuse, mais en échec commercial, doit arrêter de paraître après six énormes numéros.
Enfin, en 1995, Alain entreprend la rédaction du Dictionnaire international de psychanalyse, aidé par un comité éditorial composé de Sophie de Mijolla Mellor, Roger Perron et Bernard Golse, et des conseillers. Il est publié en deux volumes, chez Calmann-Lévy, en 2002 : concepts, notions, biographies, œuvres, évènements, institutions…, soient 1572 entrées, rédigées par 460 chercheurs internationaux. Ce Dictionnaire est traduit en plusieurs langues et réédité chez Hachette, avec de nouveaux ajouts, dont les entrées récentes, biographiques, de Nathalie Zaltzman et Jean-Paul Valabrega.
Si ce passionné d’histoire n’était pas un historien diplômé, il l’est devenu, en travaillant de manière « artisanale ». Infatigable chasseur d’archives, il traque les mythes et les erreurs écrites sur Freud, et se fait aider si besoin par des collègues formés à l’historiographie.
Dans notre propre analyse et dans l’écoute de nos patients et analysants, ne sommes-nous pas en quelque sorte continuellement dans les secrets de leurs histoires familiales et dans la grande Histoire également ? Ne nous formons-nous pas souvent d’abord « sur le tas » ? Après l’expérience du divan et sa propre recherche sur les identifications et les fantasmes d’identification, Alain de Mijolla continue à s’intéresser aux secrets de famille, qui se faufilent d’une génération à l’autre. Ainsi, son essai sur Arthur Rimbaud le lance dans l’historiographie : il commence par une enquête, via les nombreuses biographies écrites sur Rimbaud et reprenant sa généalogie, ainsi que le silence et l’absence du père dans la vie et les écrits du poète, fait l’hypothèse d’une identification inconsciente d’Arthur avec son père, le capitaine Frédéric Rimbaud, déserteur de l’armée (et du domicile familial alors qu’Arthur a 6 ans). Ses amis Nicolas Abraham et Maria Torok l’encouragent dans sa recherche, proche de la leur (sur le fantôme et la crypte). Mais Alain de Mijolla préfère le terme intergénérationnel à transgénérationnel (N. Abraham), trop près de l’occulte, de la transe qui omet le tiers transmetteur.
Essai remarquable, jouant sur l’évocation du film de Marcel Carné et Jacques Prévert (1942), où « l’occupant » du moi, chez A. Rimbaud, l’entraîne à sa perte. Cet essai lui vaut le prix Bouvet en 1976.
Directeur de la collection « Confluents psychanalytiques » aux Belles Lettres, il a aussi la responsabilité de la collection « Histoire de la psychanalyse » aux Puf et fait traduire des ouvrages importants : la Correspondance Freud-Jones, de P. Gay Un juif sans dieu, de Hirschmüller Josef Breuer ; de King et Steiner La controverse Anna Freud-Melanie Klein (1941-1945) ; de H. et M. Vermorel Sigmund Freud et Romain Rolland. D’autres ouvrages publiés dans cette collection : C. Lorin, Sándor Ferenczi. De la médecine à la psychanalyse ; R. Roussillon Du baquet de Messmer au « baquet « de Freud.
En 2004, Alain de Mijolla recevra le Sigourney Award pour son œuvre. Il donne ses archives à l’imec en 2014. Travailleur infatigable – et qui a fait travailler son équipe – A. de Mijolla semble avoir réussi dans toutes ses entreprises, sauf une : il regrettait disait-il son manque d’influence, pour cette nouvelle discipline, l’histoire de la psychanalyse, sur nombre de collègues analystes et surtout les universitaires…
Sa bibliographie : Pour une psychanalyse de l’alcoolisme, avec S.A. Shentoub (Payot, 1973) ; Les mots de Freud (Hachette, 1982) ; 100 Questions sur Freud (La Boétie, 1984) ; La psychanalyse, avec S. de Mijolla Mellor (Puf, 2008, 5e éd.) ; Fragments d’histoire (Puf, 2003) ; Préhistoires de famille (Puf, 2015) ; Freud et la France (Puf, 2010) ; La France et Freud, 2 tomes (Puf, 2013-2016) ; Sabina la « Juive » de Carl Jung (Pierre Guillaume de Roux, 2014) ; L’identification selon Freud. Une notion en devenir (In Press, 2017).
