Publications
Bibliographies
ARTIERES Michel
AULAGNIER Piera
BARREAU Jean-Jacques
BAZALGETTE Gérard
BERNOS Arlette
BONNET Marc
BOUHOUR Pierrette
CASTELLANOS-COLOMBO Héloïse
CELERIER Marie-Claire
CHARTIER Jean-Pierre
COLIN Robert C.
COLOMBO Eduardo
COUCHOUD Marie-Thérèse
COZ Jean-Philippe
DEFERNAND Chantal
DEFRENET Bernard
DOLLÉ-MONGLOND Brigitte
DROSSART Francis
ENRIQUEZ Micheline
FILLOUX Janine
FUSCO Marie-Claude
GASQUERES Anne
HAYEM Didier
HENRI-MENASSÉ Catherine
HERLEM Pascal
ISNARD-DAVEZAC Nathalène
JULLIAND Eric
LAURENT Pierrette
LÉVY Ghyslain
LOMBARD Geneviève
MALTESE-MILCENT Marie-Thérèse
MARTINO Paul
MIJOLLA-MELLOR Sophie de
MOREAU RICAUD Michelle
PATUEL-PUIG Ferran
PERAN René
PERRIER François
PEUCH-LESTRADE Jean
PONCEBLANC-NEUVÉGLISE Monique
ROGER Guy
ROGER Sylvie
ROUSSEAUX-MOSETTIG Christiane
SABOURIN Pierre
SERVERIN Jean-Louis
SILVESTRE Claude
TURBAT-DELCROS Joëlle
TYSEBAERT Evelyne
VALABREGA Jean-Paul
ZALTZMAN Nathalie
ZYGEL Charles
AULAGNIER Piera
BARREAU Jean-Jacques
BAZALGETTE Gérard
BERNOS Arlette
BONNET Marc
BOUHOUR Pierrette
CASTELLANOS-COLOMBO Héloïse
CELERIER Marie-Claire
CHARTIER Jean-Pierre
COLIN Robert C.
COLOMBO Eduardo
COUCHOUD Marie-Thérèse
COZ Jean-Philippe
DEFERNAND Chantal
DEFRENET Bernard
DOLLÉ-MONGLOND Brigitte
DROSSART Francis
ENRIQUEZ Micheline
FILLOUX Janine
FUSCO Marie-Claude
GASQUERES Anne
HAYEM Didier
HENRI-MENASSÉ Catherine
HERLEM Pascal
ISNARD-DAVEZAC Nathalène
JULLIAND Eric
LAURENT Pierrette
LÉVY Ghyslain
LOMBARD Geneviève
MALTESE-MILCENT Marie-Thérèse
MARTINO Paul
MIJOLLA-MELLOR Sophie de
MOREAU RICAUD Michelle
PATUEL-PUIG Ferran
PERAN René
PERRIER François
PEUCH-LESTRADE Jean
PONCEBLANC-NEUVÉGLISE Monique
ROGER Guy
ROGER Sylvie
ROUSSEAUX-MOSETTIG Christiane
SABOURIN Pierre
SERVERIN Jean-Louis
SILVESTRE Claude
TURBAT-DELCROS Joëlle
TYSEBAERT Evelyne
VALABREGA Jean-Paul
ZALTZMAN Nathalie
ZYGEL Charles
Contributions en ligne
HERLEM P., Les chiens d'Echenoz, Clamecy, Éditions Calliopées, 2010
"Etant donné une oeuvre littéraire,réunissez-en tous les volumes,que vous aurez classés dans l'ordre chronologique du premier au dernier paru. Prenez ensuite un peu de repos, afin de réfléchir sans forcer. Au bout d'un moment, quelconque, une idée apparaît dans votre esprit, à la façon dont le soleil darde, car le soleil darde, son rayon dans la ténèbre nocturne, qu'il dissipe. Vous voyez donc clair. Vous avez une idée et vous avez pu la voir cette fois. Il vous suffit à présent de l'appliquer méthodiquement ou presque à l'oeuvre littéraire dont vous aurez réuni tous les volumes classés du premier au dernier par. Vous obtenez au bout du compte un essai, assez plaisant à lire sans doute."
LÉVY G., L'ivresse du pire, Paris, Campagne Première, 2010
Les nouvelles formes du malaise contemporain dévoilent une perte globale du sens, en ces lieux où la jouissance du pire signe la force d'une pulsion de cruauté qui se déchaîne partout où il est possible d'exercer son pouvoir de négation de l'humain. L'ivresse du pire désigne cette surenchère sans frein à repousser toujours plus la limite, à gagner dans le progrès de l'horreur, en s'engageant dans la spirale de la destruction et de l'auto-destruction, à s'abolir tout en « zappant les autres ». À partir de la clinique actuelle et la haine du sujet dont celle-ci témoigne, il s'agit ici de rappeler en quoi l'ombre des catastrophes totalitaires du xxe siècle est tombée sur le moi individuel comme sur les conditions collectives faites aujourdhui à la vie psychique de l'ensemble humain. Dans un environnement dominé par la virtualisation de l'autre, quand il sagit de déformer la perception de la réalité pour la rendre encore supportable, demeure-t-il un reste indestructible de l'homme dans l'homme qui puisse résister à ce « rien de pire » ?
PLATIER-ZEITOUN D., POLARD J. et AZOULAI J. , Vieillir… Des psychanalystes parlent - Un désir qui dure, ANZIEU A., BRUSSET B., CAHN R., CORDIE A., DADOUN R., DANON-BOILEAU H., DIATKINE D., DUMÉZIL C., DUPONT J., JEAMMET P., MAILLARD C., MIJOLLA A. de, MONTRELEY M., MOREAU RICAUD M., RABAIN-LEBOVICI M., STEIN C., THIS B. et WILDOCHER D.Psychanalyse, Érès, 2009
Est-ce la vie qui nous quitte ou nous qui la laissons ? Dans les derniers temps de l'existence, peut-être est-ce bien la seule question qui vaille, la seule option qui reste. A Londres, le 1er août 1939, dans un geste décisif d'adieu à la vie, Freud renonce à sa pratique analytique et cesse de recevoir des patients. Ayant accepté enfin des antalgiques puissants, il décèdera quelques semaines plus tard, à 83 ans. Lacan reçut également des analysants très tard, alors que les signes avant-coureurs d'une pathologie très lente étaient à l'œuvre depuis des années.
DROSSART F., AYOUN L. et AYOUN P., Les Traces de l'archaïque, BYDLOWSKI M., ROCHETTE J. et ROSENBLUM O. L'Ailleurs du corps, Érès, 2009
Les traces de l’archaïque seraient comme ces cicatrices que l’on croyait disparues et qui réapparaissent au froid telles des engelures. Sont ici évoqués les paysages de la clinique qui disent ces traces psychiques ressurgissant, à partir d’une effraction corporelle ancienne, de l’inconscient maternel à la faveur de la transparence psychique et/ou de l’un de ces inexplicables hasards par lesquels « la réalité vient dupliquer le fantasme » (Lebovici) ; ou au moment où il serait question de mémoire, à l’imminence du décès quand c’est un certain oubli qui permet la transmission des héritages et l’accomplissement des deuils. Ces traces que le psychisme peine à contenir et qui s’expulsent au dehors s’inscrivant sur n’importe quel support : scarifs, graphes, tags, les actes, le corps, le soi-peau, les murs des autres : s’agirait-il d’un refoulement ? Les auteurs, tous psychanalystes et praticiens de ces différents champs, nous livrent sous l’égide de Monique Bydlowski, une réflexion riche et originale sur ces champs croisés de l’archaïque et de la trace que l’on retrouve dans la clinique du périnatal, du pubertaire ou dans celle des fins de vie.
CELERIER M-C., Après-coup, paroles de femme, paroles de psychanalyste, Sèvres, PLURIELS DE LA PSYCHE, Éditions EDK, 2009
Claire est une femme de la génération de toutes les chances : trop jeune pour avoir souffert consciemment de la guerre, elle a grandi dans un monde apaisé ; elle a pu choisir ses études, la médecine, et exercer comme elle voulait le métier qu’elle voulait, la psychanalyse. Elle a trouvé dans le milieu étudiant une nouvelle liberté sexuelle et bénéficié plus tard de la contraception pour limiter ses maternités.
HENRI-MENASSÉ C., Analyse de la pratique en institution - Scène, jeux, enjeux, Ramonville Saint-Agne, Transition - collection dirigée par Jean Claude Rouchy, Érès, 2009
L'analyse de la pratique, née à la suite des travaux de Michael Balint, appartient à la mouvance des dispositifs de travail analytique en groupe. Destinée à l'élaboration de la rencontre professionnelle des praticiens du champ sanitaire et social avec les usagers, elle est devenue la seconde activité des psychologues en termes de temps et représente souvent pour eux, le lieu d'une première inscription dans le monde du travail.
DIMON M.-L., Psychanalyse et politique - Sujet et citoyen : incompatibilités ?, H.-P. Bass, F. Chaumon, E. Diet, M.-L. Dimon, B. Doray, O. Douville, C. Gioja Brunerie, L. Moreau de Bellaing, J. Peuch-Lestrade et M. Plon. Psychanalyse et civilisations, L'Harmattan, 2009
Comment être sujet de son action, de sa parole, de son histoire quand la notion de sujet en psychanalyse fait débat ? Est-il possible d'associer psychanalyse et politique quand l'objet politique est par essence indéterminé ? La psychanalyse et la démocratie ont-elles parties liées dans le devenir d'un sujet en processus d'autonomisation assujetti à de fines articulations avec le sociopolitique ? Le Collège International de Psychanalyse et d'Anthropologie explore les dimensions psychanalytique et politique situées au coeur même de la condition humaine, de sa pulsionnalité et de ses expériences de liberté inhérentes aux mouvements de ruptures avec le passé. Les auteurs poursuivent ici la nécessité de penser le vivre- ensemble et d'envisager la mise en perspective de la dialectique sujet et citoyen, créateurs d'histoire et d'une paradoxale compatibilité.
KAËS R. et LAURENT P., Le processus thérapeutique dans les groupes, Jean-Bernard CHAPELIER, Hervé CHAPELLIÈRE, Anne DUPREY, Anelise FREDENRICH, Bernard GOLSE, Jean-Jacques GRAPPIN, Blandine GUETTIER, Claudine LAUNAY, Claudio NERI, Pierre PRIVAT, Didier ROFFAT, Ramonville Saint-Agne, Groupes thérapeutiques, Érès, 2009
La multiplicité des dispositifs groupaux proposés dans les institutions de soin, tant pour les patients adultes, les adolescents ou les enfants que pour les professionnels, nous engage à nous pencher sur ce qui fonde le pouvoir thérapeutique de ces groupes. Que provoque l’expérience groupale chez tout sujet qui y prend part ? Comment cette expérience lui permet-elle une élaboration psychique ? Quels sont les processus qui sous-tendent les effets thérapeutiques observés ? ??Les auteurs s’attachent ici à décrire les formes que prend la réalité psychique inconsciente dans l’espace groupal et les conditions nécessaires pour qu’une élaboration puisse en être faite. Certains conçoivent le groupe comme une enveloppe dont la fonction contenante se construit et s’étaye directement sur celle du thérapeute. D’autres se centrent sur les processus groupaux et tentent d’avancer vers une métapsychologie du groupe. Tous sont à l’écoute des effets de l’inconscient, de ses manifestations dans cet espace qu’est le groupe, propice à l’accueil des projections singulières qui se mêlent en des scénarios fantasmatiques partagés. ???René Kaës est psychanalyste, professeur émérite de psychologie et psychopathologie cliniques, université Lumière, Lyon 2. ? ?Pierrette Laurent est psychiatre, psychanalyste, centre de guidance infantile, Caen ? ??Avec la participation de : Jean-Bernard Chapelier, Hervé Chapellière, Anne Duprey, Anelise Fredenrich, Bernard Golse, Jean-Jacques Grappin, Blandine Guettier, Claudine Launay, Claudio Neri, Pierre Privat, Didier Roffat ?
MIJOLLA-MELLOR S. de, Le choix de la sublimation, Paris, Le fil rouge, PUF, 2009
Née de l'insatisfaction imposée par une civilisation qu'elle a elle-même contribué à générer, la sublimation est au centre de la réflexion sur la modernité dans sa dimension culturelle, éthique et politique.
KAËS R., Les alliances inconscientes, Paris, Collection Psychismes, Dunod, 2009
Les alliances inconscientes sont l'une des principales formations de la réalité psychique. Elles ont une double face.??
ALTOUNIAN J.et V., Mémoires du génocide arménien - Héritage traumatique et travail analytique, Krikor Bélédian, Jean-François Chiantaretto, Manuela Fraire, Yolanda Gambel, René Kaës, Régine Waintrater , Paris, PUF, 2009
Cet ouvrage à plusieurs voix porte sur la question de la transmission d’un héritage traumatique et de son mode d’élaboration au cours du travail analytique. Il a la particularité de comporter, en fac simile, le manuscrit original du témoignage autour duquel il s’origine et s’organise : le Journal de déportation de Vahram Altounian, traduit par Krikor Beledian, reçu et commenté par sa fille Janine Altounian, essayiste et traductrice.
HERLEM P., Transports de sens - Écrits sur Raymond Queneau, Clamecy, Éditions Calliopées, 2009
ROGER G., Itinéraires psychanalytiques, Paris, Études psychanalytiques, L'Harmattan, 2008
Je souhaite faire partager au lecteur l’enthousiasme que j’éprouve depuis tant d’années pour ce qui demeure, à mes yeux, une aventure humaine incomparable et, indirectement une thérapeutique sans égale. J’utilise le terme indirectement car, dans le cas les plus favorables, le patient découvrira que les portes qu’il s’interdisait de franchir étaient déjà ouvertes.
Débat avec Guy Roger à propos de son livre "Itinéraires Psychanalytiques",l'Harmattan, 2008 discutants: Jean-Jacques Barreau, Robert C. Colin et Francis Drossart
MENECHAL, J., Psychanalyse et politique - Le complexe de Thésée, Préface de René KAËS, Toulouse, Etudes, recherches, actions en santé mentale en Europe, Erès, 2008
Si la psychanalyse est farouchement privée, la politique est résolument publique. Pour l’une qui s’épuise à assourdir, derrière les portes capitonnées du transfert, les constructions de vérité qu’elle élabore, l’autre semble se perdre dans l’écho sans fin de ses clameurs, au point de dépersonnaliser le message qu’elle est supposée porter. Le présent essai se donne pour objectif d’explorer l’interaction de ces deux champs afin d’approfondir la nature du lien analytique, dès lors qu’il est confronté au politique. Entre l’ambition nécessairement infructueuse de la psychanalyse d’offrir au sujet sa totale autonomie, et le fantasme d’un monde où la psychanalyse permettrait au social d’optimiser son fonctionnement, il s’efforce de mieux comprendre la place actuelle de cette discipline et son articulation méconnue, sinon déniée, avec l’espace du politique. Au centre de cette relation se situe la démocratie et le mythe de son fondateur Thésée, dont l’analyse permet de saisir ce déplacement vers le politique : comment à travers les rencontres successives et la maturation du sujet, des voies de la perversion à celles de la sublimation, s’élabore peu à peu une structure basée sur l’alliance et une fraternité dépassant le cadre familial. Ce parcours singulier fonde le complexe de Thésée. Jean Ménéchal (1950-2001), psychanalyste et universitaire, a l’expérience d’une fécondité réciproque des sciences humaines à la fois de par sa formation (HEC, mais aussi Droit public, Sciences des organisations, Etudes politiques, Histoire à l’EHESS, et enfin Psychologie clinique et pathologique) et sa pratique professionnelle (haut fonctionnaire au ministère de l’Equipement puis à celui des Affaires étrangères et de la Coopération avant d’être nommé maître de conférences à l’Institut de psychologie de l’université Lumière-Lyon 2). Cette vaste culture lui a permis d’articuler dans cet ouvrage plusieurs champs dont il respecte la méthode : la psychanalyse et son approche clinique des mécanismes inconscients, l’histoire et la science politique.
PERRIER F., La Chaussée d'Antin 1 et 2 - Oeuvre psychanalytique- Tome I, Paris, Bibliothèque Idée, Edition revue et corrigée Albin Michel, 2008

PERRIER F., La Chaussée d'Antin - Oeuvre psychanalytique - Tome II, Paris, Bibliothèque Idée, Edition revue et corrigée Albin Michel, 2008
Psychiatre et psychanalyste, François Perrier (1922-1990) participe aux côtés de Lacan à la création de l'Ecole freudienne en 1964 avant de fonder le Quatrième Groupe en 1969, dont il démissionne douze ans plus tard. Les textes rassemblés ici, sur la formation et l'éthique du psychanalyste, l'hystérie, la psychose et la perversion, illustrent sa volonté de n'être ni un " logicien ", ni " un archéologue du savoir ". Il faut en effet " oser ne pas savoir ce qu'on cherche " et questionner sa propre exigence de vérité, ainsi qu'il l'exprime dans Thanatol : " En analyse, il s'agit toujours de chercher à découvrir et de découvrir à chercher. Qu'importe le savoir ! "
Table des matières :
Préface de GRANOFF W. François Perrier : le praticien, Sur la psychanalyse didactique, Sur l'effet didactique, Voyage à Rome, Sur l'échec de la S.F.P., Le psychanalyste exposé à la clinique, Adresse aux analystes de l'École, Savoir freudien et praxis analytique, Ruer des quatre "ver" ou les fonctions de méconnaissance du sujet, Et Adam connut Eve ; savoir et connaissance en psychanalyse, La psychanalyse : femme ou in-fâme ; pour une éthique du pouvoir et de la séduction, Sur Charles Fourier, L'interprétation - la Deutung, L'éthique du psychanalyste, Sur la clinique le transfert et le temps, Structure hystérique et dialogue analytique, Musique déjouée ? La cause narcissique, Psychanalyse de l'hypocondriaque, Le problème du narcissisme est d'abord et avant tout celui de l'amour, Phobies et hystérie d'angoisse, Le Mont Saint-Michel ; naissance d'une perversion, Une clinique psychanalytique de la perversion, Le réel fait signe au pervers, Hallucinations, Paranoïa, Fondements théoriques d'une psychothérapie de la schizophrénie, A propos de la psychothérapie des schizophrènes, Le schizophrène, La psychanalyse entre le psychotique et son thérapeute, Thanatol I - ou des amours, des morts et des corps de qui l'on n'est pas, Thanatol II - De l'alcool et de la psychanalyse, Thanatol III - un déni de soi donné à soi-même, Correspondance Perrier-Lacan, LECLAIRE S. : Demeures de l'ailleurs
KAËS R., Le complexe fraternel , Paris, Psychismes, Dunod, 2008
Le complexe fraternel est un véritable complexe. Il n'est pas un simple déplacement ou évitement du complexe d'Œdipe. Il consiste en une structure, une dynamique et une économie spécifiques analysées dans ce livre selon trois niveaux. Le complexe fraternel est d'abord décrit au niveau intrapsychique à partir de l'analyse clinique de deux cures. Cette analyse met en évidence le rapport de l'imago de la mère archaïque à l'objet partiel frère ou sœur, les figures du double, l'homosexualité narcissique, la bisexualité psychique. Le complexe fraternel est ensuite analysé dans ses effets organisateurs des liens intersubjectifs entre frères et sœurs, dans leurs rapports d'amour et de haine, de jalousie, de rivalité et d'envie. Une attention est portée au choix d'objet amoureux et à l'écart qui sépare les fantasmes incestueux - universels - des réalisations de l'inceste adelphique, aux alliances inconscientes que nouent les frères et sœurs, à l'impact de la mort d'un frère ou d'une sœur sur leurs liens, à la transformation de ceux-ci à la mort des parents. Le groupe fraternel - la fratrie - forme un ensemble intersubjectif dans lequel se développe une réalité psychique qui lui est propre au sein de la famille. Le complexe fraternel est aussi un des organisateurs majeurs des groupes, et René Kaës montre comment ses effets se prolongent dans les institutions et dans l'ensemble social. Les mythes fondateurs de la psychanalyse, d'Œdipe à Narcisse, les récits de la Bible et du Coran, la mythologie et les contes, mais aussi de nombreuses références à la littérature et au cinéma, forment un contrepoint passionnant à ces analyses cliniques qui renouvellent en profondeur un thème universel.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Croire à l'épreuve du doute, Paris, Éditions de l'Atelier, 2008

Croire consiste-t-il à affirmer des certitudes ? En ce temps de résurgence des fondamentalismes, la croyance religieuse peut-elle se laisser travailler par le doute ? Ne risque-t-il pas alors de faire disparaître toute possibilité de confiance ? En mettant la foi à l'épreuve du doute, Sophie de Mijolla-Mellor se livre à une lecture psychanalytique stimulante de l'acte de croire. Loin de la répétition stérile des convictions, par-delà le savoir, " la confiance est toujours au bord du gouffre, dit-elle, et c'est précisément ce qui la rend rare et précieuse"
D'où vient le doute ? Le doute, souffrance ou plaisir ? La confiance, L'évitement dogmatique du doute, La jouissance de l'illumination, Entre doute et certitude : l'abstinence de l'âme.
