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HERLEM P., Transports de sens - Écrits sur Raymond Queneau, Clamecy, Éditions Calliopées, 2009

240 pages.
Note de lecture de Mireille Fognini
Parue dans le n°202 du Coq Héron et dans le n°48 du Bulletin du IVe Groupe
Ce livre est le fruit de l’intimité d’une rencontre entre l’un des célèbres tenants de l’OuLiPo et de la ‘Pataphysique' (« science des solutions imaginaires »), l’écrivain Raymond Queneau, et l’un de ses lecteurs attentifs et passionnés, le psychanalyste Pascal Herlem.
Quel titre déjà ! Tout foisonnant lui-même de transports et de sens… pour nous propulser d’emblée dans une polysémie métaphorique et métonymique. Après une préface convaincue de Claude Debon, et l’introduction étayée de Christine Méry, l‘ouvrage rassemble en une dizaine de chapitres diverses explorations de Pascal Herlem (dont celle « des ellipses à foisons » parue dans « Le divan à plumes » n° 130-131 du Coq Héron), au creux de l’œuvre, la vie et la personnalité de Queneau. L’ouvrage se clôt en un bref épilogue sur l’évocation en parallèle, de l’asthme de Queneau et de son nouveau concept d’ « ontalgie », « maladie dont on connaît le nom mais (dont) on ne vous guérit tout de même pas ». Une maladie résume P. Herlem, qui dans sa forme « non pathologique, est inhérente à la condition humaine de base, intrinsèque à la profondeur de l’âme humaine où cohabitent tant bien que mal les représentations et les éprouvés liés au corps (ses maladies), à la croyance (ses idoles), aux systèmes de pensées (leurs idéologies), au désir (ses objets), etc. Enlevez l’ontalgie et tout s’écroule ! » En effet son amplification pathologique avec l’angoisse, « loin d’invalider l’homme, (…) établit au tréfonds de son être la source intarissable de sa quête de sens, le motif premier de son travail de mise-en-sens, aussi bien de lui-même que du monde, la nécessité de leur invention mutuelle. »
Une des approches intimes de Queneau (d’une valeur universelle) est ainsi mise en évidence.
Alors selon P. Herlem, moralité (oulipienne et pataphysicienne ?) de l’ouvrage : « il n’y a pas de dernier mot »… Mais avant cet épilogue, les textes développés par l’auteur autour des romans de Queneau et de son écriture, nous ont pourtant largement fait tourner, goûter, savourer la matière, les saveurs, les odeurs et efflorescences des mots en bouche. Des bouquets de mots et de sens « à foison ».
On y suit P. Herlem, dans sa lecture « contre-textuellle » de l’écriture de Queneau ayant pour lui-même intériorisé son expérience personnelle de psychanalyse en la pétrissant aux remous des intrications de ses souffrances, de son humour, de ses symptômes, de ses humeurs et de ses questions existentielles. Le chapitre des « passages secrets » nous en ouvre quelques scellés et j’en trouve l’intitulé tout à fait bien choisi lorsqu’on sait qu’en 1961, Raymond Queneau aurait défini les oulipiens comme « des rats qui ont à construire le labyrinthe dont ils se proposent de sortir. »
Bref, cet ouvrage, est l’illustration même des ouvertures de pensées offertes par les effets d’un « contre-texte » (notion superposable pour tout lecteur au « contre-transfert » dans une cure, concept inventé par Anne Clancier - elle-même exégète et amie de Queneau -). Pour le dire autrement cet essai sur Queneau ne relève pas d’une critique littéraire, ni d’un essai de psychanalyse appliquée, mais du parcours co-existentiel, d’un lecteur passionné de l’imaginaire créatif de cet écrivain, mais aussi fort attentionné à sa souffrance. Et ce lecteur psychanalyste, nous découvre sa passion de l’imaginaire et de l’œuvre de création. Mireille Fognini