Le psychanalyste entendant qui reçoit un enfant sourd est confronté à une expérience déroutante, car la surdité le touche dans des zones psychiques et physiques inhabituelles, et parfois inconnues. La surdité de l’un rend l’autre sourd. Elle constitue, en ce sens, un handicap partagé, mutuel. L’analyste va donc devoir repérer les effets de cette surdité en lui-même. Une élaboration particulièrement fine de son contre-transfert lui sera nécessaire pour explorer ce monde très différent du sien (rapport au corps, au silence, au mouvement, aux langues…) qui bouscule sa psyché. La pratique de la langue des signes, la connaissance des représentations de la surdité et des sourds à travers les âges, ainsi que des violences qui leur furent faites, lui seront également utiles dans la compréhension des fantasmes et des peurs encore à l’œuvre dans les relations entre sourds et entendants. Les violences d’effacement du XXème siècle envers les sourds (stérilisation, avortement, mises à mort…) résonnent avec la quasi-interdiction de la langue des signes au siècle précédent, et laissent des traces psychiques à repérer et à décrypter dans les cures.
Encore aujourd’hui, nous nous posons les mêmes questions que les fondateurs de la psychanalyse, alors que les conditions de vie sont différentes en ce XXIe siècle. Comment pouvons-nous tenir compte de ces changements dans notre travail de psychanalyste pour que les analysants puissent s’engager dans une cure ? Et comment pouvons-nous, les analystes, entendre ce que disent nos collègues sans nous embourber dans des jugements et des critiques ?
Ce récit de la cure d’un enfant souffrant d’angoisse s’articule autour des notions de Nicolas Abraham et de Maria Torok d’Unité Duelle et d’Introjection. La cure se termine par un jeu qui résonne comme un conte à l’oreille de l’analyste.
L’auteure, s’appuyant sur de récentes parutions du philosophe Éric Sadin et des psychanalystes Serge Tisseron et Frédéric Tordo autour des retentissements sur la civilisation et sur la vie et le psychisme individuel des développements accélérés des technologies numériques et robotiques, interpelle la réflexion des psychanalystes sur les effets dans leur pratique de cette nouvelle réalité sociétale.
« L’Algérie, traversées » a été d’abord un projet qui nous a tenu à cœur, Anne Roche, Catherine Mazauric et moi-même. Le projet de réaliser cette rencontre précisément dans le cadre de Cerisy lui a donné une valeur et un sens bien particulier. Edith Heurgon nous a soutenu tout au long de sa préparation, je tiens ici à l’en remercier pour nous trois. Ce projet s’est construit autour d’un constat partagé : il nous a semblé que l’heure était désormais venue en Algérie pour un véritable renouveau apporté par les œuvres de culture. Leur vitalité, leur diversité, leur impertinence, en témoignent et débouchent sur une nouvelle page en train de s’écrire, non seulement et au sens le plus large du terme, dans le champ culturel en Algérie, mais aussi dans le champ des relations encore trop souvent intriquées et confuses entre la France et l’Algérie…
La notion de sept péchés capitaux parcourt la culture depuis l'antiquité chrétienne. C'est un point de fixation de la culpabilité, alors même que sa source historique était bien différente. Aujourd'hui, le malêtre contemporain porte les traces des effets sur la civilisation des camps d'extermination du XXème siècle. Dès lors, ainsi que l'a démontré Nathalie Zaltzman, la psychanalyse se doit d'être à l'écoute des forces de vie présentes dans les pulsions de mort. L'exigence de lucidité trouve ainsi un écho entre la source historique des "passions de l'âme" et la responsabilité contemporaine des psychanalystes.
Un tableau de Chagall - La Crucifixion blanche - nous aide à comprendre comment l'artiste s'est emparé du thème antisémite du Juif errant, élaboré au fil des siècles par la tradition chrétienne, en proposant une relecture de ce mythe qui en retourne le sens.