KAËS R., L'institution en héritage - Mythes de fondation, transmissions, transformations, Sous la direction de, Paris, Inconscient et culture, Dunod, 2008
Crise, conflits, impasse élaborative des sujets et des groupes dans l'institution, répétition de pratiques inquestionnables, manque de cohérence théorico-clinique : en mobilisant les dimensions traumatiques groupales récentes et anciennes, notamment lors du départ ou de la mort d'une figure fondatrice, le dispositif choisi et l'écoute analytique diachronique ouvrent sur les représentations et les affects - jusqu'à la passion - investis par chaque sujet dans la fantasmatique groupale et la mythique de l'institution. Le roman de sa fondation, le destin de ses idéaux, la ritualité de ses fonctions, les alliances inconscientes et notamment celles qui relèvent de l'économie narcissique sont mis en travail, et ce que chacun fait, avec les autres, de l'héritage, est alors questionné. O. Nicolle, R. Kaës, A. -M. Blanchard, M. Claquin, A. Missenard, M. Pichon et J. Villier - membres du Ceffrap - interrogent ici avec F. Giust-Desprairies, L. Michel et J. -P. Pinel la problématique de la transmission et de la transformation dans les institutions. Référées diversement à la psychanalyse, leurs écoutes se rencontrent souvent par-delà les contrepoints qui nourrissent la réflexion. Tous proposent en effet une exploration de la demande, des voies d'intervention et d'élaboration qui privilégient les processus de symbolisation s'opérant par la mise en mots d'une histoire partagée, dans laquelle les sujets peuvent maintenant prendre place. L'institution en héritage forme ainsi le troisième volet de deux ouvrages parus dans la même collection : L'institution et les institutions et Souffrance et psychopathologie des liens institutionnels.
BARREAU J-J., Freud et la métaphore ferroviaire - Nous pratiquerions ensemble l'art de voyager, Paris, Editions In Press, 2007
Le train occupe une place singulière dans la vie de Freud. Place à part, car son œuvre s'est élaborée avec les débuts de l'ère industrielle et l'avènement du chemin de fer. D'emblée, cette machine qui vous emporte, modifiant la perception de l'espace et du temps, le fascinera jusqu'à l'angoisse. C'est au cours de son voyage en train en Italie, en 1897, que Freud repensera les fondements de la théorie psychanalytique. Voyage au cœur de l'art qui va le conduire au cœur de l'inconscient. Il utilisera le train pour présenter la méthode et le dispositif analytiques, comparant la cure analytique au voyage en train, l'espace analytique au compartiment, l'association libre au paysage qui se déroule et se transforme à sa fenêtre : la " métaphore ferroviaire ", si féconde dans l'œuvre de Freud, est née. L'art et le train constituent, l'un comme l'autre, le véhicule et la voie du transport vers l'inconscient. En fin de compte, cet art de voyager, qui tient lieu d'art de psychanalyser, Freud le pratiquera jusqu'à sa mort, installé avec ses patients comme dans un compartiment de chemin de fer, écoutant décrire le paysage qui défile à la fenêtre. Un livre puissant, dense, lumineux, une invitation au voyage qui nous conduit aux prémices de la psychanalyse et qui nous fait découvrir Freud tel que nous ne l'avons jamais vu.
ZALTZMAN N., L'Esprit du mal, Paris, penser/rêver, Éditions de l'Olivier, 2007

→ Compte rendu par Françoise Francioli dans le Bulletin d'information du Quatrième Groupe n° 45, pages 62-66 du débat organisé à Paris par le Quatrième Groupe le samedi 15 mars 2008 avec la participation de Lina Balestrière, Robert C. Colin, Janine Filloux, Ghyslain Lévy, Christiane Rousseaux-Mosettig, Evelyne Tysebaert et Monette Vacquin.
MOREAU RICAUD M., Michael Balint - Le renouveau de l'Ecole de Budapest, 1ère édition en 2000 , Ramonville Sainte Agne, Analyse Laïque, Érès, 2007

COLOMBO E., La volonté du peuple - Démocratie et anarchie, Paris, Édittions Libertaires, 2007

Les articles qui constituent les différents chapitres de ce livre ont été écrits avec l'intention d'opposer la force des idées, critiques, hétérodoxes, révolutionnaires, au conformisme dominant. Avec l'espoir de contribuer à élargir la fissure, la brèche, ouverte par le mouvement ouvrier révolutionnaire au cœur de la démocratie libérale bourgeoise. Tâche démesurée pour un homme seul, mais les révolutionnaires ont des compagnons, et les compagnons forment les mouvements sociaux qui, parfois, inversent le sens de l'histoire.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La paranoïa, Paris, Que Sais-Je?, PUF, 2007
KAËS R., Un singulier pluriel - La psychanalyse à l'épreuve du groupe, Paris, Psychismes, Dunod, 2007
Comment le sujet singulier, auquel nous avons affaire sur le divan, est aussi un sujet " pluriel " dont l'inconscient est tenu et façonné dans les liens intersubjectifs, dans les alliances inconscientes, dans les espaces psychiques partagés avec d'autres ? C'est à cette question que s'efforce de répondre l'approche psychanalytique des groupes détaillée dans ce livre. L'expérience très spécifique acquise par les psychanalystes qui ont travaillé dans le cadre d'un groupe est-elle en mesure d'apprendre aux psychanalystes qui travaillent seulement avec la méthode du divan quelque chose sur ces processus et transformations ? Ces données nouvelles conduisent-elles à revisiter nos conceptions de l'Inconscient, du sujet, de son désir et de ses troubles ? Eclairent-elles le fonctionnement des groupes dans les institutions, et particulièrement le mode d'existence groupal des psychanalystes ? Voilà tout l'objet du nouveau livre de René Kaès qui propose une passionnante étude clinique de la réalité psychique qui se construit dans les groupes.
BAZALGETTE G., La tentation du biologique et la psychanalyse - Le cerveau et l'appareil à penser, Ramonville Sainte Agne, Des travaux et des jours, Éres, 2006
Que veut dire " percevoir " ? Ou, encore, " représenter " ? Quelle est la situation du " traumatisme " pour le sujet humain qui en est affecté ? Ces questions, suscitées par l'énigme, la souffrance ou le symptôme du sujet, sont aujourd'hui saisies sur deux versants principaux, celui des neurosciences et celui de la psychanalyse. Et l'on se plairait à imaginer que cette double appréhension de phénomènes partiellement superposables se produise de façon non conflictuelle. Chacun sait que ce n'est pas le cas, et que pour une partie au moins des neurosciences et nommément de la psychiatrie neurocognitiviste radicale, il s'agirait tout simplement d'invalider la psychanalyse ou de la renvoyer au domaine des " philosophies de la vie " pour cause de non-scientificité. Ces mises en cause ne sont pas nouvelles, mais leur violence et la forte médiatisation dont elles font l'objet nécessitent plus que jamais des réponses précises et argumentées. Au-delà des polémiques stériles, cet essai montre pourquoi et comment la psychanalyse est venue, dès son origine, proposer une appréhension scientifique du fait mental. La mise en évidence par Freud d'un " appareil psychique ", d'un " appareil psychosexuel " est à la base de la forme de scientificité qui en résulte. L'auteur propose ici une relecture de la genèse et de la structure de cet appareil qui le conduit à formuler des hypothèses nouvelles sur les concepts de perception, de représentation, de pulsion, de traumatisme, mais aussi à envisager les modalités spécifiques d'évaluation de la psychanalyse.
CHARTIER J-P., Introduction à la technique psychanalytique - Avec les apports de: Freud, Ferenczi, Rank, Glover, Lacan, Racker ... - Préface de Wildocher D., Paris, Petite bibliothèque de psychanalyse, Payot, 2006
Dans les années 1920, Sandor Ferenczi et Otto Rank notaient qu'il existait un nombre considérable d'articles et de livres portant sur la théorie psychanalytique, mais que les textes consacrés à la technique étaient rares. La situation, aujourd'hui, n'a guère évolué et les débats actuels autour de la question de la guérison ont cruellement mis en lumière ce manque. Voici pour la première fois résumés et commentés les écrits techniques les plus importants des psychanalystes. Au programme : les articles techniques de Freud lui-même, bien sûr, mais aussi l'approche de Rank et Ferenczi, les contributions d'Edward Glover en Angleterre, Jacques Lacan en France, Heinrich Racker en Argentine, Ralph Greenson aux Etats-Unis, et, pour finir, les nouveaux champs d'application et l'évolution de la pratique psychanalytique.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Un divan pour Agatha Christie, Le Bouscat, Le monde Psy, L’Esprit du Temps, 2006
Freud à la fin de sa vie lisait beaucoup de romans policiers notamment ceux d'Agatha Christie. Paula Fichtl, sa fidèle gouvernante, se souvient : " En matière de romans policiers, Freud choisit surtout des auteurs anglais, comme G.K. Chesterton, Agatha Christie et Dorothy Sayers. Monsieur le professeur savait presque toujours qui était le meurtrier, mais s'il s'agissait tout de même de quelqu'un d'autre, cela l'irritait ". Dans La Psychanalyse en matière judiciaire, Freud évoque les similitudes entre le travail du psychanalyste et celui du détective. A la lumière de la biographie d'Agatha Christie, Sophie de Mijolla-Mellor part à la recherche de cette vérité cachée dans ses romans et, parce qu'un meurtre, chez Agatha Christie, est toujours familier, voire familial, elle nous entraîne dans son univers fantasmatique. Comme dans les romans dont elle parle, Sophie de Mijolla-Mellor éveille chez le lecteur cette pulsion d'investigation qui fonde en chacun de nous le plaisir de lecture grâce au processus sublimatoire. L'auteur met ainsi en regard les fantasmes infantiles de la jeune Agatha Miller et les histoires que lui racontait sa mère avec les séquences de ses romans. Le meurtre pour Agatha Christie est donc ordinaire, les meurtriers sont " banals " et parfois sympathiques. Tout le monde peut être un assassin puisqu'elle met en scène des criminels qui nous sont familiers. Une lecture passionnante de l'œuvre d'Agatha Christie sur le divan de la psychanalyste.
JAITIN R., Clinique de l'inceste fraternel - Préface de R. KAËS, Paris, Psychothérapies, Dunod, 2006
Le lien fraternel a une potentialité incestueuse parce que le corps fraternel est objet de séduction et d'exploration et que le fantasme d'inceste, universellement inscrit dans notre imaginaire social, a une fonction défensive et parfois même stimulante. Mais l'inceste " agi " détruit le lien. Dans cet ouvrage, l'auteur, thérapeute familiale psychanalytique, part de l'étude du lien fraternel pour décrire la genèse de l'inceste fraternel et les diverses formes qu'il recouvre dans les familles adoptantes ou reconstituées, dans les familles avec enfants psychotiques ou handicapés physiques, ou encore au sein des fratries séparées de leur famille. L'indifférenciation entre les générations, les défaillances de l'enveloppe familiale et la non reconnaissance du frère comme autre marquent les conditions d'accès à l'inceste fraternel. Les différentes configurations de l'inceste fraternel sont liées au roman familial et à l'inscription de la fratrie dans sa filiation transgénérationnelle. L'auteur rend compte de son expérience riche et variée à travers de nombreux cas cliniques. Elle envisage l'inceste dans son acception la plus large : il peut, en effet, s'accomplir directement entre frère et sœur, mais aussi se réaliser indirectement avec des pairs qui prennent symboliquement cette fonction. L'ensemble constitue un apport original à la compréhension des vicissitudes du lien fraternel et sera une aide précieuse pour tous les praticiens souvent confrontés aux cas d'inceste. Biographie de l'auteur Rosa Jaitin d'origine argentine, docteur en psychologie clinique, est psychanalyste de groupe et de famille. Elle a été professeur à Buenos Aires et est actuellement associée à l'université Paris V. Elle est également secrétaire des affaires internationales de la Société française de thérapie familiale psychanalytique et directrice scientifique d'Apsylien (Association de la psychanalyse du lien).
MIJOLLA-MELLOR S. de, L'enfant lecteur - De la Comtesse de Ségur à Harry Potter, les raisons du succès, Paris, Essais, Bayard Centurion, 2006
Le succès d'Harry Potter aura eu raison de ces enquêtes pessimistes sur le rapport à la lecture de nos enfants, soi-disant plus fascinés par l'image omniprésente que par les mots. Quand ils aiment les livres, nos enfants les dévorent. Et, contrairement à la surprise qui accompagne à chaque fois ces succès de librairie, ce phénomène n'a rien de nouveau. D'où vient une telle séduction ? Comment ces livres touchent-ils nos enfants au point de déclencher en eux une véritable passion, celle de la lecture ? Sophie de Mijolla-Mellor a choisi des œuvres aussi éloignées par leur forme que par leur époque. De la Comtesse de Ségur à Harry Potter en passant par la série " Chair de poule ", elle se propose, non pas d'expliquer la réussite commerciale de ces ouvrages, mais de cerner, à travers eux, ce qui permet aux enfants de découvrir un goût de lire qui ne les quittera plus. C'est l'aventure de ces enfants qui commencent tout juste à lire seuls qu'elle nous fait partager, les fantasmes et les croyances, les angoisses et les désirs que la lecture active en eux, l'ouverture et la liberté qu'elle leur offre. Il s'agit en somme de comprendre comment naît le plaisir de lire. Biographie de l'auteur Sophie de Mijolla-Mellor est psychanalyste, agrégée de philosophie et docteur ès lettres. Elle est professeur à l'université Paris VII -Denis-Diderot.
LÉVY G., Europe N° 923, Mars 2006 : Franz Kafka - De F à F, en codirection avec RÉTIF F., BANCAUD F. et GODEAU F.Revue Europe, 2006
" Un livre doit être la hache gui fend la mer gelée en nous ", écrivait Kafka en 1904, indiquant par là l'une des exigences qu'il assignait à son œuvre. Cette phrase est plus que jamais d'actualité en ces temps d'hypertrophie de " l'industrie culturelle ", qui bouche, occulte et exploite la vacuité de notre monde en oubliant ce que Kafka se plaisait à enseigner à son jeune ami Janouch : " La littérature s'efforce de placer les choses dans une lumière agréable ; le poète est contraint de les élever dans le royaume de la vérité, de la pureté et de la durée. " L'œuvre de Kafka ressemble à ce pont dont il parle dans l'un de ses récits : elle est tendue au-dessus d'un abîme, du vide sidéral, de la béance qui s'ouvre entre littérature et vie, langage et réalité, culture et nature, transcendance et immanence, solitude et communauté, vie et mort. Tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ni d'un côté ni de l'autre, Kafka chiffre et déchiffre à chaque page sa tentative de vivre et d'écrire, de vivre ou d'écrire dans l'entre (et l'antre) de ses deux rives. Le désir, la difficulté, l'impossibilité de les relier est le ferment et le sujet de son œuvre. C'est peut-être pour cela qu'il hante notre temps, parce qu'il ne cesse de questionner et de remettre en question l'évidence de notre rapport à l'art, c'est-à-dire du rapport de la culture à la vie, au sacrifice, à la mort.
MIJOLLA-MELLOR S. de, L'indifférence, une fuite ?, en codirection avec Houziaux A., Vallet O. et Vergely B., Paris, Questions de vie, Éditions de l'atelier, 2006
L'indifférence, une fuite ? Est-elle une façon d'éviter la rencontre de l'autre, une forme de cynisme où personne ne compte à part soi ? Est-elle au contraire un détachement à l'égard des sollicitations du monde qui permet d'aimer vraiment ? Odon Vallet rappelle que, contrairement à ce que l'on pense, les religions orientales ne prônent pas l'indifférence, mais plutôt le détachement et la sérénité. Pour Alain Houziaux, l'indifférence, qui n'est pas ignorance de l'autre, peut permettre de se libérer de la volonté de puissance. Bertrand Vergely précise, quant à lui, que pour n'être indifférent à rien, on manifeste parfois une sensibilité à tout qui peut mener à l'indifférenciation : on confond alors désir et amour - voire culpabilité et innocence. L'indifférence ne se confond pas avec la sérénité, avance Sophie Mijolla-Mellor. Il est vain de penser un monde sans angoisse et sans espoir. En revanche, éprouver la jouissance d'un retour au calme après la tempête a du sens.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Barbarie, cruauté et sadisme, en codirection avec GUIRLINGER L. et LEFORT C. et POLY J-P., Paris, Cécile Defaut, 2005
La barbarie n'appartient pas à un passé révolu. L'histoire contemporaine nous en a tragiquement convaincus infligeant un cruel démenti aux illusions progressistes des Lumières. Les manifestations récurrentes de barbarie interdisent de n'y voir que des survivances d'une férocité primitive. La barbarie serait-elle une menace permanente, universelle, inhérente aux contradictions internes de la condition humaine ? Dans cette hypothèse l'alternative, Civilisation ou Barbarie, ne serait plus pertinente. Toute culture, tout être humain pourraient sécréter une barbarie d'autant plus dévastatrice qu'ils disposeraient de plus de puissance ! Plus énigmatique que la violence, a laquelle ou peut trouver du sens, scandaleusement insensée et révoltante par sa cruauté sadique, la barbarie nous lance un défi d'autant plus difficile à relever qu'en elle c'est nous même qui sommes à la fois défiés et défiants.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Dictionnaire international de la psychanalyse - 2 volumes, sous la direction de Mijolla A. de, avec collaboration de Golse B., Perron R. et de ..., (première édition chez Calman-Lévy en 2002) , Paris, Grand Pluriel, deuxième édition, revue et corrigée, Hachette, 2005
acte (passage à l'acte)-acte manqué-acting-out/actingin-actuelles sur la guerre et la mort(S.Freud, 1915b)-aliénation-amitié-analyse quatrième (Ivème Groupe O.P.L.F-archéologique (métaphore)-Aulagnier-Spairani Piera (1923-1990)-Autobiographie-autohistorisation-besoin de causalité-caractère (et formation du caractère)-cas (récit de cas)-certitude-civilisation (Kultur)-clivage-clivage du Moi- coexcitation libidinale (voies d'influence réciproque)-concept inconscient-conduites suicidaires-construction de l'espace analytique(S.Viderman)-Constructions-reconstructions-création artistique et littéraire-créativité-curiosité infantile - déjà-vu - deuil et mélancolie (Freud S., 1916-17g [1915]) - Don Juan et le double (O. Rank) - double (le) - doute - Einfall - ennui - éphémère - étrangeté (sentiment d’) - fantasmes originaires - Freud présenté par lui-même (Freud S., 1925d [1924]) - Idéal du Moi - idéalisation - Infans (Klein, Lacan, Aulagnier) - intellectualisation - interactions de la psychanalyse et psychanalyse appliquée - Introduction à la psychanalyse (Freud S., 1916-17a) - Je (Lacan, Aulagnier) - jugement de condamnation - l’auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse (Anzieu D.) - l’inconscient (Freud S., 1915e) - l’inquiétante étrangeté (Dans Unheimliche, Freud S., 1919h) - La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé (Aulagnier P.) - lapsus - le clivage du Moi dans les processus de défense (Freud S., 1940e [1938]) - le créateur littéraire et la fantaisie (Freud S., 1908e) - le refoulement (Die Verdrängung, Freud S., 1915d) - les explications sexuelles données aux enfants (Freud S., 1907c) - logique - Moi idéal - mort (représentation de la) - mot d’esprit - non-sens - objet-zone complémentaire (Aulagnier P.) - orgasme - originaire (l’) - passion - pensée - pensée animique - pensée magique - pictogramme (Aulagnier P.) - plaisir de pensée (Mijolla-Mellor S; de) - potentialité psychotique - primitif - projet identificatoire (Aulagnier P.) - Quatrième Groupe O.P.L.F. - recherche (pulsion de) - recherche en psychanalyse - rencontre (Aulagnier P.) - représentation idéique (Aulagnier P.) - roman familial - scène originaire, scène primitive - sens - Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (Un) (Ein Kindheitserinnerung de) - sublimation - suicide - Sur les théories sexuelles infantiles (Freud S., 1908c) - télépathie, occultisme - temporalité psychique - temps - théories sexuelles - Topique (revue) - toute-puisance - toute-puissance de la pensée - vérité - vérité historique - Weltanschauung (conception de l’univers) - zone érogène Ajoutés pour la seconde édition (2) : Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine (Freud, 1920)-Pierre Fédida
VALABREGA J-P., Les chronopathies - maladies du temps, Paris, Psychismes, Dunod, 2005
Les chronopathies désignent toutes les formes -- bénignes, aigues, et chroniques -- de pathologies en rapport de causalité directe ou sous-jacente avec le facteur temporel. On peut affirmer qu'aucune pathologie, ni aucune normalité non plus, n'y échappent complètement. Les chronopathies-- néologisme de formation simple -- méritent donc, de plein droit, d'entrer dans la nosographie et la nosologie, au même titre que la chronobiologie est maintenant incluse dans la science du vivant. Au cours de cet ouvrage, l'auteur aborde notamment : Le domaine très complexe psychosomatique et somatopsychique qui conduit à une théorie de la conversion généralisée, c'est-à-dire à situer en deçà de l'hystérie proprement dite, mais non sans rapport avec elle. La question d'une nouvelle théorie des pulsions, regroupant les deux conceptions successives de Freud, par l'introduction de la pulsion de régression. Le Temps-- Chronos est partout et toujours élidé et oublié, même par Freud dans la théorie de l'Inconscient. En revanche, il ne l'élimine pas avec la notion de régression temporelle. La réintégration métapsychologique de la temporalité aboutit ainsi à d'importantes conséquences dans l'analyse de la phobie, de l'obsession, des troubles psychonévrotiques périodiques, dont le prototype est la manie -- mélancolie, ou psychose maniaco -- dépressive, de la paranoïa, bref dans le champ quasi entier de la psychopathologie, y compris celle de la « vie quotidienne ». Jean-Paul Valabrega est psychanalyste, membre fondateur du IVe Groupe
DROSSART F., Un voyage en Antarctique - de l’hospitalisme à la narrativité, Paris, Éd. du Panthéon, 2005

ALTOUNIAN J., L’intraduisible - Deuil, mémoire, transmission , Paris, Psychismes, Dunod, 2005
Deuil, mémoire, transmission L'ouvrage porte sur la douleur de l'empêchement à s'engager dans la tendresse que rencontre l'héritier d'une transmission traumatique chez son parent survivant. L'écriture constituera le truchement pour ressentir, en place de l'autre détruit, des affects excédant ses capacités psychiques. Elle vise à subjectiver une souffrance parentale encryptée dans le mutisme et tente de nommer les conséquences traumatiques des meurtres de masse sur les descendants de survivants. Dans un cheminement apparemment inversé, une tentative de réflexions contemporaines au sein des récits ancestraux sera menée pour dessiner les différentes étapes d'une psychisation de longue haleine. La survie relève alors d'une capacité d'invention proprement artisanale, c'est-à-dire d'un savoir faire « avec des restes », la vie ultérieure ne pouvant se construire qu'avec la réintroduction du tiers anéanti lors de la terreur. Le parcours analytique rapporté dans ce livre soutient l'hypothèse que, chez un héritier de survivants, le travail de la cure peut amener la scène du meurtre à s'ouvrir au tiers pour le dialogue ou le conflit, attribuant par là à ses deux enjeux définis par Freud - capacité de travailler, capacité d'aimer une pertinence radicale. Janine Altounian est traductrice et essayiste. Elle collabore aux traductions des œuvres complètes de Sigmund Freud aux Presses universitaires de France. Elle a publié notamment “Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie”, un génocide aux déserts de l’inconscient (Belles Lettres, 1990) et La Survivance, traduire le trauma collectif (Dunod, 2000), deux ouvrages qui, avec celui-ci, constituent une trilogie.
