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VALABREGA Jean-Paul
ZALTZMAN Nathalie
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Contributions en ligne
Les traces de l’archaïque seraient comme ces cicatrices que l’on croyait disparues et qui réapparaissent au froid telles des engelures. Sont ici évoqués les paysages de la clinique qui disent ces traces psychiques ressurgissant, à partir d’une effraction corporelle ancienne, de l’inconscient maternel à la faveur de la transparence psychique et/ou de l’un de ces inexplicables hasards par lesquels « la réalité vient dupliquer le fantasme » (Lebovici) ; ou au moment où il serait question de mémoire, à l’imminence du décès quand c’est un certain oubli qui permet la transmission des héritages et l’accomplissement des deuils. Ces traces que le psychisme peine à contenir et qui s’expulsent au dehors s’inscrivant sur n’importe quel support : scarifs, graphes, tags, les actes, le corps, le soi-peau, les murs des autres : s’agirait-il d’un refoulement ? Les auteurs, tous psychanalystes et praticiens de ces différents champs, nous livrent sous l’égide de Monique Bydlowski, une réflexion riche et originale sur ces champs croisés de l’archaïque et de la trace que l’on retrouve dans la clinique du périnatal, du pubertaire ou dans celle des fins de vie.
Livre
DROSSART F., AYOUN L. et AYOUN P., Les Traces de l'archaïque, BYDLOWSKI M., ROCHETTE J. et ROSENBLUM O. L'Ailleurs du corps, Érès, 2009
Les traces de l’archaïque seraient comme ces cicatrices que l’on croyait disparues et qui réapparaissent au froid telles des engelures. Sont ici évoqués les paysages de la clinique qui disent ces traces psychiques ressurgissant, à partir d’une effraction corporelle ancienne, de l’inconscient maternel à la faveur de la transparence psychique et/ou de l’un de ces inexplicables hasards par lesquels « la réalité vient dupliquer le fantasme » (Lebovici) ; ou au moment où il serait question de mémoire, à l’imminence du décès quand c’est un certain oubli qui permet la transmission des héritages et l’accomplissement des deuils. Ces traces que le psychisme peine à contenir et qui s’expulsent au dehors s’inscrivant sur n’importe quel support : scarifs, graphes, tags, les actes, le corps, le soi-peau, les murs des autres : s’agirait-il d’un refoulement ? Les auteurs, tous psychanalystes et praticiens de ces différents champs, nous livrent sous l’égide de Monique Bydlowski, une réflexion riche et originale sur ces champs croisés de l’archaïque et de la trace que l’on retrouve dans la clinique du périnatal, du pubertaire ou dans celle des fins de vie. Laure Ayoun est psychothérapeute, psychanalyste, elle exerce à Bordeaux en institution de soins palliatifs et en privé. Patrick Ayoun est psychiatre, psychanalyste ; praticien hospitalier, il est responsable d’un service de psychiatrie de l’adolescent à l’hôpital Charles Perrens, Bordeaux. Francis Drossart est pédopsychiatre au CAMSP de Gonesse, psychanalyste.
200 pages.
Note de lecture de Mireille Fognini
Parue dans le n° 203 du Coq-Héron et dans le n°49 du Bulletin du IVe Groupe
Ce petit recueil, d’un format tout particulièrement agréable et pratique (Petit Poche), vient offrir au lecteur une réflexion innovante pour aborder le champ complexe de l’archaïque dans les parcours de suivis d’adulte, à partir de données d’observations et d’interventions très précoces, autour de la grossesse, de la naissance, du trio et du groupe socio-familial environnant, ainsi que des scarifications et de la relation vie/mort entre mère et fille.
Après une préface éclairante de Monique Bydlowki, suivie d’un bref prologue sur l’archaïque et la trace de Patrick Ayoun, qui va également clôturer cet ouvrage avec une réflexion aiguisée sur ces impressionnants « recoupements », « blessures de mémoire » visibles, qu’expose la clinique des énigmatiques scarifications actuelles d’adolescents, les trois recherches de Francis Drossart, Joëlle Rochette et Laure Ayoun, s’attachent très directement à la clinique de ces périodes si délicates et sensibles qui affectent simultanément le développement de la psyché du petit humain mis au monde et les propres « traces » inscrites chez la mère, l’entourage et le socius.