Comment de l'état de passivité et de soumission peut surgir des comportements pervers. Comment l'écrivain Imre Kertész trouve une autre issue : la création, fonction vitale.
L'écrivain Paul Fournel, avec sa formule "le vélo est mon roc", opère un renversement de perspective quant au roc des passions. renversement qui fait passer celui-ci du statut d'obstacle épistémologique à celui de levier pour transformer le monde. Levier aléatoire certes, qui, comme le guidon de cet auteur, peut se retourner.... (suite sur les Actes 8 - Le roc des passions)
Il n'y a pas de passionnel de la passion auquel ne participerait pas une volonté de pouvoir et d'emprise visant l'abolition de l'objet comme autre, une violence anéantissant son objet. Dans le transfert analytique, le passionnel peut prendre la place d'un irréductible à toute mise en sens ou interprétation. Son rapport étroit avec une réaction thérapeutique négative doit toujours être pris en compte, et ce même à minima. Le noyau passionnel, son roc irréductible, réédite dans la cure la force pulsionnelle de traces infantiles refoulées. La situation passionnelle d'amour de transfert ne relèverait-elle pas de ce qui se passe dans la force "réalisante" que l'analyste serait tenté de donner à l'exigence passionnelle de son analysante, en prenant celle-ci à la lettre de la réalité, de "sa" réalité ? Le roc irréductible du transfert passionnel ne correspondrait-il pas chez l'analyste à une suspension de l'hallucination négative de la pensée, surface blanche permettant jusque-là qu'ait lieu le jeu des transferts dans la cure ?
Il n'est de passion que dans une recherche de comblement, d'une concordance sans écart, entre un sujet et son/ses "objets" ; que là où se constitue une visée de complétude. Considérer l'institution à la lumière des figures de la passion convoque dès lors la double dynamique dans laquelle sont pris le sujet et le groupe professionnel, celle de l'attraction totalisante du "Un" et du mouvement de différenciation pluralisante qui en constitue le pôle dialogique. Après avoir rappelé les enjeux psychiques de ce que représente le "travail" pour le sujet, nous nous intéresserons à la figure de l'institution considérée dans sa dimension subjective. Au titre de la diversité des configurations qui sont à même d'attracter une visée d'emprise totalisante sur la scène de l'institution, nous interrogerons les dynamiques qui se jouent dans le lien soignant, et celles qui se jouent relativement à l'institution comme objet psychique.
C’est à Nabile Farès poète psychanalyste que je voudrais rendre hommage ce soir, à celui que j’ai rencontré pour la première fois en 1992, lors du colloque du Collège de psychanalystes, sur le thème des violences et de la subjectivation. Je me souviens d’un déjeuner partagé aussi avec Benjamin Stora, de la générosité avec laquelle Nabile m’avait offert d’emblée son amitié dans un échange plein de chaleur et d’humour. Je relisais récemment sa communication sur « les névroses de guerre » et j’ai retrouvé toute la densité de ses propos d’alors, des propos qui m’avaient tant troublé, tellement ils dévoilaient la folie de la langue souveraine, la langue devenue folle quand elle se prétend le lieu de la vérité pour énoncer le détournement pervers de la réalité : le temps de guerre était devenu ce qu’on a appelé « l’œuvre de pacification », dans un renversement ironique, destructeur, de la réalité. Pour Nabile, cette duplicité de la langue coloniale a créé une fissure, une béance pour toute une génération naissant au langage, inscrivant la duperie au coeur des mémoires les plus singulières, et de la mémoire collective, inscrivant un trou, une faille devenue trace paradoxale d’une guerre innommée, ou par ailleurs ‘trop’ nommée…
L'enfant est-il un petit sauvage pulsionnel, mais qui échappe aux passions proprement dites, car elles nécessiteraient un Moi construit et un Idéal-du-Moi intériorisé ? Telle est la question posée au départ de ce travail. Pour y répondre, deux exemples de lien passionnel à l'objet maternel sont exposés, qui présentent entre eux une différence notable. La symptomatologie anxieuse du premier illustre une passion amoureuse oedipienne. Dans la seconde présentation, la passion qui prévaut est l'envie, c'est-à-dire la haine pour l'objet lui-même. Dans ce cas-là, est apparu un retournement de l'investissement pulsionnel tendre de l'objet (la marmotte dans le jeu) en haine envieuse et destructrice. L'objet idéalisé est devenu persécuteur et l'enfant a tenté d'en conjurer la menace par la fragmentation de la marmotte maternelle du transfert en une foule de nuisibles à exterminer dans des chambres à gaz.