CHIANTARETTO J-F., Le témoin interne, Paris, La psychanalyse prise au mot, Aubier, 2005
Où un être humain puise-t-il la force d'affronter ce qui peut le détruire dans sa personne, son identité ou sa culture ? Comment réussit-on à survivre à la solitude, la détresse, la menace de mort ? Journal, autobiographie ou témoignage, les œuvres d'Anne Frank, Amadou Hampâté Bâ, Claude Vigée et Primo Levi sont autant de lieux de survie : à la clandestinité pour Anne Frank ; à la disparition de sa culture d'origine, orale et nomade, pour le Peul Amadou Hampâté Bâ ; à l'extermination par les nazis de sa famille et de sa communauté, juive alsacienne, et à l'exil pour Claude Vigée ; au camp d'Auschwitz pour Primo Levi. Dans l'œuvre de chacun se dévoile une figure commune, un semblable en soi auquel le Je s'adresse, un " témoin interne ", qui leur permet de faire œuvre de résistance intérieure. Anne Frank s'invente une amie, Kitty, à laquelle elle se confie. Pour sauver le passé de l'effacement, Claude Vigée et Amadou Hampâté Bâ convoquent les récits familiaux, les voix de leurs proches. Et Primo Levi témoigne de l'importance du dialogue intérieur, d'une relation à soi quand les nazis tentent d'abolir toute relation à autrui, de détruire en chacun le sentiment d'appartenance à l'espèce humaine. Mais ces figures exemplaires vont bien au-delà d'elles-mêmes : elles montrent que le dialogue intérieur avec le " témoin interne " est un enjeu psychique fondamental pour chacun, car c'est lui qui nous donne le sentiment d'exister et d'appartenir à l'espèce humaine. C'est ce que démontre avec beaucoup de profondeur et de sensibilité Jean-François Chiantaretto, qui formalise ainsi un nouveau concept.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La sublimation, Paris, Que sais-je ?, PUF, 2005
La sublimation est une notion fondamentale pour l’édifice théorique de la psychanalyse, du point de vue individuel et collectif. C’est elle qui permet de penser l’articulation entre la vie pulsionnelle et le domaine de la culture et de la civilisation. Avec la sublimation, le flux libidinal sexuel et agressif devient travail, lien social, tendresse, œuvre d’art ou plaisir de pensée. Cet ouvrage reconstitue la cohérence de la notion de sublimation à travers ses multiples occurrences sous la plume de Freud, en interroge la pertinence et en analyse toutes les dimensions. Il en propose aussi une approche non en termes de « désexualisation » mais d’« abstinence de l’âme » vis à vis des certitudes dogmatiques. Courte présentation de l'ouvrage par l'auteur : J’ai tenté de montrer dans ce livre le caractère insuffisant de la définition habituellement reçue de la sublimation qui la limite à une désexualisation du but et à une valorisation sociale de l’objet et de proposer une autre approche du processus sublimatoire . La notion de sublimation en psychanalyse occupe en effet une position paradoxale : jamais totalement définie par Freud, elle est cependant indispensable à l’édifice théorique tant du point de vue individuel que collectif. Sa place est aussi importante que celle du refoulement dont elle constitue soit l’issue positive à l’âge adulte par opposition à la névrose, soit dans l’enfance l’alternative précoce et créatrice. C’est à elle qu’on doit de pouvoir penser en psychanalyse la place et le sens des sentiments de tendresse et d’amitié, des liens sociaux, de l’activité professionnelle, des réalisations artistiques, littéraires, scientifiques, techniques, sportives, etc., et même, du plaisir qu’enfants et adultes prennent à affronter les énigmes et à tenter de les résoudre, le plaisir de pensée. Avec la sublimation, le Moi peut se proposer à l’amour du Surmoi en lui disant : « Regarde, tu peux m’aimer, je ressemble tellement à l’image idéale de toi- même que tu as perdue…. ». Mais la différence de taille, tient dans le fait que ce n’est pas lui mais ce qu’il fait, c’est à dire aussi bien ce qu’il cherche en alliance avec lui mais dont il n’est pas encore possesseur, que le Moi propose au Surmoi comme objet de substitution. Il affirme au Surmoi que ce qu’il n’a pas pour lui plaire, il ne l’a pas encore mais que, tout en renonçant à y prétendre sous une forme immédiate et illusoire, il saura mettre en œuvre toute espèce d’effort voire de renoncements pour… ne pas y renoncer ! L’abstinence sexuelle, qui n’a pas grand chose à voir avec la sublimation ni même avec les conditions qui la favoriserait, est en revanche une « abstinence de l’âme » qui sait préférer la quête de la vérité plutôt que la vérité toute trouvée.
CHARTIER J-P., Freudaines - Onze lettres retrouvées de Sigmund Freud, Paris, Dunod, 2005
En 1984, Ilse Grubrich-Simitis fit une découverte stupéfiante : elle exhuma par le plus grand des hasards un manuscrit oublié dans une malle perdue au fond du grenier de la dernière demeure que Freud occupa jusqu'à sa mort à Londres le 23 septembre 1939. Ce texte était en fait le douzième essai écrit par Freud en vue du livre sur la métapsychologie qu'il envisageait d'écrire en 1915. Or ce coffre égaré contenait aussi dans un double fond toute une série de lettres. Sont-elles bien de Freud ? Le doute subsiste... Mais, transformée ou non, la voix de Sigmund, outre-tombe, nous parle finalement encore et toujours de la psychanalyse et de ses problématiques actuelles...
CHIANTARETTO J-F., Autobiographie, journal intime et psychanalyse, sous la direction de ... et de CLANCIER A. et ROCHE A.psychanalyse, Économica, 2005
Les auteurs de cet ouvrage collectif ont tous participé à le Décade internationale de Cerisy-La-Salle, " Autobiographie, journal intime et psychanalyse ", qui avait marqué l'aboutissement d'un ensemble de recherches menées par le groupe " Littérature personnelle et psychanalyse ". Ce groupe fondé en 1992 par Jean-François Chiantaretto, est né d'un projet qui trouve là son plein déploiement : l'interrogation mutuelle de la psychanalyse et des différentes formes d'écriture de soi. Un nouveau champ apparaît ainsi, qui renouvelle la question des rapports de la psychanalyse et de la littérature, comme celle de la lecture et de l'interprétation de ces formes d'écriture. Le problème est posé du rôle joué par les écritures de soi dans l'émergence de la psychanalyse et de l'influence en retour de celle-ci sur celles-là. Plus largement, il s'agit de mettre à l'épreuve d'une approche globale des écritures de soi, au titre des différentes modalités d'expérience de soi dans l'écriture, lorsque celle-ci propose explicitement une autoreprésentation de l'auteur en personne. En deçà de l'opposition autobiographie/journal intime, l'ouvrage offre d'aborder chaque texte comme le lieu d'une tension plus ou moins conflictuelle entre deux positions psychiques, dans l'investissement de l'écriture de soi : attester une identité, témoigner une altération.
Livres Récents
HERLEM P., Les chiens d'Echenoz, Clamecy, Éditions Calliopées, 2010HERLEM P., Les chiens d'Echenoz, Clamecy, Éditions Calliopées, 2010
"Etant donné une oeuvre littéraire,réunissez-en tous les volumes,que vous aurez classés dans l'ordre chronologique du premier au dernier paru. Prenez ensuite un peu de repos, afin de réfléchir sans forcer. Au bout d'un moment, quelconque, une idée apparaît dans votre esprit, à la façon dont le soleil darde, car le soleil darde, son rayon dans la ténèbre nocturne, qu'il dissipe. Vous voyez donc clair. Vous avez une idée et vous avez pu la voir cette fois. Il vous suffit à présent de l'appliquer méthodiquement ou presque à l'oeuvre littéraire dont vous aurez réuni tous les volumes classés du premier au dernier par. Vous obtenez au bout du compte un essai, assez plaisant à lire sans doute.""AINSI COMMENCE LES CHIENS D'ECHENOZ, ESSAI DE PASCAL HERLEM, PSYCHANALYSTE À ANNECY ET NOTAMMENT SPÉCIALISTE DE RAYMOND QUENEAU. IL NOUS ENTRAÎNE ICI SUR LES CHEMINS CANINS DU ROMANCIER JEAN ECHENOZ : UN PARCOURS INITIATIQUE PLEIN D'HUMOUR AU COURS DUQUEL LE RIDEAU S'ENTR'OUVRE SUR CES BÊTES... DE PARFAITES HEROÏNES,D'EXCELLENTES FIGURANTES OU D'HONNÊTES ACCESSOIRES DE FICTIONS" (JEAN ECHENOZ)
96 pages.
LÉVY G., L'ivresse du pire, Paris, Campagne Première, 2010LÉVY G., L'ivresse du pire, Paris, Campagne Première, 2010
Les nouvelles formes du malaise contemporain dévoilent une perte globale du sens, en ces lieux où la jouissance du pire signe la force d'une pulsion de cruauté qui se déchaîne partout où il est possible d'exercer son pouvoir de négation de l'humain. L'ivresse du pire désigne cette surenchère sans frein à repousser toujours plus la limite, à gagner dans le progrès de l'horreur, en s'engageant dans la spirale de la destruction et de l'auto-destruction, à s'abolir tout en « zappant les autres ». À partir de la clinique actuelle et la haine du sujet dont celle-ci témoigne, il s'agit ici de rappeler en quoi l'ombre des catastrophes totalitaires du xxe siècle est tombée sur le moi individuel comme sur les conditions collectives faites aujourdhui à la vie psychique de l'ensemble humain. Dans un environnement dominé par la virtualisation de l'autre, quand il sagit de déformer la perception de la réalité pour la rendre encore supportable, demeure-t-il un reste indestructible de l'homme dans l'homme qui puisse résister à ce « rien de pire » ?268 pages.
PLATIER-ZEITOUN D., POLARD J. et AZOULAI J. , Vieillir… Des psychanalystes parlent - Un désir qui dure, ANZIEU A., BRUSSET B., CAHN R., CORDIE A., DADOUN R., DANON-BOILEAU H., DIATKINE D., DUMÉZIL C., DUPONT J., JEAMMET P., MAILLARD C., MIJOLLA A. de, MONTRELEY M., MOREAU RICAUD M., RABAIN-LEBOVICI M., STEIN C., THIS B. et WILDOCHER D.Psychanalyse, Érès, 2009PLATIER-ZEITOUN D., POLARD J. et AZOULAI J. , Vieillir… Des psychanalystes parlent - Un désir qui dure, ANZIEU A., BRUSSET B., CAHN R., CORDIE A., DADOUN R., DANON-BOILEAU H., DIATKINE D., DUMÉZIL C., DUPONT J., JEAMMET P., MAILLARD C., MIJOLLA A. de, MONTRELEY M., MOREAU RICAUD M., RABAIN-LEBOVICI M., STEIN C., THIS B. et WILDOCHER D.Psychanalyse, Érès, 2009
Est-ce la vie qui nous quitte ou nous qui la laissons ? Dans les derniers temps de l'existence, peut-être est-ce bien la seule question qui vaille, la seule option qui reste. A Londres, le 1er août 1939, dans un geste décisif d'adieu à la vie, Freud renonce à sa pratique analytique et cesse de recevoir des patients. Ayant accepté enfin des antalgiques puissants, il décèdera quelques semaines plus tard, à 83 ans. Lacan reçut également des analysants très tard, alors que les signes avant-coureurs d'une pathologie très lente étaient à l'œuvre depuis des années. Forts nombreux en fait sont les psychanalystes actifs longtemps qui aspirent à « entrer vivant jusque dans la mort », selon la saisissante expression de Winnicott. Comment ne pas être frappé par l'enracinement, la persistance et l'âpreté de ce désir à l'œuvre ?
Alors que le sujet du vieillissement est insuffisamment abordé dans les associations psychanalytiques, les auteurs sont allés à la rencontre de psychanalystes avançant en âge : comment, aussi fortement engagés professionnellement qu'ils le sont dans leur désir, font-ils avec cette expérience singulière ? En quoi celle-ci modifie-t-elle leur pratique ? Leur oreille d'analyste s'oriente-t-elle différemment ? L'âge génère-t-il des remaniements théoriques ? Qu'apporte l'analyse à des patients âgés ? Ces témoignages pris dans le vif d'une rencontre sont accompagnés de portraits photographiques.
Dominique Platier-Zeitoun, attachée de presse, jurée du Prix de l'Evolution psychiatrique, est l'auteur de Silences, paroles de psychanalystes (Erès, 2004).
José Polard, psychologue, psychanalyste, est membre d'Espace analytique où il anime le Cercle de la psychanalyse du sujet « âgé ».
Photographies de Jacky Azoulai
256 pages.
DROSSART F., AYOUN L. et AYOUN P., Les Traces de l'archaïque, BYDLOWSKI M., ROCHETTE J. et ROSENBLUM O. L'Ailleurs du corps, Érès, 2009DROSSART F., AYOUN L. et AYOUN P., Les Traces de l'archaïque, BYDLOWSKI M., ROCHETTE J. et ROSENBLUM O. L'Ailleurs du corps, Érès, 2009
Les traces de l’archaïque seraient comme ces cicatrices que l’on croyait disparues et qui réapparaissent au froid telles des engelures. Sont ici évoqués les paysages de la clinique qui disent ces traces psychiques ressurgissant, à partir d’une effraction corporelle ancienne, de l’inconscient maternel à la faveur de la transparence psychique et/ou de l’un de ces inexplicables hasards par lesquels « la réalité vient dupliquer le fantasme » (Lebovici) ; ou au moment où il serait question de mémoire, à l’imminence du décès quand c’est un certain oubli qui permet la transmission des héritages et l’accomplissement des deuils. Ces traces que le psychisme peine à contenir et qui s’expulsent au dehors s’inscrivant sur n’importe quel support : scarifs, graphes, tags, les actes, le corps, le soi-peau, les murs des autres : s’agirait-il d’un refoulement ? Les auteurs, tous psychanalystes et praticiens de ces différents champs, nous livrent sous l’égide de Monique Bydlowski, une réflexion riche et originale sur ces champs croisés de l’archaïque et de la trace que l’on retrouve dans la clinique du périnatal, du pubertaire ou dans celle des fins de vie. Laure Ayoun est psychothérapeute, psychanalyste, elle exerce à Bordeaux en institution de soins palliatifs et en privé. Patrick Ayoun est psychiatre, psychanalyste ; praticien hospitalier, il est responsable d’un service de psychiatrie de l’adolescent à l’hôpital Charles Perrens, Bordeaux. Francis Drossart est pédopsychiatre au CAMSP de Gonesse, psychanalyste.
200 pages.
CELERIER M-C., Après-coup, paroles de femme, paroles de psychanalyste, Sèvres, PLURIELS DE LA PSYCHE, Éditions EDK, 2009CELERIER M-C., Après-coup, paroles de femme, paroles de psychanalyste, Sèvres, PLURIELS DE LA PSYCHE, Éditions EDK, 2009
Claire est une femme de la génération de toutes les chances : trop jeune pour avoir souffert consciemment de la guerre, elle a grandi dans un monde apaisé ; elle a pu choisir ses études, la médecine, et exercer comme elle voulait le métier qu’elle voulait, la psychanalyse. Elle a trouvé dans le milieu étudiant une nouvelle liberté sexuelle et bénéficié plus tard de la contraception pour limiter ses maternités. Débarrassée du carcan des préceptes religieux, elle a cru que les valeurs qu’elle avait intériorisées se transposeraient dans un monde dont l’homme serait le centre, méritant qu’on se batte pour lui sans référence à Dieu. Mais le monde n’est pas devenu ce qu’elle avait espéré. Les femmes, particulièrement elles, n’ont pas transmis leurs acquis à la génération suivante : elles n’ont pas su user de leur indépendance matérielle fournie par l’accès au travail rémunéré, et de leur indépendance morale appuyée par la révolution de mai 68, pour influer sur le monde construit par les hommes
C’est en psychanalyste que Claire tente de comprendre ce qui s’est passé ; d’abord à travers elle-même et ses contradictions, puis les autres femmes, patientes, collègues, amies, femmes d’ici et d’ailleurs ; en se questionnant sur le monde enfin, régi par la même conflictualité, sans doute à notre époque plus narcissique que sexuelle. Après avoir cessé de recevoir des patientes elle s’est donné la liberté de parler de ce qu’elles ont eu à affronter et résoudre, en tant que représentant les problèmes de toutes les femmes. C’est une liberté de parole dont aucun patient actuel n’a à craindre le mésusage et dont, espère-t-elle, ceux qui s’y reconnaîtront comprendront la motivation : contribuer si peu que ce soit à inciter à changer le monde, à résister à une mondialisation déshumanisante de la pensée, et à permettre aux femmes d’y insuffler leurs valeurs. Même si l’on considère que ces valeurs ne sont que la résultante à un moment donné de l’histoire toujours en devenir des sociétés.
192 pages.