L’éclairage de Francis Drossart s’avère particulièrement original : réinterrogeant avec acuité dans la métapsychologie ce qui pourrait éclairer la spécificité du traumatisme de l’accouchement, il rappelle qu’il a déjà pu nommer « hiatus périnatal » ce moment précis du post-partum « vide d’affects » souvent évoqué de façon discutable comme « baby-blues ». Car selon lui, ce « hiatus périnatal » décrit la sensation de perte d’objet intériorisé coïncidant avec la perte effective de l’enfant intra-utérin. « Il y aurait bien une césure de la naissance dans le psychisme de la mère », qui se situerait autour de cet affect de vacuité lié à l’expulsion du bébé intra-utérin (vécu en objet intériorisé dans le psychisme maternel au cours de la grossesse, mais un objet très différent de celui fantasmatique préconscient « d’enfant imaginaire »). L’essentiel de son hypothèse repose donc sur l’existence d’une discontinuité, d’un hiatus entre les périodes anté et post-natales dans le psychisme maternel. De sorte que c’est lors de cette vacuité d’affects que viendrait s’imposer le fantasme inconscient d’enfant mort ; l’enfant né et réel, devenu un objet externe, serait alors vécu comme un enfant substitutif de l’enfant intra-utérin perdu. Normalement peu perceptible, ce temps de « hiatus » prendrait par contre dans certains cas, des dimensions très pathologiques. Un cas de naissance prématurée illustre cette hypothèse.
F. Drossart explore ensuite sous cet angle nouveau la tragédie mythique de Médée. Il analyse ainsi que cet infanticide lucide met en œuvre ce que Médée vit intérieurement d’une désintrication pulsionnelle psychique, déclenchée par le déni cruel de sa maternité par Jason, lui ayant de ce fait, « arraché ses représentations ». A mon avis une telle interprétation éclaire avec justesse notre fascination horrifiée de cet acte mythique et elle pourrait peut-être bien éclairer d’autres infanticides maternels plus actuels.
La contribution et les très fines observations cliniques de Joëlle Rochette illustrent pleinement l’intitulé de toute cette publication. Elle souligne en effet l’importance des effets des empreintes du groupe familial et culturel, ceux des rituels du socius ambiants, et celles « de ‘traces brutes’ non psychisées » du propre vécu-bébé de la mère affectant l’ensemble des relations au nouveau-né. Elle note que s’ajoute de plus à ces effets, l’opacité confuse des turbulences que le post-partum déclenche, par la confrontation à un envahissement de l’archaïque inorganisé que la présence du nouveau-né réintroduit en la psyché de chacun. Selon elle, même une subtile description phénoménologique éclaire mal les mécanismes intrapsychiques à l’œuvre dans cette période de désorganisation/réorganisation qu’est celle de la première rencontre avec le nouveau-né, où domine le primat du sensoriel. L’intitulé de ses têtes de chapitres met bien en évidence les différents champs d’expériences qui s’entrecroisent au sein de ces traces ravivées dans l’immédiateté du post-partum. Le nouveau-né devient un « objet de transfert des traces les plus inélaborées » ; il « subvertit l’ordre établi et s’il vient rappeler l’animalité, il réinterroge aussi les théories sexuelles infantiles de chacun et les grands tabous fondateurs de l’humanisation. ». « Le nouveau-né n’est pas encore un bébé » ce qui convoque le chaos des « agonies primitives » et « des terreurs sans nom ». « La nouvelle accouchée n’est pas encore une mère » ce qui convoque en elle des traces du chaos d’un « no man’s land » sans primat spontané d’une « unité duelle ». Tous deux commencent ainsi par une traversée de chaos et de « pot-au-noir », avant de parvenir dans le meilleur des cas, à l’expérience d’une dyade mére/bébé, puis à celle de l’hédonisme du lien.