Dans l'envie, comme dans la passion amoureuse, l'objet idéalisé s'empare de toute la libido. Le sujet le tient donc pour responsable de sa frustration. C'est une véritable passion amoureuse retournée. L'objet de la passion envieuse, qui est le maître et le possesseur du monde, est attaqué haineusement, alors que dans une passion amoureuse, c'est le sujet qui se fait subvertir par l'objet idéalisé et se soumet.
Au cours du processus de civilisation, les passions sont terribles et nécessaires. Leur évocation, dès les contes de l'enfance, constitue l'essentiel des oeuvres de culture. Grâces à elles, le travail de culture n'est pas qu'un travail de deuil. Il ne vise pas uniquement à intérioriser les objets perdus, mais à prolonger autrement cette souffrance d'amour et de mort, à garder autrement la blessure ouverte. Et le travail de culture devient ainsi lui-même passion.
Le surmoi matérialise l’intrication du psychisme individuel et de la culture, dans la perspective freudienne de l’articulation de l’auto-destructivité individuelle et de l’auto-destructivité collective. Dans cette articulation, la psychopathologie des limites, tant sur le versant mélancolique que sur le versant incestuel, oblige à mettre l’accent sur les convergences du travail de la cure et du travail de la culture.
Le titre de cette première journée du Colloque rend hommage à Cornelius Castoriadis auteur de « L’état du sujet aujourd’hui », ce qui n’est pas sans me rappeler sa conférence avec le même titre au Quatrième Groupe le 15 Mai 1986. Je garde un très vif souvenir de cette soirée à la salle des conférences de FIAP, rue de la Santé, qui accueillait à l’époque des activités scientifiques du Quatrième Groupe et précisément la série qu’on appelait des « Confrontations critiques ». Le discours de Castoriadis déconcertait comme d’habitude l’auditoire par sa force et sa nouveauté ; cette conférence faisant un retour après sa séparation avec Piera Aulagnier et son éloignement du Quatrième Groupe où il avait travaillé plusieurs années sans pour autant demander son habilitation comme analyste-membre.
Quoi qu’il en soit, ce retour est resté sans suite ; force est de constater que ses idées qu’il soit de l’imagination radicale ou de la socialisation de la psyché n’ont pas trouvé, sauf quelques exceptions, l’écho qu’elles méritent ni au Quatrième Groupe ni dans les autres milieux psychanalytiques français. Cependant André Green, comme il me disait dans une discussion informelle, lui avait proposé de joindre la Société psychanalytique de Paris, puisque Castoriadis avait fait une deuxième analyse avec Michel Renard de la SPP après sa première analyse avec Irène Roublef analyste de l’Ecole Freudienne et analysante de Lacan.
Ni « orthodoxe » ni lacanien, Castoriadis garde son indépendance institutionnelle et d’esprit... (suite)
Les modalités de vécus de changements catastrophiques développés par Bion au sujet de patients psychotiques sont tout autant utiles pour approcher cliniquement les changements catastrophiques découlant de transformations psychiques survenant dans le déroulement habituel de cures d’enfant, d’adolescent, d’adulte, sans pathologie notoirement psychotique, mais aussi lors de circonstances extérieures particulières imposant des arrêts de traitement et/ou changements de thérapeute. Cet article présente l’exemple d’un départ à la retraite d’un psychanalyste exerçant en CMPP, soumis donc lui-même à plusieurs principes de réalité (son obligation de retrait d’activité, conjointe à sa propre impuissance à organiser au mieux sur le plan thérapeutique son remplacement auprès des patients suivis). Sont ainsi exposées certaines réactions d’angoisse à ces changements – côté patients et côté analyste -, et analysé la notion d’angoisse de changement catastrophique comme réactivation d’une irreprésentable angoisse inaugurale. L’évocation de différentes sortes d’arrêt de cures vient souligner la nécessité pour le thérapeute d’être attentif autant à ces événements extérieurs de contraintes qu’aux turbulences psychiques internes qui en découlent. L’article évoque aussi le problème épineux et non résolu des modalités de financement des institutions soignantes, ajoutant une contrainte « réalistique » supplémentaire inapte à moduler de façon adaptée sur le plan clinique, de ces situations difficiles de rupture de traitement.