HENRI-MENASSÉ C., Analyse de la pratique en institution - Scène, jeux, enjeux, Ramonville Saint-Agne, Transition - collection dirigée par Jean Claude Rouchy, Érès, 2009HENRI-MENASSÉ C., Analyse de la pratique en institution - Scène, jeux, enjeux, Ramonville Saint-Agne, Transition - collection dirigée par Jean Claude Rouchy, Érès, 2009
L'analyse de la pratique, née à la suite des travaux de Michael Balint, appartient à la mouvance des dispositifs de travail analytique en groupe. Destinée à l'élaboration de la rencontre professionnelle des praticiens du champ sanitaire et social avec les usagers, elle est devenue la seconde activité des psychologues en termes de temps et représente souvent pour eux, le lieu d'une première inscription dans le monde du travail. Les professionnels - et plus largement aujourd'hui des acteurs d'origines diverses - engagés dans le champ social sont soumis à de violentes tensions liées à la complexité des scènes de la rencontre avec les usagers et au fonctionnement institutionnel. À travers ces groupes d'analyse de la pratique, ils cherchent à maintenir un investissement vivant des liens marqués par les figures inquiétantes du handicap, de la délinquance, de la folie, de la maladie, de la mort.
L'analyse de la pratique suppose de la part de l'intervenant un certain nombre d'actes - écouter, penser, parler - déterminant un mode de présence, grâce auquel le groupe va renouer avec un plaisir souvent perdu, celui de penser la complexité du monde relationnel. Pour cette pratique « tout terrain » parfois rendue confuse par la multiplicité des modèles en présence, l'auteur propose des pistes de réflexion à partir d'un ancrage psychanalytique et des outils précieux pour soutenir ce travail psychique groupal.
Catherine Henri-Ménassé est psychologue et psychanalyste à Valence. Elle exerce depuis vingt-cinq ans l'analyse de la pratique dans des structures diverses. Elle a participé à la création du DUAPR (diplôme universitaire d'analyse de la pratique) dépendant de l'université Lyon 2.
256 pages.
DIMON M.-L., Psychanalyse et politique - Sujet et citoyen : incompatibilités ?, H.-P. Bass, F. Chaumon, E. Diet, M.-L. Dimon, B. Doray, O. Douville, C. Gioja Brunerie, L. Moreau de Bellaing, J. Peuch-Lestrade et M. Plon. Psychanalyse et civilisations, L'Harmattan, 2009DIMON M.-L., Psychanalyse et politique - Sujet et citoyen : incompatibilités ?, H.-P. Bass, F. Chaumon, E. Diet, M.-L. Dimon, B. Doray, O. Douville, C. Gioja Brunerie, L. Moreau de Bellaing, J. Peuch-Lestrade et M. Plon. Psychanalyse et civilisations, L'Harmattan, 2009
Comment être sujet de son action, de sa parole, de son histoire quand la notion de sujet en psychanalyse fait débat ? Est-il possible d'associer psychanalyse et politique quand l'objet politique est par essence indéterminé ? La psychanalyse et la démocratie ont-elles parties liées dans le devenir d'un sujet en processus d'autonomisation assujetti à de fines articulations avec le sociopolitique ? Le Collège International de Psychanalyse et d'Anthropologie explore les dimensions psychanalytique et politique situées au coeur même de la condition humaine, de sa pulsionnalité et de ses expériences de liberté inhérentes aux mouvements de ruptures avec le passé. Les auteurs poursuivent ici la nécessité de penser le vivre- ensemble et d'envisager la mise en perspective de la dialectique sujet et citoyen, créateurs d'histoire et d'une paradoxale compatibilité. Introduction Marie-Laure Dimon
SUJET ET CITOYEN: REGARDS CROISES Le sujet et la citoyenneté Louis Moreau de Bellaing D'un débat nécessaire parce que sans objet identifié Michel Plon A contre-courant de l'incompatibilité du sujet et du citoyen Jean Peuch-Lestrade
CITOYENNETE ET FOLIE Sujet et/ou citoyen ? Franck Chaumon La folie au risque des discours institutionnels Marie-Laure Dimon DROITS DE L'HOMME ET CLINIQUE DE LA RESYMBOLISATION Au palais du Luxembourg Bernard Doray Entre désymbolisation et résistance : une clinique de l'instant Christine Gioja Brunerie
MODERNITE ET DESYMBOLISATION Une mélancolisation du lien social ? Olivier Douville Perversion hypermoderne, mutations dans le social-historique et crise de la subjectivation Emmanuel Diet
REMARQUES CONCLUSIVES Remarques conclusives Henri-Pierre Bass
220 pages.
KAËS R. et LAURENT P., Le processus thérapeutique dans les groupes, Jean-Bernard CHAPELIER, Hervé CHAPELLIÈRE, Anne DUPREY, Anelise FREDENRICH, Bernard GOLSE, Jean-Jacques GRAPPIN, Blandine GUETTIER, Claudine LAUNAY, Claudio NERI, Pierre PRIVAT, Didier ROFFAT, Ramonville Saint-Agne, Groupes thérapeutiques, Érès, 2009KAËS R. et LAURENT P., Le processus thérapeutique dans les groupes, Jean-Bernard CHAPELIER, Hervé CHAPELLIÈRE, Anne DUPREY, Anelise FREDENRICH, Bernard GOLSE, Jean-Jacques GRAPPIN, Blandine GUETTIER, Claudine LAUNAY, Claudio NERI, Pierre PRIVAT, Didier ROFFAT, Ramonville Saint-Agne, Groupes thérapeutiques, Érès, 2009
La multiplicité des dispositifs groupaux proposés dans les institutions de soin, tant pour les patients adultes, les adolescents ou les enfants que pour les professionnels, nous engage à nous pencher sur ce qui fonde le pouvoir thérapeutique de ces groupes. Que provoque l’expérience groupale chez tout sujet qui y prend part ? Comment cette expérience lui permet-elle une élaboration psychique ? Quels sont les processus qui sous-tendent les effets thérapeutiques observés ? ??Les auteurs s’attachent ici à décrire les formes que prend la réalité psychique inconsciente dans l’espace groupal et les conditions nécessaires pour qu’une élaboration puisse en être faite. Certains conçoivent le groupe comme une enveloppe dont la fonction contenante se construit et s’étaye directement sur celle du thérapeute. D’autres se centrent sur les processus groupaux et tentent d’avancer vers une métapsychologie du groupe. Tous sont à l’écoute des effets de l’inconscient, de ses manifestations dans cet espace qu’est le groupe, propice à l’accueil des projections singulières qui se mêlent en des scénarios fantasmatiques partagés. ???René Kaës est psychanalyste, professeur émérite de psychologie et psychopathologie cliniques, université Lumière, Lyon 2. ? ?Pierrette Laurent est psychiatre, psychanalyste, centre de guidance infantile, Caen ? ??Avec la participation de : Jean-Bernard Chapelier, Hervé Chapellière, Anne Duprey, Anelise Fredenrich, Bernard Golse, Jean-Jacques Grappin, Blandine Guettier, Claudine Launay, Claudio Neri, Pierre Privat, Didier Roffat ?192 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Le choix de la sublimation, Paris, Le fil rouge, PUF, 2009MIJOLLA-MELLOR S. de, Le choix de la sublimation, Paris, Le fil rouge, PUF, 2009
Née de l'insatisfaction imposée par une civilisation qu'elle a elle-même contribué à générer, la sublimation est au centre de la réflexion sur la modernité dans sa dimension culturelle, éthique et politique. Ce concept nodal en psychanalyse, complexe voire contradictoire, est indispensable car il concerne tous les domaines qui dépassent le travail répétitif de l'auto-conservation. Aussi la sublimation fleurit-elle dans l'esthétique, le plaisir de pensée, les raffinements de la culture et toutes les élaborations qui répondent au besoin fondamental de sens. Définie par Freud comme l'un des « destins de la pulsion », elle n'en demeure pas moins un choix du sujet, ce qui en fait un opérateur fondamental du projet humain.
Nous sommes les acteurs de nos choix, même inconscients, au même titre que nous sommes les auteurs de nos rêves, même absurdes. Sublimer est en fait l'une des directions vers lesquelles s'orientent nos réalisations pulsionnelles au quotidien lors-qu'elles rencontrent un obstacle qui les empêche de suivre le chemin le plus direct. Pourquoi sublime-t-on ? Comment ? Dans quels domaines ? Avec quelles conséquences ? Quels bénéfices individu et société peuvent-ils en attendre ? L'auteur promène ses interrogations dans de multiples domaines allant de l'amour à la parentalité, de l'art à l'esthétisme pervers, de l'humour à la philosophie, de l'idéal héroïque à la transcendance religieuse.
429 pages.
LE CHOIX DE LA SUBLIMATION
Conférence débat 10 Octobre 2009
Cet après midi de travail avec Sophie de Mijolla sur « Le choix de la sublimation » était propice à penser rêver; des interrogations venues au fil de l’écoute nous faisaient voyager dans diverses théorisations, productions culturelles, et même la vie quotidienne.
La conférence de Sophie de Mijolla, riche d’une pensée nourrie d’une longue réflexion sur le sujet, a été suivie de trois interventions : René Péran abordant ce concept par rapport au travail de l’analyste dans sa pratique avec ses patients, Jean-Claude Guillaume se référant davantage à l’analyse avec les enfants et aux modèles de la construction psychique, Robert Colin faisant ressortir la notion d’idéal d’action à partir de deux références culturelles.
Il était donc question de cerner le concept de sublimation dans les registres où ce processus est à l’œuvre, de montrer comment il s’agit d’un choix et d’en exposer le mécanisme.
Compte rendu de la conférence de Sophie de MIJOLLA
Dans un premier temps, la conférencière s’attache à définir ce que recouvre ce concept de sublimation, à partir des premières définitions qu’en donne Freud.
La sublimation est l’un des destins de la pulsion, les autres étant le refoulement, le renoncement ou la satisfaction pulsionnelle directe. Elle est l’une des voies possibles de la transformation de la pulsion. Elle touche à son but et à son objet. « Elle apporte à la fois la satisfaction de la réalisation pulsionnelle, à laquelle s’ajoute comme effet un surcroît d’estime de soi sans laquelle cette réalisation serait vécue comme aliénante. » Pour Freud la sublimation s’accompagne de l’anoblissement des contenus, ce qui la rapproche de l’idéalisation, mais il dit aussi qu’il ne faut pas les confondre. C’est un mouvement subjectif qui se fait au nom du plaisir que le sujet va y trouver et ne dépend pas d’un jugement de valeur extérieur, qui ne viendra (ou pas) que dans un deuxième temps, ni de la nature de l’activité. Cette dimension du plaisir la rapproche de la perversion dans la mesure où, au départ, ni la sublimation, ni la perversion n’entrent dans un système éthique.
Mais elle a aussi une ressemblance avec le jeu enfantin, « partageant sa liberté, sa gratuité et son sérieux. »
Si la sublimation est un des destins de la pulsion, elle est aussi « un choix du sujet »; choix dans la mesure où la sublimation est ouverte à tout moment (de même qu’est également possible la désublimation). « Les patients en analyse viennent découvrir et reconnaître les déterminations inconscientes qui les dépassent et les mènent, les reconnaître pour y repérer le moment où eux- et personne d’autre à leur place-ont décidé d’y glisser ». Les choix de la névrose ou le saut dans le somatique se font sans nous, le travail psychanalytique permettrait de les modifier, de faire en sorte que d’autres voies soient possibles, mais il n’y a pas toujours effet de changement, reste une meilleure connaissance de soi. « C’est toujours d’Éros que provient la sublimation, mais il n’a pas toujours la possibilité de l’imposer », dit S. De Mijolla (dans « La sublimation » Que sais-je ? au chapitre sur la sublimation de l’agressivité). La sublimation est l’une de ces voies ouvertes par le travail psychanalytique, sans en être le but: « Le but de la psychanalyse est donc bien la levée des refoulements; le reste, la sublimation et, dirait-on avec Lacan, la guérison, viennent « de surcroît », c’est à dire non pas comme un luxe inutile mais comme une possibilité qui s’ouvre sans être visée directement comme telle. »(« Travail de l’analyse et sublimation » dans « Le choix de la sublimation » p.324).
De quoi procède la sublimation?
La théorisation de Freud ne suffit pas à cerner ce concept de sublimation, même si à une première définition de la sublimation comme désexualisation du but de la pulsion et valorisation sociale de l’objet, une autre suivra : sublimation par l’intermédiaire d’un retournement de la libido sur le Moi pour ensuite être réinvestie sur un autre objet, ce que Freud rapproche du processus de deuil. Ce qui est mis en jeu dans le choix de la sublimation est du même ordre que le travail psychique du deuil, « le même mouvement qui conduit non seulement à redistribuer les investissements objectaux, mais aussi à remodeler l’équilibre interne du Moi lui-même ». Ce qui est inaugural dans le processus de sublimation, ce qui est perdu, ce n’est pas l’objet d’amour selon la dynamique de l’étayage qui fait choisir à l’infini des substituts de « la mère qui nourrit » et du « père qui protège », mais « c’est le Moi lui-même sous la forme de son instance primitive omnipotente infantile telle qu’elle perdure chez l’adulte: le Moi-Idéal ». Ce qui a été perdu c’est la qualité idéale du Moi.
« His majesté the baby » est appelé à choir de son piédestal de façon plus ou moins progressive, plus ou moins accidentelle, et tendra toute sa vie vers des retrouvailles impossibles.
Le Moi-Idéal subit toutes les blessures narcissiques qui ne manquent pas de survenir au contact de la réalité venant douloureusement lui rappeler « sa petitesse qu’il vit alors d’une manière névrotique comme une distance impossible qui le sépare de lui-même. »(« Le choix de la sublimation » Sophie de Mijolla, p 406)
A partir de là divers choix sont possibles:
Choix de l’inhibition par rapport au Moi Idéal; choix de la névrose obsessionnelle; de l’idéalisation; de l’aliénation; de l’addiction; choix paranoïaque; choix délirant; choix pervers.
La sublimation est un autre type de choix, qui permet de « substituer au Moi- Idéal, qui s’est avéré illusoire, un objet, une activité, une œuvre que le Moi donnera pour sienne. »(« Le choix de la sublimation », S. De Mijolla p.354) Cette image nouvelle d’un Moi en devenir tend à remplacer non l’objet idéal mais le Moi Idéal, s’imposant au Surmoi comme moyen de gagner son estime.
Le processus sublimatoire s’inscrit dans une durée et dans l’espace d’un travail : investissement d’un temps futur et du travail pour y parvenir, identification à un projet auquel, tenant compte d’un principe de réalité, il va falloir ajouter la recherche des moyens pour le mener à bien.
S. de Mijolla termine sa conférence en disant que dans la sublimation il ne s’agit pas tant de l’abstinence sexuelle que de « l’abstinence de l’âme qui sait préférer la quête de la vérité plutôt que la vérité toute faite », ce qui suppose le deuil des certitudes.
Discussion et commentaire
La discussion s’engage à partir d’un commentaire sur le jeu dans le travail avec les enfants. Dans ce domaine, la sublimation est indissociable du jeu. Celui-ci fait en général appel à la manipulation des objets matériels.
On peut voir des mouvements sublimatoires dans la psychose et même dans l’autisme, avec mise en œuvre des auto-érotismes. Un exemple clinique en est donné : le cas d’un enfant psychotique qui, de répétition en répétition, avec la compétence qu’il avait de passer de mode en mode, comme de mettre en tableaux toutes ses connaissances, finit par dire au psychiatre un jour qu’il a calculé la quantité d’amour qu’il y a entre le directeur (son thérapeute) et lui (le psychiatre) sous forme d’un pourcentage. Ainsi le fantasme sexuel, qui est celui de l’enfant, a fini par trouver un chemin pour s’exprimer et pour être pensé à travers des objets de sublimation qui étaient dans ce cas des concepts.
C’est grâce au dispositif thérapeutique, à l’attention et à l’écoute d’un autre, mais aussi, dans ce cas, à la présence d’un troisième dans l’institution, que les auto-érotismes ont pu subir une transformation qui en elle-même procède de mouvements sublimatoires successifs.
Une autre séquence clinique est évoquée, dans laquelle on peut voir que le mouvement sublimatoire a pu se produire à la faveur d’une levée du refoulement dans la situation analytique.
A la question posée :" comment penser la sublimation dans le rapport transférentiel?", S. de Mijolla nous renvoie au chapitre « Travail de l’analyste et sublimation » dans son livre et ajoute une remarque : le transfert implique en permanence la sublimation ; la sublimation doit être présente d’abord chez le psychanalyste, sinon c’est qu’il ne s’intéresse pas ou bien qu’il cherche la confirmation de sa théorie. Il est souhaitable que le psychanalyste soit capable de remettre en chantier les certitudes qui l’ont amené dans le fauteuil avec chaque analysant, de les remettre en jeu dans chaque cas. La sublimation implique en même temps une extrême déréliction (qui correspond à ce que peut vivre l’enfant à l’instant où il réalise que le Moi Idéal s’écroule). Cela ne peut marcher que s’il y a plaisir partagé.
Une brève discussion s’engage sur le processus de sublimation et « les sublimations »: Le processus comme capacité de réception et de transformation par un aller retour dans la dimension transféro/contre-transférentielle; les sublimations comme instants qui se succèdent, avec des choix, des options, et ce qui va être déposé à l’issue du choix et son devenir. La chose créée fait peur à son créateur par rapport à son devenir de créateur ; va-t-il se figer dans l’objet créé, comme dans le mythe de Pygmalion, ou continuer la recherche?
On peut dire que le processus de sublimation s’inaugure du manque et, à propos de l’exemple choisi par Lacan: l’activité du potier qui, en même temps que le bord du vase, crée le vide central, on pourrait citer S. de Mijolla: « Loin d’épuiser la source libidinale où elle puise l’énergie sublimée, la sublimation l’entretiendrait au fur et à mesure, assurant une sorte de néogenèse de l’énergie. » (Dans « La sublimation » Coll. Que sais-je ?)
Enfin une référence littéraire qui illustre remarquablement comment ce processus de sublimation en tant que, chez l’auteur, projet d’écriture, s’est initié : on ne peut que relire Proust avec plaisir dans le premier chapitre de « Combray » ( « A la recherche du temps perdu »), autour du « baiser de maman », puis de ce moment unique de la lecture de "François le Champi" et du deuil douloureux qui doit en être fait. Le projet d’écriture, l’écriture, lui permet de retrouver cette trace, de recréer ce qui, sinon, ne cesserait pas de se dérober.
Compte rendu de l’intervention de R. Péran (voir aussi l'article : L'IMMUABLE CONTINUITÉ DE L'ÊTRE)
L’immuable continuité de l’être)
René Péran, dans son intervention, va théoriser à partir du lien qu’il établit entre sa réflexion sur le processus de sublimation tel que Sophie de Mijolla en parle dans son livre, et la clinique psychanalytique, à partir d’un moment particulier d’une cure analytique.
Il commence par évoquer la difficulté d’attribuer au phénomène sublimatoire des « contours métapsychologiques » ; il s’agirait pourtant d’une dynamique essentielle dans la cure. Nous sommes parfois confrontés à certaines formes de destructivité qui peuvent, ou non, trouver dans la rencontre transfert/contre-transfert une issue favorable au déroulement de la cure.
De surprenants mouvements de la cure, instaurant ou renforçant un principe de plaisir, permettraient cela. En effet, comme le dit S. de Mijolla : « Sublimer la pulsion de destruction implique que le processus sublimatoire s’applique non pas au matériel libidinal attaché à Thanatos mais à ce qu’Éros en fait. »
C’est d’un tel mouvement sublimatoire dans le transfert/contre-transfert, avec une patiente s’appuyant sur l’humour pour se dégager de l’emprise maternelle, que R. Péran va faire état dans son exposé clinique.
Sa réflexion l’amène à repenser la notion de transformation qu’opère le processus de sublimation au niveau de l’objet, de la pulsion et des liens intersubjectifs « qui passent aussi par une transformation de l’autre »
La libido, retirée à son objet sexualisé puis rabattue sur le Moi et travaillée par celui-ci, serait l’objet d’une « transmutation » ( à ne pas confondre ave symbolisation). R.P. cherche à se représenter ce que peut être cette transmutation. Le processus sublimatoire, dit-il, évoquerait plutôt une concomitance, une coprésence ou une rencontre hallucinatoire entre un donné et un construit-ou plutôt un interprété.
Mais le mouvement sublimatoire n’est pas une simple irruption hallucinatoire, ni même la capture et le bornage par contrainte de cette hallucination dans un objet idéalisé ou un fétiche. On pourrait parler de « trouvé-créé » ; dans ce cas le produit de la sublimation serait un objet présenté par l’Autre, comme la mère présente le sein dans ce mouvement où le sujet est en train de l’halluciner, faisant naître chez l’enfant l’illusion de l’avoir créé. La libido est suffisamment mobile pour ne pas adhérer à la matérialité des objets, elle investit la représentance de la pulsion plus que les objets proprement dits. C’est la représentation qui est l’objet de la libido désexualisée, laissant les objets utilisés dans leur matérialité pour ce qu’ils sont, ce qui explique le caractère substituable des objets. Il est nécessaire pour cela d’avoir renoncé à la dimension hallucinatoire qui rive la représentation à l’objet qu’elle représente, ce que Pygmalion et « l’homme au sable » ne peuvent pas faire, l’animisme prenant le pas sur le rapport suffisamment distancié qu’un créateur doit avoir avec sa création.