Bref Joëlle Rochette nous conduit magistralement à conceptualiser cette traversée et ses suites, ce vécu enfoui au plus lointain en chacun de nous. Comment alors ne pas être convaincu par sa plaidoirie finale en faveur d’une meilleure approche des quarante premiers jours de la rencontre entre le petit humain, sa mère et son environnement ?
Citant Cramer et Palcio-Espasa, Joëlle Rochette nous rappelle aussi que « dans le deuil le sujet doit abandonner des investissements, alors qu’à la naissance d’un enfant, il doit en produire ». Pourtant l’article de Laure Ayoun nous confronte ici à l’expérience inverse : quand au moment de l’imminence d’un décès maternel, la mort vient saisir le vif entre mères et filles. Que recouvre donc et révèle ce « vif » entre mères et filles dont Laure Ayoun nous fait découvrir l’incroyable intensité ? « Comment se règle le rapport à la mort entre mère et fille ? » ? Lorsque la mère âgée ou malade est proche de sa fin, pourquoi mère et fille peuvent-elles vivre cette certitude soudaine qu’il vaut mieux mourir toutes les deux plutôt qu’être séparées ? Pourquoi ne pas pouvoir survivre à sa mère ? Quelles sont donc ces « traces de mémoires activées » qui surgissent entre une mère et son enfant ? Ces questions ouvrent un champ de recherches à poursuivre encore, même si on s’accorde pleinement avec Laure Ayoun à penser que « « la capacité d’une fille à perdre sa mère, à en éprouver du chagrin sans en être détruite, est liée à la capacité de cette mère à supporter d’être oubliée, à se faire oublier. »
En effet qu’est-ce qui dans les destins pulsionnels d’une mère – au seuil de la mort- pourrait venir réveiller quelques traces de ce « hiatus périnatal » décrit par F. Drossart, ou ranimer le chaos du pot-au noir dans lequel demeurerait la confusion extrême entre objet externe et interne, malgré l’expérience vécue de deux vies distinctes ?
De multiples rappels théoriques relatifs à l’hystérie sont développés par Ouriel Rosenblum pour témoigner du suivi d’une jeune femme contaminée au VIH, dont l’évolution de la vie sexuelle et l’accès à la maternité pourront peu à peu lui permettre d’« accoucher d’une mère » et de s’ouvrir à un « enfantement psychique » à travers sa découverte du féminin. J’avoue avoir été pour ma part perplexe de ne pas pouvoir bien repérer dans ce cas, l’intrication/désintrication pulsionnelle pourtant forcément ici convoquée dans ses empreintes les plus archaïques, du fait que la contamination par le VIH est un carrefour manifeste entre la vie et la mort, vraisemblablement d’autant plus agité de turbulences lorsque la femme se découvre porteuse d’une autre vie en elle.
En bref, ce tout petit ouvrage au titre vaste et prometteur, tente d’explorer en profondeur sous plusieurs perspectives, certains signes manifestes des origines de traces archaïques en l’humain, qu’elles touchent le hiatus périnatal de la mère, la césure de la naissance pour tous en toute culture, les empreintes à vif entre mère et fille, celles de la mort et de la vie dans une mère à VIH, et ces étranges « recoupements », marquages corporels visibles tels des stigmates venus d’un ailleurs indicible... Ce faisant, en dépit de la richesse de ces investigations, leur réalité elle-même nous impose de constater humblement nos limites, puisque nous ne pouvons pourtant penser, élaborer et repérer que la partie la plus émergeante de l’archaïque de quelques-unes de ces traces en nous.
Parue dans le n° 203 du Coq-Héron et dans le n°49 du Bulletin du IVe Groupe
Ce petit recueil, d’un format tout particulièrement agréable et pratique (Petit Poche), vient offrir au lecteur une réflexion innovante pour aborder le champ complexe de l’archaïque dans les parcours de suivis d’adulte, à partir de données d’observations et d’interventions très précoces, autour de la grossesse, de la naissance, du trio et du groupe socio-familial environnant, ainsi que des scarifications et de la relation vie/mort entre mère et fille.