À partir de certains textes de Winnicott, et de façon non exhaustive, nous essayons de montrer combien sa pensée se situe dans la continuité de celle de Melanie Klein (dont il se considère être l’« élève »), mais aussi comment elle s’en différencie, notamment, quant au rôle attribué par Klein à la pulsion de mort dans les phénomènes de destructivité, phénomènes que Winnicott étudie sous un autre angle. Mais aussi, quant à la genèse du faux self, l’un des apports essentiels de Winnicott à la clinique psychanalytique.
L’objectif de ce numéro est d’évoquer – sans visée exhaustive – les apports conséquents et transmissions vivaces pour l’ensemble du corpus clinique et théorique de la psychanalyse de plusieurs éminents psychanalystes britanniques, comme Melanie Klein, Wilfred Bion, Donald W. Winnicott, Michaël Balint. En effet, malgré une diffusion sélective et plus tardive en France qu’en d’autres pays européens et d’Amérique du Sud, ces apports nourrissent désormais la pratique, et témoignent de la richesse de leurs avancées et perspectives, permettant une approche de plus en plus subtile de l’évolution intra et intersubjective de nos psychismes. L’histoire de la psychanalyse britannique est passionnante à plusieurs titres. En effet, l’Angleterre fut une des premières terres d’accueil de nombreux psychanalystes européens dès 1930, et surtout en 1933 et 1938, lors de l’irréparable flambée des exactions nazies. Cette affluence migratoire a intensifié alors, pour diverses raisons, les positions théoriques identitaires des émigrés freudiens dits les « Viennois » orthodoxes et leurs prosélytes anglais, en les opposant aux nouveaux développements kleiniens devenus plutôt assez consensuels en Grande-Bretagne. Dès 1933...
Ce texte vise à clarifier la notion de cadre psychanalytique, et, partant, à mieux situer la question du cadre au regard de la pratique psychanalytique. Dans un premier temps, l’auteur essaie de mettre le cadre, la « question-du-cadre », en bonne position théorique, afin de tenter de démêler ce qui, dans cette question, relèverait de symptômes théoriques, de ce qui afférerait à de véritables et cruciaux enjeux pour la psychanalyse. L’auteur tente de situer, au regard notamment de sa conception des visées de la psychanalyse, la position métapsychologique du cadre. Enfin, il tente de penser le cadre en lien avec certains enjeux théorico-cliniques, touchant notamment à la question de l’acte, qui semblent fondamentaux pour la psychanalyse d’aujourd’hui et de demain. Pour ce faire, il se soutient de la pensée de Bion, mais également de celles de Ferro, Ogden, Bollas, Grotstein.
Après avoir revisité quelques mouvements psychiques et quelques enjeux inhérents à l’hypermodernité, nous mettrons l’accent sur les nouages constitutifs des dynamiques de transmission et leurs aléas. Dans un deuxième temps, nous nous attacherons à quelques spécificités de ces mouvements de transmission au sein des institutions du soin, du travail social, etc., en tant que les mouvements qui les traversent condensent nombre d’enjeux qui se jouent ailleurs à bas bruit. Quelques évocations de processus groupaux et institutionnels nous permettront de souligner le travail d’historisation identifiant ce tissage où se conjuguent appui dans la filiation et travail de transformation et de créativité qui incombe à chaque génération.
Michael Balint a perpétué l’école de Budapest en Angleterre, avec la création des « Groupes de recherche formation » qui deviendront les « groupes Balint ». Il est l’un des instigateurs du Middle Group, dont le principal porte-parole sera Donald W. Winnicott. Il inventera et développera les notions d’investissement mutuel, de fonction apostolique, de défaut fondamental, de régression et de confusion des langues.