Si l’illusion première du « trouvé-créé » est nécessaire, la désillusion l’est tout autant et va accompagner le processus de désidéalisation
Dans le cas clinique présenté, il décrit un moment sublimatoire dans lequel l’acceptation d’une modification du cadre temporel, « reprise, différée, réservée » (ce qu’il appelle une « séduction bien tempérée ») a joué un rôle. La représentation idéalisée de l’analyste ne met pas sa patiente à l’abri de la déception occasionnée par l’introduction de cette temporalité. La satisfaction différée, le maintien du cadre par ailleurs et de la règle fondamentale risquaient dans ce cas de générer le morcellement, voire de déchaîner la destructivité. » Car « dans cette opération de désidéalisation, ce qui est délicat c’est précisément le « Négatif », l’effet du non-sexuel non-lié contenu jusque là par des agis.» L’intérêt soutenu de l’analyste, son écoute, l’investissement des images proposées par la patiente ont permis que « nous expérimentions l’illusion de nous comprendre ». La « détachabilité » passe par cette « continuité de la représentance » et suppose l’appui sur une figure du tiers que l’analyste a représentée « sous la forme combinée d’une séduction tempérée et d’un obstacle garant de l’expérience analytique. »
Cette position tierce de l’analyste est nécessaire au transfert de la représentance sur la parole en séance, mais ne suffit pas à en rendre compte. Se trouve aussi convoqué, à ce moment charnière de la cure en question, le surmoi dont parle Sophie de Mijolla dans son livre: « Un surmoi paternel qui protège », Surmoi qui se laisse quelque peu distendre dans ses limites, donnant le sentiment d’être compris.
L’issue sublimatoire - et non la fusion ou l’arrachement d’avec l’objet idéalisé - reposerait sur cet aspect du Surmoi acceptant la dimension transgressive de la psychanalyse qui porte sur la représentance : « on peut tout penser, tout se représenter, à condition de contrinvestir l’agir ».
R. Péran souligne enfin l’importance de la régression formelle de la pensée, « travail sur la représentance à deux psychismes régressés », qui produit une « chimère » au sens de De M’Uzan où ce qui surgit de la rencontre du langage pictural et du langage de l’interprète (Piera Aulagnier) aboutit à des représentations-objets utilisables dans l’analyse. Ce biais de la régression viserait-il à retrouver un langage fondamental qui réunirait l’analysant et l’analyste autour d’un même éprouvé de fusion ?
Ce type de rencontre permet de contre-investir la détresse liée à la prise de distance d’avec l’objet idéalisé.
Ces mouvements sublimatoires dans l’analyse permettent de « relancer le plaisir de penser propre à la visée investigatrice de l’analyse ». R.Péran conclut par une citation de Raymond Cahn considérant que le processus sublimatoire dans la cure est une aide précieuse au « Transfert sur la parole » : « La parole dégage le Moi de la gangue hypnotique et de la confusion avec l’objet. » (Raymond Cahn, RFP LV 091)
Discussion et commentaire
La discussion qui suit cette intervention porte sur l’intérêt, pour l’analyste et pour sa patiente, de comprendre ce qu’elle essayait de faire passer de manière très agressive, puis sous forme d’humour, intérêt qui induit autre chose chez la patiente, par une transmutation.
Importance de l’investissement de l’écoute chez l’analyste. La sublimation serait liée à ce qui a pu se transmuer à la faveur de la capacité sublimatoire de l’analyste. Car le risque, souligne R.Péran, c’est l’ennui, il fallait ne pas se désintéresser, condition pour qu’ait lieu le travail de transfert/contre-transfert qui prépare le mouvement sublimatoire.
Dans le moment clinique évoqué, il s’agit de ce que permet la patiente, par son investissement de la parole (indissociable de l‘investissement de l‘écoute de l‘autre, l‘analyste) : du dire d’un acte « sous-tendu par l’humour » et remplaçant l’acte : « elle se contentera de m’en parler avec cette capacité nouvelle à sortir d’elle même ». Il semble que l’acte en question est devenu de l’humour après coup, entre les deux protagonistes de la situation analytique, parce que l’analyste l’a entendu et soutenu comme tel, grâce à l’interprétation qui en a été faite, et aussi à ce qu’on pourrait appeler la bisexualité psychique de l’analyste.
Moments de trouvaille, d’invention à deux, accordage et décalage, surprise face à de l’inconnu, de l’étrange, qui saisissent l’analysant aussi bien que l’analyste et tissent dans la parole un vêtement séparateur supportable.
Résumé de l’intervention de J.C. Guillaume
La sublimation. Voir aussi l'article : "À PROPOS DU CHOIX DE LA SUBLIMATION"
Le livre dense et argumenté de Sophie de MIJOLLA peut laisser, après lecture, face à un paradoxe : d’un côté l’importance de la sublimation dans la pensée psychanalytique, de l’autre la difficulté de l’inscrire en tant que mécanisme, dans la cure elle-même… Une « présence-absence » stimulante pour la pensée et générant les quelques associations suivantes, issues de la rencontre avec le texte, à la fois remarques et questions…
La sublimation apparaît, au fil des pages, comme un concept très imprégné du mythe judéo-chrétien : passage du solide au gazeux dans son origine chimique, mais aussi du corps à l’esprit, élévation depuis le sol, le limon, nous renvoyant à l’origine de l’homme… Pourrait-on l’entendre alors comme ouverture des voies de la psyché, dans le modèle de civilisation qui est le nôtre, invitant à la spiritualité, mais, précisément, au prix d’un effacement du sexuel… Cette forte valence culturelle de la sublimation lui donnerait alors une valeur de contenant pour tous les mécanismes concourant à la construction psychique : symbolisation, abstraction, idéalisation, les côtoyant tous, sans pour autant s’y substituer. Point d’aboutissement d’une pensée civilisée, elle deviendrait alors le lieu des objets culturels, quelle que soit leur nature, capable de permettre à chacun de s’inscrire dans le monde qui l’entoure. Le choix, dans sa dimension consciente et inconsciente, conduirait chaque individu vers un modèle de « civilisation » particulier… On peut comprendre alors certaines positions de FREUD, associant sublimation et désexualisation, même si la clinique d’aujourd’hui nous montre bien que tout investissement d’objet garde une dimension sexuée ; seule change la nature et la forme, voire l’utilisation de l’objet et le rapport à la jouissance qu’il autorise. En reposant clairement cet aspect essentiel, Sophie de MIJOLLA interroge aussi le mécanisme sublimatoire, en particulier dans ses rapports à la perversion ; d’où cette autre question : la perversion utilise-t-elle les « objets de la sublimation » comme appui pour affirmer sa théorie du monde, le mécanisme sublimatoire lui-même s’engageant davantage dans une construction différenciée, complexe, où le choix autoriserait un certain degré de « fantaisie »… L’hypothèse terminale du livre, caractérisant le mécanisme sublimatoire comme un processus de ré-érection du moi dans le moi, grâce au travail de deuil du moi-idéal, apparaît tout à fait originale et pertinente, en résonance avec la clinique. Reste alors, pour le psychanalyste d’enfant, la question des origines de la sublimation, des conditions qui pourraient paraître nécessaires, sinon suffisantes, pour que le processus s’engage…
Pourrait-on penser alors à la transmodalité du bébé, capacité de passer d’un sens à un autre pour définir un objet, au transitionnel, dans ses rapports à l’environnement, proposant à l’enfant un autre-que-soi, pour qu’il puisse, durant l’absence garder la cohérence de son monde interne, à la symbolisation et à la transformation indispensable à la genèse d’un appareil à penser, à la pulsion épistémophilique, moteur du désir de connaître et de découvrir, mécanisme ouvert précocement par une fonction de pensée parentale riche et adaptée.
Autre interrogation : qu’en est-il de la sublimation chez l’analyste, des constructions de sa culture analytique, de ses théories, face à certains patients qui, tel l’aigle attaquant sans cesse le foie de Prométhée, pour reprendre les exemples du livre, mettent à mal la capacité de penser, de séance en séance ? Sans doute convient-il alors de désublimer, sans libérer les excès d’Héraclès, de déconstruire nos modèles, pour renouveler nos « choix » en restaurant le plaisir de penser et de sublimer au sein même du transfert…
Voici les quelques pensées et questions, inspirées par ce travail passionnant de Sophie de MIJOLLA qui en reprenant ce concept, ouvre à la réflexion des voies nouvelles.
J.C. GUILLAUME
Discussion et commentaire
La discussion s’engage sur le rapport de la sublimation à la perversion : dans la sublimation, comme dans la perversion, on prétend ne rien se laisser interdire par rapport à son plaisir ; c’est une réalisation qui contourne les interdits. Ce qui les différencie, nous dit Sophie de Mijolla, c’est qu’avec la perversion on est dans la fixité, le déni, le désaveu ; elle en donne des exemples : le mythe de Pygmalion, la littérature de Nabokoff ; tandis que la sublimation se développe dans l’ouverture, la transformation, l’accueil de l’inattendu, le renoncement à la maîtrise ; elle est beaucoup plus simple, directe, primaire, alors que la perversion est plus compliquée. La sublimation est, au départ, enfantine ; si l’adulte la pratique, c’est qu’il la retrouve. Ce que Winnicott envisage quand il dit que, d’une certaine manière, le travail chez l’adulte se situe dans le prolongement du jeu de l’enfant, ce qui rejoint la notion de transitionalité. Sophie de Mijolla nous donne l’exemple du passage d’un fonctionnement sublimatoire à un fonctionnement ou une utilisation perverse de l’objet de la sublimation, celui du hacker : il y a une part de sublimation dans le jeu, la recherche, puis son utilisation perverse par lui-même ou un autre.
Une autre façon de parler du mouvement de la sublimation serait qu’elle comporte la capacité à ce que quelque chose résiste au démantèlement dans ce moment où « je pense que je vais là, mais c’est par là, ailleurs que je vais. » Entre les deux il faut faire face au démantèlement. Par exemple dans la peinture, il y a transformation entre le projet initial et l’aboutissement. Comment comprendre ce terme de démantèlement ? Peut-être en le rapprochant de la désublimation, dont parle J.C. Guillaume, que l’analyste doit savoir accepter dans certains moments de cure analytique ; si on désublime, dit-il, que devient-on ? Surgissent des affects dans le contre-transfert et, dans le registre narcissique : « je n’ai rien à mettre à la place », une réaction dépressive là où il y aurait à créer dans le domaine du partageable. Le démantèlement serait-il lié au pulsionnel libéré dans ce moment d’égarement où l’inattendu nous déroute, dans lequel l’objet nous échappe? Résister au démantèlement serait-ce alors la capacité à se laisser travailler par ce qui, au fond, relève d’un choix inconscient ?
La sublimation est un mécanisme permanent, d’appui vivant, à réinstaller sans cesse.
Compte rendu de l’intervention de Robert COLIN
Sublimation et idéal d’action
R. Colin, reprenant deux références culturelles, Hamlet et Léonard de Vinci, analysées par S. de Mijolla dans son livre, met en évidence la notion d’ « idéal d’action » qui soutient le travail de sublimation.
La finalité de l’action, dit-il, comporte le déroulement de l’acte et l’aboutissement final, mais aussi les représentations-but conscientes et inconscientes et la formation d’idéal, « institution du Moi établi dans le Moi, qui concentre en un précipité d’identifications, les aspirations les plus puissantes. »
Pour Freud, Hamlet est un névrosé que la culpabilité œdipienne immobilise.
Hamlet diffère l’action qui lui est prescrite par le spectre, il ne lui obéit pas aveuglément, prend le temps de la réflexion, de la perlaboration, en lien avec les autres. Pourtant il finira par se jeter dans l’action finale et venger son père, au prix de la mort tragique de tous les protagonistes de la pièce, exception faite de son ami fidèle Horatio chargé de transmettre la vérité aux hommes.
R.Colin émet l’hypothèse que l’activité sublimatoire se situerait là autant dans l’accomplissement final de l’action que dans le temps préalable de perlaboration « si proche du travail de mélancolie où domine la déception. »
« L’idéal d’action de Hamlet est élevé et ne s’accoutume pas à un tel climat de trahison, de faux sentiments et de fausses amitiés. L’idéal d’action peut se confondre avec un idéal de grandeur et dévoiler alors une préoccupation conquérante dont l’envers serait la crainte de l’inhibition. Le choix devient alors celui du grand homme qui aspire à exercer une influence puissante sur les hommes et sur leur temps. Mais l’idéal d’action dans le champ de la sublimation ne peut-il pas contenir d’autres ambitions moins politiques et plus introspectives ? »
R. Colin porte ensuite son regard sur les peintres, en commençant par Léonard de Vinci et l’analyse que nous en donne Freud, d’après laquelle ce grand peintre aurait été un exemple d’inhibition qui touchait autant à sa vie sexuelle qu’à son activité artistique, paralysait son aptitude à décider et avait tendance, pourrait-on dire, à l’excès de prudence qui lui faisait différer l’action. Il choisit trois des hypothèses avancées par Freud dans son étude :
- l’hypothèse œdipienne, avec le jeu de construction identificatoire au père en négatif et à la mère en positif ;
- l’hypothèse pulsionnelle : Léonard était animé d’une passion transformée en poussée de savoir et passait plus de temps dans l’investigation que dans la réalisation de ses tableaux. Pour Freud, l’investigation aurait pris la place de l’action, de la création. Mais l’investigation serait-elle dénuée d’action ? Peut-être que Freud cherche à distinguer deux sortes de sublimations : la création artistique et l’investigation savante.
- l’hypothèse topique : la sublimation par l’intermédiaire du Moi, formulation que S. de Mijolla reprend et développe dans sa théorisation. Otto Rank, dans son article de 1911, Une contribution au narcissisme, parle de « lien profond entre l’art du portrait et une forme de sublimation de l’amour narcissique ».
Pour illustrer cette idée de sublimation de l’amour narcissique, R. Colin donne la parole aux peintres :
Léonard de Vinci : « Toute particularité de la peinture répond à une particularité du peintre lui-même…Il me semble qu’il faut penser que l’âme, qui régit et gouverne le corps, détermine aussi notre jugement avant même que nous l’ayons fait nôtre… ; ce jugement est si puissant qu’il meut le bras du peintre et l’oblige à se copier lui-même. »
Zoran Music : « Quand je peins un autoportrait, je ne le peins pas grâce à un miroir, mais il naît du centre, je me connais depuis mon centre. Si je me mettais en face d’un miroir, je ne copierais que le masque de moi-même. »
Discussion et commentaire
S. de Mijolla se demande pourquoi les psychanalystes n’ont pas eu le recul nécessaire pour s’opposer à Freud, pour dire qu’on ne peut parler d’inhibition chez Léonard. Freud se détourne de la voie plus lucrative et plus valorisée du médecin neurologue pour se laisser séduire par la psychanalyse, l’investigation psychanalytique ; il pense à lui quand il parle de Léonard de Vinci.
La discussion porte ensuite sur le désintérêt de Freud pour les peintres modernes, les musiciens et les surréalistes qui étaient pourtant ses contemporains. Il a une idée du « désemparement » produit par l’œuvre d’art sur le spectateur ou le lecteur, mais il dit que cela ne fonctionne pas ainsi pour lui. Comment Freud est-il malmené au point de vue des enjeux de la sublimation ? Pour lui il fallait que ce soit intégrable, rattachable à un langage scientifique. Freud s’intéressait à des domaines comme l’archéologie, la littérature, les mythes, les religions, dont il avait acquis les connaissances dans sa jeunesse. L’Italie, nous dit S. de Mijolla, était un lieu de retrouvailles par rapport à son enfance, C’est la jubilation de lui-même qu’il retrouvait dans ces œuvres anciennes.
Mais peut-on, même quand on s’appelle Freud, s’intéresser et approfondir dans tous les domaines ? C’était aussi, pour lui, une question de temps. Le désemparement, il l’éprouvait peut-être à certains moments dans son investigation de la psyché humaine. Il y avait, de plus, l’aspect politique de la psychanalyse : Freud cherchait, mais aussi il bouclait, maîtrisait. Les surréalistes risquaient de le sortir de là.
Sa cécité, dit S. de Mijolla, se manifestait surtout à l’égard de la musique, même ancienne, car, avec la musique, il courait le risque de l’irruption de l’affect en direct. Ce qu’il nous a donné nous permet de faire autre chose.
Suit une discussion reprenant l’aspect politique de la psychanalyse et le basculement possible de la sublimation dans la perversion. La psychanalyse fonctionne sur deux registres : d’une part la recherche et la prise en charge, le soin, d’autre part la mainmise politique. La correspondance était beaucoup un choix politique, il fallait convaincre, démontrer l’intérêt de la psychanalyse, sa légitimité, faire des adeptes ; dans beaucoup de ses écrits on peut voir Freud user d’une certaine prudence politique. Qu’en est-il actuellement ? On a hérité de cet aspect politique de la psychanalyse, on le reprend, on le remet en acte.
Dans le domaine de la psychanalyse, le jeu de la maîtrise constituerait-t-il un basculement pervers ?
Enfin une dernière touche artistique : les artistes rivalisent avec la psychanalyse au regard de la tentative de reconstruire le Moi dans le Moi.
R. Péran nous parle de Francis Bacon qui mettait une plaque de verre devant ses peintures pour que le spectateur puisse se refléter dans ses œuvres. Ce qui me semble être une bonne métaphore de ce qui s’est déroulé pendant cet après-midi de travail autour du « choix de la sublimation » avec Sophie de Mijolla.
Chantal Vénier
Conférence débat 10 Octobre 2009
Cet après midi de travail avec Sophie de Mijolla sur « Le choix de la sublimation » était propice à penser rêver; des interrogations venues au fil de l’écoute nous faisaient voyager dans diverses théorisations, productions culturelles, et même la vie quotidienne.
La conférence de Sophie de Mijolla, riche d’une pensée nourrie d’une longue réflexion sur le sujet, a été suivie de trois interventions : René Péran abordant ce concept par rapport au travail de l’analyste dans sa pratique avec ses patients, Jean-Claude Guillaume se référant davantage à l’analyse avec les enfants et aux modèles de la construction psychique, Robert Colin faisant ressortir la notion d’idéal d’action à partir de deux références culturelles.
Il était donc question de cerner le concept de sublimation dans les registres où ce processus est à l’œuvre, de montrer comment il s’agit d’un choix et d’en exposer le mécanisme.
Compte rendu de la conférence de Sophie de MIJOLLA
Dans un premier temps, la conférencière s’attache à définir ce que recouvre ce concept de sublimation, à partir des premières définitions qu’en donne Freud.
La sublimation est l’un des destins de la pulsion, les autres étant le refoulement, le renoncement ou la satisfaction pulsionnelle directe. Elle est l’une des voies possibles de la transformation de la pulsion. Elle touche à son but et à son objet. « Elle apporte à la fois la satisfaction de la réalisation pulsionnelle, à laquelle s’ajoute comme effet un surcroît d’estime de soi sans laquelle cette réalisation serait vécue comme aliénante. » Pour Freud la sublimation s’accompagne de l’anoblissement des contenus, ce qui la rapproche de l’idéalisation, mais il dit aussi qu’il ne faut pas les confondre. C’est un mouvement subjectif qui se fait au nom du plaisir que le sujet va y trouver et ne dépend pas d’un jugement de valeur extérieur, qui ne viendra (ou pas) que dans un deuxième temps, ni de la nature de l’activité. Cette dimension du plaisir la rapproche de la perversion dans la mesure où, au départ, ni la sublimation, ni la perversion n’entrent dans un système éthique.
Mais elle a aussi une ressemblance avec le jeu enfantin, « partageant sa liberté, sa gratuité et son sérieux. »
Si la sublimation est un des destins de la pulsion, elle est aussi « un choix du sujet »; choix dans la mesure où la sublimation est ouverte à tout moment (de même qu’est également possible la désublimation). « Les patients en analyse viennent découvrir et reconnaître les déterminations inconscientes qui les dépassent et les mènent, les reconnaître pour y repérer le moment où eux- et personne d’autre à leur place-ont décidé d’y glisser ». Les choix de la névrose ou le saut dans le somatique se font sans nous, le travail psychanalytique permettrait de les modifier, de faire en sorte que d’autres voies soient possibles, mais il n’y a pas toujours effet de changement, reste une meilleure connaissance de soi. « C’est toujours d’Éros que provient la sublimation, mais il n’a pas toujours la possibilité de l’imposer », dit S. De Mijolla (dans « La sublimation » Que sais-je ? au chapitre sur la sublimation de l’agressivité). La sublimation est l’une de ces voies ouvertes par le travail psychanalytique, sans en être le but: « Le but de la psychanalyse est donc bien la levée des refoulements; le reste, la sublimation et, dirait-on avec Lacan, la guérison, viennent « de surcroît », c’est à dire non pas comme un luxe inutile mais comme une possibilité qui s’ouvre sans être visée directement comme telle. »(« Travail de l’analyse et sublimation » dans « Le choix de la sublimation » p.324).