Après une préface éclairante de Monique Bydlowki, suivie d’un bref prologue sur l’archaïque et la trace de Patrick Ayoun, qui va également clôturer cet ouvrage avec une réflexion aiguisée sur ces impressionnants « recoupements », « blessures de mémoire » visibles, qu’expose la clinique des énigmatiques scarifications actuelles d’adolescents, les trois recherches de Francis Drossart, Joëlle Rochette et Laure Ayoun, s’attachent très directement à la clinique de ces périodes si délicates et sensibles qui affectent simultanément le développement de la psyché du petit humain mis au monde et les propres « traces » inscrites chez la mère, l’entourage et le socius.
L’éclairage de Francis Drossart s’avère particulièrement original : réinterrogeant avec acuité dans la métapsychologie ce qui pourrait éclairer la spécificité du traumatisme de l’accouchement, il rappelle qu’il a déjà pu nommer « hiatus périnatal » ce moment précis du post-partum « vide d’affects » souvent évoqué de façon discutable comme « baby-blues ». Car selon lui, ce « hiatus périnatal » décrit la sensation de perte d’objet intériorisé coïncidant avec la perte effective de l’enfant intra-utérin. « Il y aurait bien une césure de la naissance dans le psychisme de la mère », qui se situerait autour de cet affect de vacuité lié à l’expulsion du bébé intra-utérin (vécu en objet intériorisé dans le psychisme maternel au cours de la grossesse, mais un objet très différent de celui fantasmatique préconscient « d’enfant imaginaire »). L’essentiel de son hypothèse repose donc sur l’existence d’une discontinuité, d’un hiatus entre les périodes anté et post-natales dans le psychisme maternel. De sorte que c’est lors de cette vacuité d’affects que viendrait s’imposer le fantasme inconscient d’enfant mort ; l’enfant né et réel, devenu un objet externe, serait alors vécu comme un enfant substitutif de l’enfant intra-utérin perdu. Normalement peu perceptible, ce temps de « hiatus » prendrait par contre dans certains cas, des dimensions très pathologiques. Un cas de naissance prématurée illustre cette hypothèse.
F. Drossart explore ensuite sous cet angle nouveau la tragédie mythique de Médée. Il analyse ainsi que cet infanticide lucide met en œuvre ce que Médée vit intérieurement d’une désintrication pulsionnelle psychique, déclenchée par le déni cruel de sa maternité par Jason, lui ayant de ce fait, « arraché ses représentations ». A mon avis une telle interprétation éclaire avec justesse notre fascination horrifiée de cet acte mythique et elle pourrait peut-être bien éclairer d’autres infanticides maternels plus actuels.
La contribution et les très fines observations cliniques de Joëlle Rochette illustrent pleinement l’intitulé de toute cette publication. Elle souligne en effet l’importance des effets des empreintes du groupe familial et culturel, ceux des rituels du socius ambiants, et celles « de ‘traces brutes’ non psychisées » du propre vécu-bébé de la mère affectant l’ensemble des relations au nouveau-né. Elle note que s’ajoute de plus à ces effets, l’opacité confuse des turbulences que le post-partum déclenche, par la confrontation à un envahissement de l’archaïque inorganisé que la présence du nouveau-né réintroduit en la psyché de chacun. Selon elle, même une subtile description phénoménologique éclaire mal les mécanismes intrapsychiques à l’œuvre dans cette période de désorganisation/réorganisation qu’est celle de la première rencontre avec le nouveau-né, où domine le primat du sensoriel. L’intitulé de ses têtes de chapitres met bien en évidence les différents champs d’expériences qui s’entrecroisent au sein de ces traces ravivées dans l’immédiateté du post-partum. Le nouveau-né devient un « objet de transfert des traces les plus inélaborées » ; il « subvertit l’ordre établi et s’il vient rappeler l’animalité, il réinterroge aussi les théories sexuelles infantiles de chacun et les grands tabous fondateurs de l’humanisation. ». « Le nouveau-né n’est pas encore un bébé » ce qui convoque le chaos des « agonies primitives » et « des terreurs sans nom ». « La nouvelle accouchée n’est pas encore une mère » ce qui convoque en elle des traces du chaos d’un « no man’s land » sans primat spontané d’une « unité duelle ». Tous deux commencent ainsi par une traversée de chaos et de « pot-au-noir », avant de parvenir dans le meilleur des cas, à l’expérience d’une dyade mére/bébé, puis à celle de l’hédonisme du lien.