En reprenant ici avec un texte de Winnicott le dispositif mis en œuvre avec « L’enfant mal accueilli et sa pulsion de mort » de Ferenczi?ont été réunis autour de ce texte des analystes de divers styles et obédiences, avec pour seule contrainte le risque de témoigner le plus librement possible de son actualité dans leur pratique clinique et théorique. Ces analystes étant par ailleurs tous enseignants-chercheurs, sans doute s’agit-il aussi de témoigner en acte de la possibilité à l’Université d’œuvrer au questionnement psychanalytique de la psychanalyse – une possibilité intrinsèquement liée au projet même de la formation de psychologues cliniciens avec la psychanalyse, qui ne peut légitimement être porté que par des analystes, et des analystes assumant de déployer pour une part leur créativité à partir de l’étrangèreté?de leur présence à l’Université.... (suite sur la revue)
Michael Balint a perpétué l’école de Budapest en Angleterre, avec la création des « Groupes de recherche formation » qui deviendront les « groupes Balint ». Il est l’un des instigateurs du Middle Group, dont le principal porte-parole sera Donald W. Winnicott. Il inventera et développera les notions d’investissement mutuel, de fonction apostolique, de défaut fondamental, de régression et de confusion des langues.
Cet ouvrage, fruit de recherches dans les archives de Melanie Klein, présente des conférences et des séminaires sur la technique psychanalytique donnés dans les années 1930 et 1950 par Melanie Klein à des analystes en formation ou récemment habilités. Elle y aborde les fondamentaux de la psychanalyse (le transfert, la connaissance de l’inconscient...) mais répond aussi aux questions de ses auditeurs. Les thèmes abordés restent toujours d’actualité. On découvre là non seulement Melanie Klein au travail avec les adultes, mais aussi une femme chaleureuse, ouverte et extrêmement respectueuse de l’autre. Les commentaires de John Steiner resituent les thèmes évoqués dans une perspective contemporaine.
Le champ de la mésinscription (soin, travail social, etc.) est massivement impacté par les mutations, et par le mouvement de désinstitutionnalisation, en cours. Il est aux prises avec deux sources principales de déliaison mortifère : celle que présentifient les usagers, d’une part, et celle qui découle des incidences des mutations sociales, des incessantes restructurations et des menaces qu’elles font peser sur les organisations institutionnelles, d’autre part. Celles-ci s’en trouvent grandement fragilisées et le travail de nouage en devient d’autant plus exigeant, car il requiert toujours plus d’énergie, face aux différents niveaux par où les liens sont déstabilisés, malmenés, détruits. Dans ce contexte, l’analyse de la pratique peut être pensée comme paradigmatique des pratiques de régulations, en tant qu’elle peuvent contribuer à faire tenir ensemble ce qui tend à se morceler au sein de la vie institutionnelle ; à préserver de la créativité et de l’investissement dans un univers où les marges de libertés (professionnelles) n’ont de cesse de se restreindre. Ces pratiques peuvent se donner pour visée de soutenir, voire de faire advenir, du groupe comme une instance suffisamment unifiante, participant en cela à la reconstruction des collectifs de travail et du « bien commun ».
Avec le parcours de vie de James Gammill, sont évoqués ici les souvenirs de l’auteure, Mireille Fognini, sur ses derniers échanges avec lui, et son ancien travail de supervision où est décrite sa méthode personnelle de transmission, dont elle retrouve la spécificité dans les deux publications essentielles qui rassemblent ses expériences de travail clinique et théorique avec Melanie Klein et ses successeurs, prolongées et enrichies de ses propres constructifs apports de transmission.
Cet article évoque le parcours de John Steiner, kleinien britannique d’aujourd’hui, les personnalités, les théories et les élaborations psychanalytiques qui ont nourri la construction de sa pensée singulière. L’article se centre tout particulièrement sur la notion de retrait psychique qu’il a développée, notion précieuse dans le travail clinique, qui soulève par ailleurs de nombreux questionnements, notamment sur le plan de la technique analytique.