De quoi procède la sublimation?
La théorisation de Freud ne suffit pas à cerner ce concept de sublimation, même si à une première définition de la sublimation comme désexualisation du but de la pulsion et valorisation sociale de l’objet, une autre suivra : sublimation par l’intermédiaire d’un retournement de la libido sur le Moi pour ensuite être réinvestie sur un autre objet, ce que Freud rapproche du processus de deuil. Ce qui est mis en jeu dans le choix de la sublimation est du même ordre que le travail psychique du deuil, « le même mouvement qui conduit non seulement à redistribuer les investissements objectaux, mais aussi à remodeler l’équilibre interne du Moi lui-même ». Ce qui est inaugural dans le processus de sublimation, ce qui est perdu, ce n’est pas l’objet d’amour selon la dynamique de l’étayage qui fait choisir à l’infini des substituts de « la mère qui nourrit » et du « père qui protège », mais « c’est le Moi lui-même sous la forme de son instance primitive omnipotente infantile telle qu’elle perdure chez l’adulte: le Moi-Idéal ». Ce qui a été perdu c’est la qualité idéale du Moi.
« His majesté the baby » est appelé à choir de son piédestal de façon plus ou moins progressive, plus ou moins accidentelle, et tendra toute sa vie vers des retrouvailles impossibles.
Le Moi-Idéal subit toutes les blessures narcissiques qui ne manquent pas de survenir au contact de la réalité venant douloureusement lui rappeler « sa petitesse qu’il vit alors d’une manière névrotique comme une distance impossible qui le sépare de lui-même. »(« Le choix de la sublimation » Sophie de Mijolla, p 406)
A partir de là divers choix sont possibles:
Choix de l’inhibition par rapport au Moi Idéal; choix de la névrose obsessionnelle; de l’idéalisation; de l’aliénation; de l’addiction; choix paranoïaque; choix délirant; choix pervers.
La sublimation est un autre type de choix, qui permet de « substituer au Moi- Idéal, qui s’est avéré illusoire, un objet, une activité, une œuvre que le Moi donnera pour sienne. »(« Le choix de la sublimation », S. De Mijolla p.354) Cette image nouvelle d’un Moi en devenir tend à remplacer non l’objet idéal mais le Moi Idéal, s’imposant au Surmoi comme moyen de gagner son estime.
Le processus sublimatoire s’inscrit dans une durée et dans l’espace d’un travail : investissement d’un temps futur et du travail pour y parvenir, identification à un projet auquel, tenant compte d’un principe de réalité, il va falloir ajouter la recherche des moyens pour le mener à bien.
S. de Mijolla termine sa conférence en disant que dans la sublimation il ne s’agit pas tant de l’abstinence sexuelle que de « l’abstinence de l’âme qui sait préférer la quête de la vérité plutôt que la vérité toute faite », ce qui suppose le deuil des certitudes.
Discussion et commentaire
La discussion s’engage à partir d’un commentaire sur le jeu dans le travail avec les enfants. Dans ce domaine, la sublimation est indissociable du jeu. Celui-ci fait en général appel à la manipulation des objets matériels.
On peut voir des mouvements sublimatoires dans la psychose et même dans l’autisme, avec mise en œuvre des auto-érotismes. Un exemple clinique en est donné : le cas d’un enfant psychotique qui, de répétition en répétition, avec la compétence qu’il avait de passer de mode en mode, comme de mettre en tableaux toutes ses connaissances, finit par dire au psychiatre un jour qu’il a calculé la quantité d’amour qu’il y a entre le directeur (son thérapeute) et lui (le psychiatre) sous forme d’un pourcentage. Ainsi le fantasme sexuel, qui est celui de l’enfant, a fini par trouver un chemin pour s’exprimer et pour être pensé à travers des objets de sublimation qui étaient dans ce cas des concepts.
C’est grâce au dispositif thérapeutique, à l’attention et à l’écoute d’un autre, mais aussi, dans ce cas, à la présence d’un troisième dans l’institution, que les auto-érotismes ont pu subir une transformation qui en elle-même procède de mouvements sublimatoires successifs.
Une autre séquence clinique est évoquée, dans laquelle on peut voir que le mouvement sublimatoire a pu se produire à la faveur d’une levée du refoulement dans la situation analytique.
A la question posée :" comment penser la sublimation dans le rapport transférentiel?", S. de Mijolla nous renvoie au chapitre « Travail de l’analyste et sublimation » dans son livre et ajoute une remarque : le transfert implique en permanence la sublimation ; la sublimation doit être présente d’abord chez le psychanalyste, sinon c’est qu’il ne s’intéresse pas ou bien qu’il cherche la confirmation de sa théorie. Il est souhaitable que le psychanalyste soit capable de remettre en chantier les certitudes qui l’ont amené dans le fauteuil avec chaque analysant, de les remettre en jeu dans chaque cas. La sublimation implique en même temps une extrême déréliction (qui correspond à ce que peut vivre l’enfant à l’instant où il réalise que le Moi Idéal s’écroule). Cela ne peut marcher que s’il y a plaisir partagé.
Une brève discussion s’engage sur le processus de sublimation et « les sublimations »: Le processus comme capacité de réception et de transformation par un aller retour dans la dimension transféro/contre-transférentielle; les sublimations comme instants qui se succèdent, avec des choix, des options, et ce qui va être déposé à l’issue du choix et son devenir. La chose créée fait peur à son créateur par rapport à son devenir de créateur ; va-t-il se figer dans l’objet créé, comme dans le mythe de Pygmalion, ou continuer la recherche?
On peut dire que le processus de sublimation s’inaugure du manque et, à propos de l’exemple choisi par Lacan: l’activité du potier qui, en même temps que le bord du vase, crée le vide central, on pourrait citer S. de Mijolla: « Loin d’épuiser la source libidinale où elle puise l’énergie sublimée, la sublimation l’entretiendrait au fur et à mesure, assurant une sorte de néogenèse de l’énergie. » (Dans « La sublimation » Coll. Que sais-je ?)
Enfin une référence littéraire qui illustre remarquablement comment ce processus de sublimation en tant que, chez l’auteur, projet d’écriture, s’est initié : on ne peut que relire Proust avec plaisir dans le premier chapitre de « Combray » ( « A la recherche du temps perdu »), autour du « baiser de maman », puis de ce moment unique de la lecture de "François le Champi" et du deuil douloureux qui doit en être fait. Le projet d’écriture, l’écriture, lui permet de retrouver cette trace, de recréer ce qui, sinon, ne cesserait pas de se dérober.
Compte rendu de l’intervention de R. Péran (voir aussi l'article : L'IMMUABLE CONTINUITÉ DE L'ÊTRE)
L’immuable continuité de l’être)
René Péran, dans son intervention, va théoriser à partir du lien qu’il établit entre sa réflexion sur le processus de sublimation tel que Sophie de Mijolla en parle dans son livre, et la clinique psychanalytique, à partir d’un moment particulier d’une cure analytique.
Il commence par évoquer la difficulté d’attribuer au phénomène sublimatoire des « contours métapsychologiques » ; il s’agirait pourtant d’une dynamique essentielle dans la cure. Nous sommes parfois confrontés à certaines formes de destructivité qui peuvent, ou non, trouver dans la rencontre transfert/contre-transfert une issue favorable au déroulement de la cure.
De surprenants mouvements de la cure, instaurant ou renforçant un principe de plaisir, permettraient cela. En effet, comme le dit S. de Mijolla : « Sublimer la pulsion de destruction implique que le processus sublimatoire s’applique non pas au matériel libidinal attaché à Thanatos mais à ce qu’Éros en fait. »
C’est d’un tel mouvement sublimatoire dans le transfert/contre-transfert, avec une patiente s’appuyant sur l’humour pour se dégager de l’emprise maternelle, que R. Péran va faire état dans son exposé clinique.
Sa réflexion l’amène à repenser la notion de transformation qu’opère le processus de sublimation au niveau de l’objet, de la pulsion et des liens intersubjectifs « qui passent aussi par une transformation de l’autre »
La libido, retirée à son objet sexualisé puis rabattue sur le Moi et travaillée par celui-ci, serait l’objet d’une « transmutation » ( à ne pas confondre ave symbolisation). R.P. cherche à se représenter ce que peut être cette transmutation. Le processus sublimatoire, dit-il, évoquerait plutôt une concomitance, une coprésence ou une rencontre hallucinatoire entre un donné et un construit-ou plutôt un interprété.
Mais le mouvement sublimatoire n’est pas une simple irruption hallucinatoire, ni même la capture et le bornage par contrainte de cette hallucination dans un objet idéalisé ou un fétiche. On pourrait parler de « trouvé-créé » ; dans ce cas le produit de la sublimation serait un objet présenté par l’Autre, comme la mère présente le sein dans ce mouvement où le sujet est en train de l’halluciner, faisant naître chez l’enfant l’illusion de l’avoir créé. La libido est suffisamment mobile pour ne pas adhérer à la matérialité des objets, elle investit la représentance de la pulsion plus que les objets proprement dits. C’est la représentation qui est l’objet de la libido désexualisée, laissant les objets utilisés dans leur matérialité pour ce qu’ils sont, ce qui explique le caractère substituable des objets. Il est nécessaire pour cela d’avoir renoncé à la dimension hallucinatoire qui rive la représentation à l’objet qu’elle représente, ce que Pygmalion et « l’homme au sable » ne peuvent pas faire, l’animisme prenant le pas sur le rapport suffisamment distancié qu’un créateur doit avoir avec sa création.
Si l’illusion première du « trouvé-créé » est nécessaire, la désillusion l’est tout autant et va accompagner le processus de désidéalisation
Dans le cas clinique présenté, il décrit un moment sublimatoire dans lequel l’acceptation d’une modification du cadre temporel, « reprise, différée, réservée » (ce qu’il appelle une « séduction bien tempérée ») a joué un rôle. La représentation idéalisée de l’analyste ne met pas sa patiente à l’abri de la déception occasionnée par l’introduction de cette temporalité. La satisfaction différée, le maintien du cadre par ailleurs et de la règle fondamentale risquaient dans ce cas de générer le morcellement, voire de déchaîner la destructivité. » Car « dans cette opération de désidéalisation, ce qui est délicat c’est précisément le « Négatif », l’effet du non-sexuel non-lié contenu jusque là par des agis.» L’intérêt soutenu de l’analyste, son écoute, l’investissement des images proposées par la patiente ont permis que « nous expérimentions l’illusion de nous comprendre ». La « détachabilité » passe par cette « continuité de la représentance » et suppose l’appui sur une figure du tiers que l’analyste a représentée « sous la forme combinée d’une séduction tempérée et d’un obstacle garant de l’expérience analytique. »
Cette position tierce de l’analyste est nécessaire au transfert de la représentance sur la parole en séance, mais ne suffit pas à en rendre compte. Se trouve aussi convoqué, à ce moment charnière de la cure en question, le surmoi dont parle Sophie de Mijolla dans son livre: « Un surmoi paternel qui protège », Surmoi qui se laisse quelque peu distendre dans ses limites, donnant le sentiment d’être compris.
L’issue sublimatoire - et non la fusion ou l’arrachement d’avec l’objet idéalisé - reposerait sur cet aspect du Surmoi acceptant la dimension transgressive de la psychanalyse qui porte sur la représentance : « on peut tout penser, tout se représenter, à condition de contrinvestir l’agir ».
R. Péran souligne enfin l’importance de la régression formelle de la pensée, « travail sur la représentance à deux psychismes régressés », qui produit une « chimère » au sens de De M’Uzan où ce qui surgit de la rencontre du langage pictural et du langage de l’interprète (Piera Aulagnier) aboutit à des représentations-objets utilisables dans l’analyse. Ce biais de la régression viserait-il à retrouver un langage fondamental qui réunirait l’analysant et l’analyste autour d’un même éprouvé de fusion ?
Ce type de rencontre permet de contre-investir la détresse liée à la prise de distance d’avec l’objet idéalisé.
Ces mouvements sublimatoires dans l’analyse permettent de « relancer le plaisir de penser propre à la visée investigatrice de l’analyse ». R.Péran conclut par une citation de Raymond Cahn considérant que le processus sublimatoire dans la cure est une aide précieuse au « Transfert sur la parole » : « La parole dégage le Moi de la gangue hypnotique et de la confusion avec l’objet. » (Raymond Cahn, RFP LV 091)
Discussion et commentaire
La discussion qui suit cette intervention porte sur l’intérêt, pour l’analyste et pour sa patiente, de comprendre ce qu’elle essayait de faire passer de manière très agressive, puis sous forme d’humour, intérêt qui induit autre chose chez la patiente, par une transmutation.
Importance de l’investissement de l’écoute chez l’analyste. La sublimation serait liée à ce qui a pu se transmuer à la faveur de la capacité sublimatoire de l’analyste. Car le risque, souligne R.Péran, c’est l’ennui, il fallait ne pas se désintéresser, condition pour qu’ait lieu le travail de transfert/contre-transfert qui prépare le mouvement sublimatoire.
Dans le moment clinique évoqué, il s’agit de ce que permet la patiente, par son investissement de la parole (indissociable de l‘investissement de l‘écoute de l‘autre, l‘analyste) : du dire d’un acte « sous-tendu par l’humour » et remplaçant l’acte : « elle se contentera de m’en parler avec cette capacité nouvelle à sortir d’elle même ». Il semble que l’acte en question est devenu de l’humour après coup, entre les deux protagonistes de la situation analytique, parce que l’analyste l’a entendu et soutenu comme tel, grâce à l’interprétation qui en a été faite, et aussi à ce qu’on pourrait appeler la bisexualité psychique de l’analyste.
Moments de trouvaille, d’invention à deux, accordage et décalage, surprise face à de l’inconnu, de l’étrange, qui saisissent l’analysant aussi bien que l’analyste et tissent dans la parole un vêtement séparateur supportable.
Résumé de l’intervention de J.C. Guillaume
La sublimation. Voir aussi l'article : "À PROPOS DU CHOIX DE LA SUBLIMATION"
Le livre dense et argumenté de Sophie de MIJOLLA peut laisser, après lecture, face à un paradoxe : d’un côté l’importance de la sublimation dans la pensée psychanalytique, de l’autre la difficulté de l’inscrire en tant que mécanisme, dans la cure elle-même… Une « présence-absence » stimulante pour la pensée et générant les quelques associations suivantes, issues de la rencontre avec le texte, à la fois remarques et questions…
La sublimation apparaît, au fil des pages, comme un concept très imprégné du mythe judéo-chrétien : passage du solide au gazeux dans son origine chimique, mais aussi du corps à l’esprit, élévation depuis le sol, le limon, nous renvoyant à l’origine de l’homme… Pourrait-on l’entendre alors comme ouverture des voies de la psyché, dans le modèle de civilisation qui est le nôtre, invitant à la spiritualité, mais, précisément, au prix d’un effacement du sexuel… Cette forte valence culturelle de la sublimation lui donnerait alors une valeur de contenant pour tous les mécanismes concourant à la construction psychique : symbolisation, abstraction, idéalisation, les côtoyant tous, sans pour autant s’y substituer. Point d’aboutissement d’une pensée civilisée, elle deviendrait alors le lieu des objets culturels, quelle que soit leur nature, capable de permettre à chacun de s’inscrire dans le monde qui l’entoure. Le choix, dans sa dimension consciente et inconsciente, conduirait chaque individu vers un modèle de « civilisation » particulier… On peut comprendre alors certaines positions de FREUD, associant sublimation et désexualisation, même si la clinique d’aujourd’hui nous montre bien que tout investissement d’objet garde une dimension sexuée ; seule change la nature et la forme, voire l’utilisation de l’objet et le rapport à la jouissance qu’il autorise. En reposant clairement cet aspect essentiel, Sophie de MIJOLLA interroge aussi le mécanisme sublimatoire, en particulier dans ses rapports à la perversion ; d’où cette autre question : la perversion utilise-t-elle les « objets de la sublimation » comme appui pour affirmer sa théorie du monde, le mécanisme sublimatoire lui-même s’engageant davantage dans une construction différenciée, complexe, où le choix autoriserait un certain degré de « fantaisie »… L’hypothèse terminale du livre, caractérisant le mécanisme sublimatoire comme un processus de ré-érection du moi dans le moi, grâce au travail de deuil du moi-idéal, apparaît tout à fait originale et pertinente, en résonance avec la clinique. Reste alors, pour le psychanalyste d’enfant, la question des origines de la sublimation, des conditions qui pourraient paraître nécessaires, sinon suffisantes, pour que le processus s’engage…
Pourrait-on penser alors à la transmodalité du bébé, capacité de passer d’un sens à un autre pour définir un objet, au transitionnel, dans ses rapports à l’environnement, proposant à l’enfant un autre-que-soi, pour qu’il puisse, durant l’absence garder la cohérence de son monde interne, à la symbolisation et à la transformation indispensable à la genèse d’un appareil à penser, à la pulsion épistémophilique, moteur du désir de connaître et de découvrir, mécanisme ouvert précocement par une fonction de pensée parentale riche et adaptée.
Autre interrogation : qu’en est-il de la sublimation chez l’analyste, des constructions de sa culture analytique, de ses théories, face à certains patients qui, tel l’aigle attaquant sans cesse le foie de Prométhée, pour reprendre les exemples du livre, mettent à mal la capacité de penser, de séance en séance ? Sans doute convient-il alors de désublimer, sans libérer les excès d’Héraclès, de déconstruire nos modèles, pour renouveler nos « choix » en restaurant le plaisir de penser et de sublimer au sein même du transfert…
Voici les quelques pensées et questions, inspirées par ce travail passionnant de Sophie de MIJOLLA qui en reprenant ce concept, ouvre à la réflexion des voies nouvelles.
J.C. GUILLAUME
Discussion et commentaire
La discussion s’engage sur le rapport de la sublimation à la perversion : dans la sublimation, comme dans la perversion, on prétend ne rien se laisser interdire par rapport à son plaisir ; c’est une réalisation qui contourne les interdits. Ce qui les différencie, nous dit Sophie de Mijolla, c’est qu’avec la perversion on est dans la fixité, le déni, le désaveu ; elle en donne des exemples : le mythe de Pygmalion, la littérature de Nabokoff ; tandis que la sublimation se développe dans l’ouverture, la transformation, l’accueil de l’inattendu, le renoncement à la maîtrise ; elle est beaucoup plus simple, directe, primaire, alors que la perversion est plus compliquée. La sublimation est, au départ, enfantine ; si l’adulte la pratique, c’est qu’il la retrouve. Ce que Winnicott envisage quand il dit que, d’une certaine manière, le travail chez l’adulte se situe dans le prolongement du jeu de l’enfant, ce qui rejoint la notion de transitionalité. Sophie de Mijolla nous donne l’exemple du passage d’un fonctionnement sublimatoire à un fonctionnement ou une utilisation perverse de l’objet de la sublimation, celui du hacker : il y a une part de sublimation dans le jeu, la recherche, puis son utilisation perverse par lui-même ou un autre.
Une autre façon de parler du mouvement de la sublimation serait qu’elle comporte la capacité à ce que quelque chose résiste au démantèlement dans ce moment où « je pense que je vais là, mais c’est par là, ailleurs que je vais. » Entre les deux il faut faire face au démantèlement. Par exemple dans la peinture, il y a transformation entre le projet initial et l’aboutissement. Comment comprendre ce terme de démantèlement ? Peut-être en le rapprochant de la désublimation, dont parle J.C. Guillaume, que l’analyste doit savoir accepter dans certains moments de cure analytique ; si on désublime, dit-il, que devient-on ? Surgissent des affects dans le contre-transfert et, dans le registre narcissique : « je n’ai rien à mettre à la place », une réaction dépressive là où il y aurait à créer dans le domaine du partageable. Le démantèlement serait-il lié au pulsionnel libéré dans ce moment d’égarement où l’inattendu nous déroute, dans lequel l’objet nous échappe? Résister au démantèlement serait-ce alors la capacité à se laisser travailler par ce qui, au fond, relève d’un choix inconscient ?
La sublimation est un mécanisme permanent, d’appui vivant, à réinstaller sans cesse.
Compte rendu de l’intervention de Robert COLIN
Sublimation et idéal d’action
R. Colin, reprenant deux références culturelles, Hamlet et Léonard de Vinci, analysées par S. de Mijolla dans son livre, met en évidence la notion d’ « idéal d’action » qui soutient le travail de sublimation.