Bref Joëlle Rochette nous conduit magistralement à conceptualiser cette traversée et ses suites, ce vécu enfoui au plus lointain en chacun de nous. Comment alors ne pas être convaincu par sa plaidoirie finale en faveur d’une meilleure approche des quarante premiers jours de la rencontre entre le petit humain, sa mère et son environnement ?
Citant Cramer et Palcio-Espasa, Joëlle Rochette nous rappelle aussi que « dans le deuil le sujet doit abandonner des investissements, alors qu’à la naissance d’un enfant, il doit en produire ». Pourtant l’article de Laure Ayoun nous confronte ici à l’expérience inverse : quand au moment de l’imminence d’un décès maternel, la mort vient saisir le vif entre mères et filles. Que recouvre donc et révèle ce « vif » entre mères et filles dont Laure Ayoun nous fait découvrir l’incroyable intensité ? « Comment se règle le rapport à la mort entre mère et fille ? » ? Lorsque la mère âgée ou malade est proche de sa fin, pourquoi mère et fille peuvent-elles vivre cette certitude soudaine qu’il vaut mieux mourir toutes les deux plutôt qu’être séparées ? Pourquoi ne pas pouvoir survivre à sa mère ? Quelles sont donc ces « traces de mémoires activées » qui surgissent entre une mère et son enfant ? Ces questions ouvrent un champ de recherches à poursuivre encore, même si on s’accorde pleinement avec Laure Ayoun à penser que « « la capacité d’une fille à perdre sa mère, à en éprouver du chagrin sans en être détruite, est liée à la capacité de cette mère à supporter d’être oubliée, à se faire oublier. »
En effet qu’est-ce qui dans les destins pulsionnels d’une mère – au seuil de la mort- pourrait venir réveiller quelques traces de ce « hiatus périnatal » décrit par F. Drossart, ou ranimer le chaos du pot-au noir dans lequel demeurerait la confusion extrême entre objet externe et interne, malgré l’expérience vécue de deux vies distinctes ?
De multiples rappels théoriques relatifs à l’hystérie sont développés par Ouriel Rosenblum pour témoigner du suivi d’une jeune femme contaminée au VIH, dont l’évolution de la vie sexuelle et l’accès à la maternité pourront peu à peu lui permettre d’« accoucher d’une mère » et de s’ouvrir à un « enfantement psychique » à travers sa découverte du féminin. J’avoue avoir été pour ma part perplexe de ne pas pouvoir bien repérer dans ce cas, l’intrication/désintrication pulsionnelle pourtant forcément ici convoquée dans ses empreintes les plus archaïques, du fait que la contamination par le VIH est un carrefour manifeste entre la vie et la mort, vraisemblablement d’autant plus agité de turbulences lorsque la femme se découvre porteuse d’une autre vie en elle.
En bref, ce tout petit ouvrage au titre vaste et prometteur, tente d’explorer en profondeur sous plusieurs perspectives, certains signes manifestes des origines de traces archaïques en l’humain, qu’elles touchent le hiatus périnatal de la mère, la césure de la naissance pour tous en toute culture, les empreintes à vif entre mère et fille, celles de la mort et de la vie dans une mère à VIH, et ces étranges « recoupements », marquages corporels visibles tels des stigmates venus d’un ailleurs indicible... Ce faisant, en dépit de la richesse de ces investigations, leur réalité elle-même nous impose de constater humblement nos limites, puisque nous ne pouvons pourtant penser, élaborer et repérer que la partie la plus émergeante de l’archaïque de quelques-unes de ces traces en nous.