La psychanalyse s'est toujours nourrie de ses rencontres, avec les sciences, la littérature, la philosophie, l'histoire, et aussi avec les arts. Avec ces disciplines, elle partage le goût de l'énigme. Les artistes montrent, mettent en scène, racontent ce que l'homme peine à dire, ce qui s'est formé en lui avant les mots ; et ils le révèlent à leur public. Nous verrons dans ce texte que cela ne va pas de soi, pour les artistes qui doivent aller au-delà du doute, poursuivre la route vers l'inquiétante étrangeté en renonçant à comprendre. Il en serait de même pour les analystes, c'est la proposition de ce texte.
La notion de post-mémoire interpelle la psychanalyse en ce qu'elle interroge à nouveaux frais la transmission et l'inscription d'événements traumatiques historiques dans la psyché du sujet alors qu'il n'en a pas été le témoin direct mais qu'il en est, d'une manière ou d'une autre, l’héritier affecté. Il s'agira ici de montrer par quels processus sublimatoires le sujet peut activement parvenir à se dégager de l’emprise de la pulsion de mort si, du moins, ses capacités de pensée et de créativité n'ont pas subi un dommage irréversible.
Si le besoin de croire fonde nos capacités d’être en parlant, il n’a de cesse de tarauder le sujet qui se trouve contraint de lui trouver des issues. Ces issues dont diverses et certaines dangereuses pour le sujet et pour le monde. Quel devenir du besoin de croire pour le sujet contemporain, notamment dans ses effectivités destructrices tel l’intégrisme radical islamique ? D’un point de vue psychanalytique, que peut-on comprendre, analyser voire proposer face au déchainement pulsionnel de mort qu’engendre le mythe fondamentaliste ?
La situation psychanalytique et son procès ne peuvent donner lieu à ce que l’on appelle stricto sensu une description mais seulement à une écriture. J’entendrai cette écriture comme la conjugaison d’une écriture créative de l’analysant qui n’est pas le plus souvent transcrite et de l’écriture de l’analyste qui tente de théoriser l’interprétation des obstacles qui s’opposent à la créativité de l’analysant. Cet article étudie cette dialectique dans son rapport avec l’écriture dite poétique. La sublimation en est le maître-mot.
La réflexion et l’activité psychique de l’analyste s’organisent autour de différents pôles, à partir de l’intimité de la situation analytique jusqu’à son implication dans une société analytique. Il me semble important de s’attarder sur ce contraste entre l’intime et le pluriel, et de s’interroger sur des jeux d’échos entre ces différents espaces de pensée qui s’entremêlent et nourrissent son cheminement. Trois scènes se distinguent : lire, analyser, écrire. L’écriture en serait le prolongement, lieu de jonction entre intimité et institution en ce qu’elle représente potentiellement un lieu social de déploiement de l’expérience analytique.
Dans cette première contribution sur l’acte de paiement dans la cure, c’est la position de l’analyste qui sera d’abord interrogée, ses idéaux, son contre-transfert. Autour de la scène où « on rembourse un patient », il s’agira de questionner le registre de la transmission de la dette et du fantasme de son retournement, mais également le statut psychique de la réalité extérieure, les rapports de l’argent et de la parole, sur fond d’absence et de mort.
Freud a légué aux psychanalystes un mode de connaissance et un mode d’approche spécifiques des processus psychiques qui confèrent à l’analyse un pouvoir de transformation sur les processus psychiques. Le travail psychanalytique, qui se veut travail de remémoration langagière et création de pensées nouvelles, vise ainsi à de possibles métamorphoses comme fruit de l’échange conscient et inconscient entre l’analyste et son patient.
Dans le champ de la santé, l’exigence de « continuité du soin » est aujourd’hui très présente, tout en étant mise à mal par une vision gestionnaire de la vie psychique. À partir de sa pratique en pédopsychiatrie, l’auteur de cet article propose une réflexion sur cette notion, en s’intéressant particulièrement à ses articulations possibles avec celle de cadre soignant, et aux conséquences d’une continuité des soins pensée à partir de la clinique du transfert.