La finalité de l’action, dit-il, comporte le déroulement de l’acte et l’aboutissement final, mais aussi les représentations-but conscientes et inconscientes et la formation d’idéal, « institution du Moi établi dans le Moi, qui concentre en un précipité d’identifications, les aspirations les plus puissantes. »
Pour Freud, Hamlet est un névrosé que la culpabilité œdipienne immobilise.
Hamlet diffère l’action qui lui est prescrite par le spectre, il ne lui obéit pas aveuglément, prend le temps de la réflexion, de la perlaboration, en lien avec les autres. Pourtant il finira par se jeter dans l’action finale et venger son père, au prix de la mort tragique de tous les protagonistes de la pièce, exception faite de son ami fidèle Horatio chargé de transmettre la vérité aux hommes.
R.Colin émet l’hypothèse que l’activité sublimatoire se situerait là autant dans l’accomplissement final de l’action que dans le temps préalable de perlaboration « si proche du travail de mélancolie où domine la déception. »
« L’idéal d’action de Hamlet est élevé et ne s’accoutume pas à un tel climat de trahison, de faux sentiments et de fausses amitiés. L’idéal d’action peut se confondre avec un idéal de grandeur et dévoiler alors une préoccupation conquérante dont l’envers serait la crainte de l’inhibition. Le choix devient alors celui du grand homme qui aspire à exercer une influence puissante sur les hommes et sur leur temps. Mais l’idéal d’action dans le champ de la sublimation ne peut-il pas contenir d’autres ambitions moins politiques et plus introspectives ? »
R. Colin porte ensuite son regard sur les peintres, en commençant par Léonard de Vinci et l’analyse que nous en donne Freud, d’après laquelle ce grand peintre aurait été un exemple d’inhibition qui touchait autant à sa vie sexuelle qu’à son activité artistique, paralysait son aptitude à décider et avait tendance, pourrait-on dire, à l’excès de prudence qui lui faisait différer l’action. Il choisit trois des hypothèses avancées par Freud dans son étude :
- l’hypothèse œdipienne, avec le jeu de construction identificatoire au père en négatif et à la mère en positif ;
- l’hypothèse pulsionnelle : Léonard était animé d’une passion transformée en poussée de savoir et passait plus de temps dans l’investigation que dans la réalisation de ses tableaux. Pour Freud, l’investigation aurait pris la place de l’action, de la création. Mais l’investigation serait-elle dénuée d’action ? Peut-être que Freud cherche à distinguer deux sortes de sublimations : la création artistique et l’investigation savante.
- l’hypothèse topique : la sublimation par l’intermédiaire du Moi, formulation que S. de Mijolla reprend et développe dans sa théorisation. Otto Rank, dans son article de 1911, Une contribution au narcissisme, parle de « lien profond entre l’art du portrait et une forme de sublimation de l’amour narcissique ».
Pour illustrer cette idée de sublimation de l’amour narcissique, R. Colin donne la parole aux peintres :
Léonard de Vinci : « Toute particularité de la peinture répond à une particularité du peintre lui-même…Il me semble qu’il faut penser que l’âme, qui régit et gouverne le corps, détermine aussi notre jugement avant même que nous l’ayons fait nôtre… ; ce jugement est si puissant qu’il meut le bras du peintre et l’oblige à se copier lui-même. »
Zoran Music : « Quand je peins un autoportrait, je ne le peins pas grâce à un miroir, mais il naît du centre, je me connais depuis mon centre. Si je me mettais en face d’un miroir, je ne copierais que le masque de moi-même. »
Discussion et commentaire
S. de Mijolla se demande pourquoi les psychanalystes n’ont pas eu le recul nécessaire pour s’opposer à Freud, pour dire qu’on ne peut parler d’inhibition chez Léonard. Freud se détourne de la voie plus lucrative et plus valorisée du médecin neurologue pour se laisser séduire par la psychanalyse, l’investigation psychanalytique ; il pense à lui quand il parle de Léonard de Vinci.
La discussion porte ensuite sur le désintérêt de Freud pour les peintres modernes, les musiciens et les surréalistes qui étaient pourtant ses contemporains. Il a une idée du « désemparement » produit par l’œuvre d’art sur le spectateur ou le lecteur, mais il dit que cela ne fonctionne pas ainsi pour lui. Comment Freud est-il malmené au point de vue des enjeux de la sublimation ? Pour lui il fallait que ce soit intégrable, rattachable à un langage scientifique. Freud s’intéressait à des domaines comme l’archéologie, la littérature, les mythes, les religions, dont il avait acquis les connaissances dans sa jeunesse. L’Italie, nous dit S. de Mijolla, était un lieu de retrouvailles par rapport à son enfance, C’est la jubilation de lui-même qu’il retrouvait dans ces œuvres anciennes.
Mais peut-on, même quand on s’appelle Freud, s’intéresser et approfondir dans tous les domaines ? C’était aussi, pour lui, une question de temps. Le désemparement, il l’éprouvait peut-être à certains moments dans son investigation de la psyché humaine. Il y avait, de plus, l’aspect politique de la psychanalyse : Freud cherchait, mais aussi il bouclait, maîtrisait. Les surréalistes risquaient de le sortir de là.
Sa cécité, dit S. de Mijolla, se manifestait surtout à l’égard de la musique, même ancienne, car, avec la musique, il courait le risque de l’irruption de l’affect en direct. Ce qu’il nous a donné nous permet de faire autre chose.
Suit une discussion reprenant l’aspect politique de la psychanalyse et le basculement possible de la sublimation dans la perversion. La psychanalyse fonctionne sur deux registres : d’une part la recherche et la prise en charge, le soin, d’autre part la mainmise politique. La correspondance était beaucoup un choix politique, il fallait convaincre, démontrer l’intérêt de la psychanalyse, sa légitimité, faire des adeptes ; dans beaucoup de ses écrits on peut voir Freud user d’une certaine prudence politique. Qu’en est-il actuellement ? On a hérité de cet aspect politique de la psychanalyse, on le reprend, on le remet en acte.
Dans le domaine de la psychanalyse, le jeu de la maîtrise constituerait-t-il un basculement pervers ?
Enfin une dernière touche artistique : les artistes rivalisent avec la psychanalyse au regard de la tentative de reconstruire le Moi dans le Moi.
R. Péran nous parle de Francis Bacon qui mettait une plaque de verre devant ses peintures pour que le spectateur puisse se refléter dans ses œuvres. Ce qui me semble être une bonne métaphore de ce qui s’est déroulé pendant cet après-midi de travail autour du « choix de la sublimation » avec Sophie de Mijolla.
Chantal Vénier
KAËS R., Les alliances inconscientes, Paris, Collection Psychismes, Dunod, 2009KAËS R., Les alliances inconscientes, Paris, Collection Psychismes, Dunod, 2009
Les alliances inconscientes sont l'une des principales formations de la réalité psychique. Elles ont une double face.?? D'un côté, elles organisent et caractérisent la consistance des liens qui se nouent entre plusieurs sujets??
D'un autre côté, les alliances soutiennent ce que chacun, pour son propre compte, doit refouler, dénier ou rejeter. Elles participent ainsi à la structuration de la vie psychique de chaque sujet. Par structure et par fonction les alliances inconscientes sont donc destinées à produire de l'inconscient et à demeurer inconscientes.?? L'ouvrage distingue plusieurs types d'alliances inconscientes : des alliances structurantes, des alliances défensives et offensives, des alliances aliénantes et pathologiques.
De nombreuses situations cliniques, mais aussi des exemples littéraires et cinématographiques, montrent comment fonctionnent le contrat et le pacte narcissiques, l'alliance des Frères, l'alliance symbolique avec le Père, le contrat de renoncement à la réalisation directe des buts pulsionnels, le pacte dénégatif, le déni en commun, le pacte pervers. Une attention particulière est portée aux alliances défensives qui se nouent dans l'espace psychanalytique.
248 pages.
ALTOUNIAN J.et V., Mémoires du génocide arménien - Héritage traumatique et travail analytique, Krikor Bélédian, Jean-François Chiantaretto, Manuela Fraire, Yolanda Gambel, René Kaës, Régine Waintrater , Paris, PUF, 2009ALTOUNIAN J.et V., Mémoires du génocide arménien - Héritage traumatique et travail analytique, Krikor Bélédian, Jean-François Chiantaretto, Manuela Fraire, Yolanda Gambel, René Kaës, Régine Waintrater , Paris, PUF, 2009
Cet ouvrage à plusieurs voix porte sur la question de la transmission d’un héritage traumatique et de son mode d’élaboration au cours du travail analytique. Il a la particularité de comporter, en fac simile, le manuscrit original du témoignage autour duquel il s’origine et s’organise : le Journal de déportation de Vahram Altounian, traduit par Krikor Beledian, reçu et commenté par sa fille Janine Altounian, essayiste et traductrice. Il montre comment, à partir d’un écrit indéchiffrable pour tout lecteur néophyte, une expérience traumatique débutant à Boursa, petite ville d’Asie mineure, un « mercredi 10 août 1915 », passe par l’épreuve de sa traduction, celle de sa réception et de son élaboration subjective par un héritier pour se transmettre et aboutir, quasi un siècle plus tard, à la présente publication à laquelle contribuent :
- Krikor BELEDIAN, écrivain de langue arménienne, maître de conférences à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales).
- Jean-François CHIANTARETTO, psychanalyste, professeur de psychopathologie (Université de Paris 13, UTRPP).
- Manuela FRAIRE, psychanalyste, membre titulaire de la SPI (Société Italienne de Psychanalyse) et de l’IPA.
- Yolanda GAMPEL, psychanalyste, membre titulaire de la SIP (Société Israélienne de Psychanalyse), représentant pour l’Europe au Conseil de l’IPA, professeur à l’Université de Tel-Aviv.
- René KAËS, psychanalyste, professeur émérite de l’Université Louis-Lumière Lyon 2.
- Régine WAINTRATER, psychanalyste, thérapeute familiale, maître de conférences Université Paris 7 - Diderot.
208 pages.
HERLEM P., Transports de sens - Écrits sur Raymond Queneau, Clamecy, Éditions Calliopées, 2009HERLEM P., Transports de sens - Écrits sur Raymond Queneau, Clamecy, Éditions Calliopées, 2009

L’intérêt du père de la psychanalyse pour les oeuvres littéraires est bien connu : Sophocle, Goethe, Schiller ou Dostoïevski ont retenu son attention. Après lui, Mélanie Klein s’est penchée sur l’Orestie, Jones sur Shakespeare, Lacan sur Sade, Julia Kristeva sur Proust…
Fidèle à la tradition freudienne, Pascal Herlem, lui, a choisi Raymond Queneau.
Sa rencontre avec l’oeuvre du père de Zazie, il y a plus de vingt ans, lui a inspiré, au fil des ans et des textes, une lecture méticuleuse de quelques romans qu’il a tissée en une écriture apparentée à un exercice de style personnel, savant et sensible. Une sorte de fraternité intellectuelle liée à la fréquentation des cours de Lacan (dont Raymond Queneau suivit aussi l’enseigne - ment) a peut-être incité Pascal Herlem à rédiger ces «Écrits sur…» . Peu importe. Ce qui apparaît en premier lieu dans Transports de sens, c’est tout simplement l’envie de partager une passion : celle du psychanalyste pour son écrivain.
Dans ce recueil de dix textes, Pascal Herlem invite son lecteur à parcourir et souvent redécouvrir les allées de la maison quenienne. Faite de savantes créations littéraires plus ou moins apparentes et de charpentes analytiques moins immédiatement accessibles, l’architecture de l’oeuvre est ainsi remise à nu. Le travail du guide est tellement précis et détaillé qu’on en arrive même à percevoir les odeurs…
Les lecteurs de Raymond Queneau sont conviés à relire Pierrot mon ami, Un rude hiver et Chêne et chien, textes qui ne sont peut-être pas aussi innocents qu’il y paraît. La lecture de Pascal Herlem ouvre de nouvelles portes : il impose une voix qui donne accès avec légèreté et humour à la complexité de l’écriture et qui forme « une invitation permanente à aller au-delà de l’apparence, à entrer à l’intérieur de l’oeuvre sans idée préconçue ».
Déjà publiés dans des revues de psychanalyse ou de littérature, les articles réunis ici sont répartis en deux chapitres. Transports de sens propose d’abord une étude du travail et de la « manière littéraire » – à travers trois études monographiques, l’analyse des mots agglutinés et celle des… parfums queniens. Dans la seconde partie, Pascal Herlem aborde des questions plus générales : l’humour, le « naturel », la construction à double foyer des romans et finalement celle de la souffrance propre à Raymond Queneau, la fameuse « ontalgie ».
L’approche avertie et perspicace de Pascal Herlem témoigne de la profonde intelligence sensible et empathique du psychanalyste pour l’écrivain. Ce recueil est avant tout le fruit de ce partage car « c’est de la douleur d’être, de l’angoisse native dont il s’agit » qui, au-delà de Raymond Queneau, est inhérente à la condition humaine, mais « sans qu’il soit possible d’en saisir autre chose que le mouvement même de la pensée, la circulation vivifiante du sens, les transports de sens »…
240 pages.
ROGER G., Itinéraires psychanalytiques, Paris, Études psychanalytiques, L'Harmattan, 2008ROGER G., Itinéraires psychanalytiques, Paris, Études psychanalytiques, L'Harmattan, 2008
Je souhaite faire partager au lecteur l’enthousiasme que j’éprouve depuis tant d’années pour ce qui demeure, à mes yeux, une aventure humaine incomparable et, indirectement une thérapeutique sans égale. J’utilise le terme indirectement car, dans le cas les plus favorables, le patient découvrira que les portes qu’il s’interdisait de franchir étaient déjà ouvertes. Faire une analyse, c’est avant tout une expérience affective et non, comme les résistances incitent bon nombre de postulants, maîtriser des notions théoriques.
Tout au long de ces itinéraires parcourus sans balise Argos, j’ai accompagné des hommes et des femmes emprisonnées dans diverses organisations psychopathologiques. Leur ancrage dans un présent auquel elles donnaient une dimension anachronique a permis de les identifier et de les inscrire dans une histoire.
Si la psychanalyse paraît en rupture avec notre société, elle demeure l’un des derniers champs interrogeant la condition humaine.
210 pages.
Soirée signature et rencontre avec l'auteur à Lyon le 27 novembre 2008 à la librairie A plus d’un titre 4 Quai de la Pêcherie 69001, à partir de 18h.
Débat autour du livre et signature de l'auteur à Paris le 14 mars 2009 de 14h à 18h
Guy Roger avait convié Nathalie Zaltzman à discuter son livre en mars, et il a préféré reporter ce débat de plusieurs mois. Il aime rappeler cette dédicace de Nathalie Zaltzman: "Au psychanalyste et funambule, François Perrier, tel qu'il l'exerçait, tel qu'il enseignait de l'exercer: sans filet.", dédicace que l'on trouve dans " La guérison psychanalytique".
Tout voyage n'est pas exempt de risques, et nous vérifierons au cours de cet après midi à la Schola Cantorum que psychanalyse, aventure et voyage vont ensemble. Empruntons , pas à pas, les multiples chemins associatifs et de réflexions qui se sont entrecroisés: Nous sommes revenus vers le pays de l'enfance (comment rester enfant ?), avons parlé de l'amour et de la séduction, nous sommes arrêtés devant quelques balises, (la statue du Commandeur du Dom Juan de Molière), avons rencontré l'énigme du féminin, les figures du père et ses transformations qui altèrent sa fonction, avons abordé la question controversée de la sublimation; un peu plus loin, nous avons aussi croisé un Narcisse immobile dans un paysage parfait dépeint par Robert Colin, et une Melle de Vinteuil, personnage proustien de "La recherche" présentée par Francis Drossard en contrepoint de la chanteuse Barbara , auteure de l'Aigle noir à qui Guy Roger consacre un chapitre de son livre.
Son livre, Guy Roger a choisi de ne pas le présenter, et c'est Jean-Jacques Barreau qui a accompli cette tâche, en faisant ressortir l'esprit et les points essentiels. Il a discuté quelques points précis de cet ouvrage qui reprend des travaux écrits entre 1997 et 2007. Nous résumons son exposé qui nous servira de fil rouge, et nous lui intégrerons les discussions auxquelles nous fûmes nombreux à participer.
La métaphore principale du livre est celle du voyage maritime. Jean-Jacques Barreau remarque l'importance et, le nombre des compagnons de voyage, et il en fait le recensement: les écrivains, les psychanalystes, les peintres, les auteurs-compositeurs, les dramaturges, les cinéastes. Mais la pratique de l'analyse, malgré l'entourage, les amis, les références, les institutions, confronte à la solitude. Le psychanalyste est un navigateur solitaire qui ne dispose pas de balise Argos, nous dit Guy Roger. Jean-Jacques Barreau fait une première halte à cet endroit. Il nous rappelle que le mot "balise" vient du latin "palus", c'est-à-dire "pieu". "Le phallus, balise pour la navigation en eau psychanalytique.", complète-t-il, avant de jouer avec l'autre sens de balise, venu du langage populaire: "baliser" en langage populaire, c'est avoir peur…quand les balises viennent à manque
La fonction paternelle occupe un long développement, articulée à la question du féminin, à celle de la traversée incertaine de l'Œdipe, à la flambée amoureuse. Dom Juan, qui défie le père et Dieu, est celui qui évite la castration, et il est clair qu' "à travers les femmes, c'est l'image paternelle qu'il sollicite ". Mais de quel père s'agit-il ?
La mort, l'enfer et le feu se rejoignent, et l'on hésitera ensuite dans la discussion générale sur l'analyse de cette condensation et sur la place de la fonction paternelle dans ses dimensions réelle, symbolique et imaginaire:
- S'agit il d'une représentation du désarroi infantile (c'est ainsi que je traduis de l'allemand "Hilflosigkeit"), adressé au père, et pas à la mère, très lointaine, voire absente dans la pièce de Molière, tant comme mère que comme épouse ?
- Jean-Jacques Barreau propose qu'au lieu de l'appel "Père pourquoi m'as-tu abandonné ?" l'on pourrait entendre "Père, ne vois tu pas que je brûle ?" Nous pourrions, après coup, associer aussi sur l'"Erlkönig" de Goethe, et sur l'enfant fébrile, dans les bras de son père, tenté sexuellement par le Roi des Aulnes.
- Ou bien, l'errance de Dom Juan relèverait des pulsions anarchistes. Pour Nathalie Zaltzman, elles sont vitales quand se dévoilent des représentations à la limite du monde des vivants et des morts, Elles permettent au sujet d'échapper à un danger mortifère que le complexe de castration ne saurait circonscrire, pas plus que le complexe paternel ne saurait le baliser. Dans le processus analytique, il est vital selon elle de ne pas camoufler ces représentations des pulsions de mort par de la libido, fût-elle narcissique, ou par la l'enfouissement de ces représentations sous de nouvelles liaisons. En suivant cet itinéraire, il s'agirait pour Dom Juan d'échapper à une catastrophe identitaire en fuyant l'engagement et la captivité. Dans la scène finale, le défi au père, au Dieu, à la mort, tiers ultime, viendrait se substituer aux interdits qui auraient enfermé Dom Juan dans des obligations d'amour délétères, "les prisons d'invention". Cet enfermement serait la conséquence de l'incapacité du père réel à renoncer au pouvoir imaginaire que l'enfant prête à la figure du père de l'identification primaire.
- Ou enfin, la scène finale, n'est plus la représentation de la mort, mais celle d'une rencontre avec l'embrasement du gouffre féminin, main dans la main avec le Commandeur, représentation d'une scène primitive triangularisée. Même si cette version d'un nouveau voyage, qui s'engage sous les auspices d'une union homosexuelle, n'est pas dénuée de perversion, on voit que le spectre de la mort y est repoussé, encore une fois. Dans sa mise en scène, Roger Planchon avait représenté Dom Juan emporté par un groupe de femmes. Il avait trahi Molière qui avait écrit la mise à mort de Dom Juan par le Commandeur, mais n'avait-il pas découvert un sens caché du mythe de Dom Juan ?
En discutant, nous avons collectivement recréé une nouvelle pièce de Dom Juan, où le père réel est représenté par la statue du Commandeur, qui se met en mouvement pour emmener Dom Juan à la conquête du continent noir… Cette interprétation rejoignait selon moi un autre mythe, dont il ne fut pas question cet après midi là, celui de Thésée, grand voyageur sur terre et sur mer, grand séducteur, enclin à défier les monstres, les puissants, dont son père qu'il fit se précipiter dans la mer qui portera son nom, avant de devenir respectable et de recevoir Œdipe exilé, qui disparaîtra sous ses yeux, lui aussi dans un embrasement.
En somme, quels labyrinthes emprunter pour garder vivant l'enfant en soi et ne pas souffrir excessivement de nostalgie, quels chemins de traverse pour ne pas trop mal vieillir, comment flâner pour ne pas mourir avant l'heure ? Nombreux sont les itinéraires et la psychanalyse est un art du détour.
Cet exercice de création nous a conduits à la sublimation, un autre thème cher à Guy Roger.
Selon lui, l'acte créateur contient une composante antisociale et libertaire: Transgression de la nouveauté, expression d'une vérité inouïe, deux caractères qui vont choquer, et pas seulement les conformistes. Plus tard, éventuellement, le créateur aura contribué au lien social à partir de matériaux inélaborés et non liés. Cette question sera débattue abondamment pour situer la sublimation du côté du masculin ou du féminin. Si l'on considère, selon la position freudienne que le potentiel créateur permet de tuer le maître, ne risque-t-on pas de confondre pénis et phallus dans une telle conception? Les hommes se sont appropriés le symbole et la culture. C'est un fait historique dont nous sommes en partie dégagés.
Alors, pourquoi en passer par cette théorisation, pourquoi suivre Freud, et placer la métaphore du côté du père, et la métonymie du côté de la mère ? Cela ne clarifie pas la question, même en utilisant le vocabulaire structuraliste. Métaphore et métonymie sont des déplacements, introduisant de l'autre. Ainsi, le différentiel métonymique est engagé par la mère; par exemple, l'objet transitionnel qui est un autre de la mère. La métaphore introduit à la différence des sexes. Et Guy Roger d'énoncer que la fonction paternelle peut être assurée par une femme, autrement dit que la transmission des symboles ne dépend pas des choix d'objets.
Selon lui, au sujet de l'adoption d'un enfant par un couple homosexuel, la loi française actuelle se fourvoie. Selon Guy Roger, la psychanalyse est pour l'analysant une aventure affective et non pas intellectuelle. Les analystes veulent paraître sérieux et font croire qu'ils s'intéressent doctement aux choses nobles. Qu'en est-il de leurs émotions ? Dans l'expérience de la cure, la compréhension métapsychologique sert de balise. Mais dans l'expérience esthétique, l'émotion n'est pas maîtrisée, ou bien pas par tous les analystes. Tous ne sont pas capables de décortiquer une pièce de théâtre en sortant d'une représentation bouleversante.
Une question directe vient alors de la salle, parlant franchement de l'excitation en psychanalyse: Pourquoi le processus créateur fait-il bander les analystes? Ce qui se passe sur la scène artistique, celle du théâtre, rejoint très difficilement la vie réelle. Ce plaisir, les analystes ne le prennent-ils pas aux dépens des artistes, sujets qui expriment plus librement que d'autres leurs pulsions partielles au travers de l'acte créateur ? Est évoqué Antonin Artaud, "victime" des psychiatres et/ou psychanalystes, créateur vampirisé par la psychanalyse. En fait les psychanalystes sont interrogés par les artistes qui relancent pour eux la question du sens. Assez classiquement, ajouterons nous, à la demande d'amour de l'analysant, l'analyste répondra par la recherche de la vérité du sujet (cf. Sophie de Mijolla-Mellor). Le plaisir de l'analyste n'est pas érotique, mais narcissique. Néanmoins, quand des enjeux vitaux sont engagés, par les artistes comme par certains analysants, la cure analytique ne permet pas toujours de comprendre les effets des affects, ni de dégager les voies de la sublimation: les actes créateurs sont aussi des symptômes, comme les rêves, les contes et les mythes et ne sauraient être repris intellectuellement.
Francis Drossard reprendra la métaphore du voyage, mais pour s'intéresser aux embarras de la circulation sur les chemins analytiques: la tentation de l'objectivation qui peut conduire à l'intérêt pour les objets au détriment de l'attention aux rapports entre les objets et entre les instances psychiques. Il évoque aussi l'arrêt en cédant à la tentation du narcissisme, qui rend immobile, comme Narcisse qui se mire dans l'eau, immobiles l'un et l'autre. Ô temps suspend ton vol !
Francis Drossard extrait de "La recherche du temps perdu" - roman-fleuve s'il en est - un personnage, Melle de Vinteuil, qu'il présente comme l'envers de Barbara. Proust dépeint en Vinteuil un père parfait, veuf par surcroit, père d'une fille qui va choisir le lesbianisme. Ce personnage représente pour le narrateur une identification narcissique: il admire sa musique. Dans une scène dramatique, la fille crache avec son amie-amante sur le portrait de son père, et elles insultent "le vieux singe". Melle de Vinteuil détruit l'image paternelle et même la musique vole en éclats pour le spectateur caché de cette mise à mort. Il est probable que Melle de Vinteuil fut "incestuée". Si Melle de Vinteuil déconstruit l'image paternelle, la chanteuse Barbara a réussi en revanche à reconstituer une image paternelle qui endosse les registres réel, symbolique et imaginaire, et elle a retrouvé en elle un désir qui n'est pas innocent – il faudrait là reprendre le poème mot à mot –. Barbara, empruntant la voie de la sublimation a transformé le rêve en poème-chanson.
Robert Colin s'est arrêté à un point précis de l'itinéraire, le narcissisme, à partir duquel il a bifurqué vers la lecture des Métamorphoses d'Ovide. Il nous a décrit le tableau parfait d'un paysage bucolique et ordonné autour d'une fontaine dont rien ne saurait troubler la pureté. Que dissimule cette perfection ? Le trouble aurait pu venir de l'altérité, de l'impureté des mouvements pulsionnels. Narcisse, accroupi, se défend-il vraiment des pulsions passives ? Narcisse est-il affranchi de l'angoisse de castration pour exposer ainsi son corps ? Narcisse asexué, ni homme ni femme… inapte à la bisexualité psychique donnerait raison à Freud pour qui le plaisir passif est redouté tant par les hommes que par les femmes. Robert Colin se demande si Narcisse ne serait pas le prototype du conformiste, celui qui ne se dégage jamais du contrat narcissique établi pour lui par sa mère ? Mais alors, ne devant pas se regarder dans le miroir, au risque de mourir selon la prédiction de Tiresias, qui s'y connaissait en bisexualité, il se prive du regard d'autrui, constitutif du sujet.
Nous quittons le paysage enchanteur des Métamorphoses, faisant tomber le masque de la beauté. Car derrière le beau, il y a le terrible, l'inquiétant; et aussi la quête épistémophilique – le conflit esthétique selon Meltzer: "Est-ce-que c'est si beau à l'intérieur" – ; ou encore la chute – le croupion du paon qui fait la roue et se retourne –.
Impureté et transgression sont inquiétantes, mais sont salutaires alors que Narcisse, immobile, anorexique et insomniaque reste prisonnier d'une pulsion de mort pour la mort. Se repose à nous la question de la création comme transgression, venue des pulsions partielles, déconstruction violente, voire meurtrière. Cette question nous retiendra jusqu'à la fin de nos débats. Introduire du nouveau rompt avec l'ordre établi, avec les théories en science et l'académisme en art. Galilée, Newton, Picasso étaient en rupture avec le symbolique de leur époque – idem pour Darwin et Freud –. Les psychanalystes, qui s'appuient sur le retour à l'enfance, doivent intégrer la transgression fantasmatique des tabous fondateurs, ceux du meurtre, de l'inceste, et du cannibalisme.
L'acte créateur, violent, est une conquête, une recréation dynamique après destruction d'un ordre antérieur ainsi que l'avancent aussi bien F. Nietzsche que S. Spielrein. Il nécessite un travail des pulsions de mort au service de la vie. Les transgressions des créateurs, ne sont donc pas des passages à l'acte arbitraires mais une reconquête de la sublimation.
Il semble bien que l'Homme ait besoin de ces espaces de fiction et d'invention quand le processus refoulement – levée du refoulement ne suffit pas. L'accession au symbole ne peut alors se produire que par une rupture afin de dépasser la situation de crise: un acte d'auto-engendrement dans le domaine de l'art ou de la science. A ce point nous trouvons le travail de culture (Kulturarbeit), à distinguer de la civilisation.
Les échanges très vivants ont été nourris par les interventions spontanées de Gérard Bazalgette, Bernard Defrenet, Brigitte Dollé-MonglondJanine Filloux, Marie-Claude Fusco, Jean-Pierre Kameniak, Ghyslain Lévy, Marie-Thérèse Maltèse-Milcent, Berta Roth. Cet après-midi de débats aura montré que parcourir et discuter les "Itinéraires Psychanalytiques" de Guy Roger invite à explorer les terres inconnues de la psyché: "Terres vierges" comme disent les explorateurs…
Eric Julliand
MENECHAL, J., Psychanalyse et politique - Le complexe de Thésée, Préface de René KAËS, Toulouse, Etudes, recherches, actions en santé mentale en Europe, Erès, 2008MENECHAL, J., Psychanalyse et politique - Le complexe de Thésée, Préface de René KAËS, Toulouse, Etudes, recherches, actions en santé mentale en Europe, Erès, 2008
Si la psychanalyse est farouchement privée, la politique est résolument publique. Pour l’une qui s’épuise à assourdir, derrière les portes capitonnées du transfert, les constructions de vérité qu’elle élabore, l’autre semble se perdre dans l’écho sans fin de ses clameurs, au point de dépersonnaliser le message qu’elle est supposée porter. Le présent essai se donne pour objectif d’explorer l’interaction de ces deux champs afin d’approfondir la nature du lien analytique, dès lors qu’il est confronté au politique. Entre l’ambition nécessairement infructueuse de la psychanalyse d’offrir au sujet sa totale autonomie, et le fantasme d’un monde où la psychanalyse permettrait au social d’optimiser son fonctionnement, il s’efforce de mieux comprendre la place actuelle de cette discipline et son articulation méconnue, sinon déniée, avec l’espace du politique. Au centre de cette relation se situe la démocratie et le mythe de son fondateur Thésée, dont l’analyse permet de saisir ce déplacement vers le politique : comment à travers les rencontres successives et la maturation du sujet, des voies de la perversion à celles de la sublimation, s’élabore peu à peu une structure basée sur l’alliance et une fraternité dépassant le cadre familial. Ce parcours singulier fonde le complexe de Thésée. Jean Ménéchal (1950-2001), psychanalyste et universitaire, a l’expérience d’une fécondité réciproque des sciences humaines à la fois de par sa formation (HEC, mais aussi Droit public, Sciences des organisations, Etudes politiques, Histoire à l’EHESS, et enfin Psychologie clinique et pathologique) et sa pratique professionnelle (haut fonctionnaire au ministère de l’Equipement puis à celui des Affaires étrangères et de la Coopération avant d’être nommé maître de conférences à l’Institut de psychologie de l’université Lumière-Lyon 2). Cette vaste culture lui a permis d’articuler dans cet ouvrage plusieurs champs dont il respecte la méthode : la psychanalyse et son approche clinique des mécanismes inconscients, l’histoire et la science politique. 160 pages.
PERRIER F., La Chaussée d'Antin 1 et 2 - Oeuvre psychanalytique- Tome I, Paris, Bibliothèque Idée, Edition revue et corrigée Albin Michel, 2008PERRIER F., La Chaussée d'Antin 1 et 2 - Oeuvre psychanalytique- Tome I, Paris, Bibliothèque Idée, Edition revue et corrigée Albin Michel, 2008

Psychiatre et psychanalyste, François Perrier (1922-1990) participe aux côtés de Lacan à la création de l'Ecole freudienne en 1964 avant. de fonder le Quatrième Groupe en 1969, dont il démissionne douze ans plus tard. Dans les séminaires rassemblés ici, sur l'amour, le corporel et l'analytique, et le trans-subjectal, François Perrier fait partager son approche de clinicien, de philosophe, d'amoureux du langage et de l'humain. Soucieux d'une éthique nourrie de sa lecture de Freud et de son expérience concrète de la souffrance des patients, il n'a eu de cesse de revendiquer son rôle de clinicien et d'héritier de Freud, à l'écart des enjeux de pouvoir et de savoir de sa génération.
Le tome I est la ré-édition des trois premiers séminaires qui avaient eu lieu en 1970-71, en 1971-72 et en 1973-74 et qui avaient été édités pour la première fois respectivement en 1978 (in Chaussée d'Antin 2, 10/18), 1984 (InterÉditions) et 1985 (InterÉditions).
Table des matières :
Introduction de SEDAT J.: Perrier l'imprévisible
Trilogue (avec SEDAT J. et PETITDEMANGE G.)
L'amour - séminaire 1970-1971
Les corps malades du signifiant - Le corporel et l'analytique - séminaire 1971-1972
Double lecture - Le trans-subjectal - séminaire 1973-1974
648 pages.
PERRIER F., La Chaussée d'Antin - Oeuvre psychanalytique - Tome II, Paris, Bibliothèque Idée, Edition revue et corrigée Albin Michel, 2008PERRIER F., La Chaussée d'Antin - Oeuvre psychanalytique - Tome II, Paris, Bibliothèque Idée, Edition revue et corrigée Albin Michel, 2008
Psychiatre et psychanalyste, François Perrier (1922-1990) participe aux côtés de Lacan à la création de l'Ecole freudienne en 1964 avant de fonder le Quatrième Groupe en 1969, dont il démissionne douze ans plus tard. Les textes rassemblés ici, sur la formation et l'éthique du psychanalyste, l'hystérie, la psychose et la perversion, illustrent sa volonté de n'être ni un " logicien ", ni " un archéologue du savoir ". Il faut en effet " oser ne pas savoir ce qu'on cherche " et questionner sa propre exigence de vérité, ainsi qu'il l'exprime dans Thanatol : " En analyse, il s'agit toujours de chercher à découvrir et de découvrir à chercher. Qu'importe le savoir ! " Le tome II est l'édition d'articles déjà publiés en 1978 in La Chaussée d'Antin (antienne), 10/18, d'articles publiés en 1994 in La Chaussée d'Antin, Albin Michel, et d'articles et une correspondance avec Lacan inédits.
Préface de GRANOFF W. François Perrier : le praticien, Sur la psychanalyse didactique, Sur l'effet didactique, Voyage à Rome, Sur l'échec de la S.F.P., Le psychanalyste exposé à la clinique, Adresse aux analystes de l'École, Savoir freudien et praxis analytique, Ruer des quatre "ver" ou les fonctions de méconnaissance du sujet, Et Adam connut Eve ; savoir et connaissance en psychanalyse, La psychanalyse : femme ou in-fâme ; pour une éthique du pouvoir et de la séduction, Sur Charles Fourier, L'interprétation - la Deutung, L'éthique du psychanalyste, Sur la clinique le transfert et le temps, Structure hystérique et dialogue analytique, Musique déjouée ? La cause narcissique, Psychanalyse de l'hypocondriaque, Le problème du narcissisme est d'abord et avant tout celui de l'amour, Phobies et hystérie d'angoisse, Le Mont Saint-Michel ; naissance d'une perversion, Une clinique psychanalytique de la perversion, Le réel fait signe au pervers, Hallucinations, Paranoïa, Fondements théoriques d'une psychothérapie de la schizophrénie, A propos de la psychothérapie des schizophrènes, Le schizophrène, La psychanalyse entre le psychotique et son thérapeute, Thanatol I - ou des amours, des morts et des corps de qui l'on n'est pas, Thanatol II - De l'alcool et de la psychanalyse, Thanatol III - un déni de soi donné à soi-même, Correspondance Perrier-Lacan, LECLAIRE S. : Demeures de l'ailleurs
556 pages.
KAËS R., Le complexe fraternel , Paris, Psychismes, Dunod, 2008KAËS R., Le complexe fraternel , Paris, Psychismes, Dunod, 2008
Le complexe fraternel est un véritable complexe. Il n'est pas un simple déplacement ou évitement du complexe d'Œdipe. Il consiste en une structure, une dynamique et une économie spécifiques analysées dans ce livre selon trois niveaux. Le complexe fraternel est d'abord décrit au niveau intrapsychique à partir de l'analyse clinique de deux cures. Cette analyse met en évidence le rapport de l'imago de la mère archaïque à l'objet partiel frère ou sœur, les figures du double, l'homosexualité narcissique, la bisexualité psychique. Le complexe fraternel est ensuite analysé dans ses effets organisateurs des liens intersubjectifs entre frères et sœurs, dans leurs rapports d'amour et de haine, de jalousie, de rivalité et d'envie. Une attention est portée au choix d'objet amoureux et à l'écart qui sépare les fantasmes incestueux - universels - des réalisations de l'inceste adelphique, aux alliances inconscientes que nouent les frères et sœurs, à l'impact de la mort d'un frère ou d'une sœur sur leurs liens, à la transformation de ceux-ci à la mort des parents. Le groupe fraternel - la fratrie - forme un ensemble intersubjectif dans lequel se développe une réalité psychique qui lui est propre au sein de la famille. Le complexe fraternel est aussi un des organisateurs majeurs des groupes, et René Kaës montre comment ses effets se prolongent dans les institutions et dans l'ensemble social. Les mythes fondateurs de la psychanalyse, d'Œdipe à Narcisse, les récits de la Bible et du Coran, la mythologie et les contes, mais aussi de nombreuses références à la littérature et au cinéma, forment un contrepoint passionnant à ces analyses cliniques qui renouvellent en profondeur un thème universel.240 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Croire à l'épreuve du doute, Paris, Éditions de l'Atelier, 2008MIJOLLA-MELLOR S. de, Croire à l'épreuve du doute, Paris, Éditions de l'Atelier, 2008

Table des matières :
123 pages.
KAËS R., L'institution en héritage - Mythes de fondation, transmissions, transformations, Sous la direction de, Paris, Inconscient et culture, Dunod, 2008KAËS R., L'institution en héritage - Mythes de fondation, transmissions, transformations, Sous la direction de, Paris, Inconscient et culture, Dunod, 2008
Crise, conflits, impasse élaborative des sujets et des groupes dans l'institution, répétition de pratiques inquestionnables, manque de cohérence théorico-clinique : en mobilisant les dimensions traumatiques groupales récentes et anciennes, notamment lors du départ ou de la mort d'une figure fondatrice, le dispositif choisi et l'écoute analytique diachronique ouvrent sur les représentations et les affects - jusqu'à la passion - investis par chaque sujet dans la fantasmatique groupale et la mythique de l'institution. Le roman de sa fondation, le destin de ses idéaux, la ritualité de ses fonctions, les alliances inconscientes et notamment celles qui relèvent de l'économie narcissique sont mis en travail, et ce que chacun fait, avec les autres, de l'héritage, est alors questionné. O. Nicolle, R. Kaës, A. -M. Blanchard, M. Claquin, A. Missenard, M. Pichon et J. Villier - membres du Ceffrap - interrogent ici avec F. Giust-Desprairies, L. Michel et J. -P. Pinel la problématique de la transmission et de la transformation dans les institutions. Référées diversement à la psychanalyse, leurs écoutes se rencontrent souvent par-delà les contrepoints qui nourrissent la réflexion. Tous proposent en effet une exploration de la demande, des voies d'intervention et d'élaboration qui privilégient les processus de symbolisation s'opérant par la mise en mots d'une histoire partagée, dans laquelle les sujets peuvent maintenant prendre place. L'institution en héritage forme ainsi le troisième volet de deux ouvrages parus dans la même collection : L'institution et les institutions et Souffrance et psychopathologie des liens institutionnels.166 pages.
BARREAU J-J., Freud et la métaphore ferroviaire - Nous pratiquerions ensemble l'art de voyager, Paris, Editions In Press, 2007BARREAU J-J., Freud et la métaphore ferroviaire - Nous pratiquerions ensemble l'art de voyager, Paris, Editions In Press, 2007
Le train occupe une place singulière dans la vie de Freud. Place à part, car son œuvre s'est élaborée avec les débuts de l'ère industrielle et l'avènement du chemin de fer. D'emblée, cette machine qui vous emporte, modifiant la perception de l'espace et du temps, le fascinera jusqu'à l'angoisse. C'est au cours de son voyage en train en Italie, en 1897, que Freud repensera les fondements de la théorie psychanalytique. Voyage au cœur de l'art qui va le conduire au cœur de l'inconscient. Il utilisera le train pour présenter la méthode et le dispositif analytiques, comparant la cure analytique au voyage en train, l'espace analytique au compartiment, l'association libre au paysage qui se déroule et se transforme à sa fenêtre : la " métaphore ferroviaire ", si féconde dans l'œuvre de Freud, est née. L'art et le train constituent, l'un comme l'autre, le véhicule et la voie du transport vers l'inconscient. En fin de compte, cet art de voyager, qui tient lieu d'art de psychanalyser, Freud le pratiquera jusqu'à sa mort, installé avec ses patients comme dans un compartiment de chemin de fer, écoutant décrire le paysage qui défile à la fenêtre. Un livre puissant, dense, lumineux, une invitation au voyage qui nous conduit aux prémices de la psychanalyse et qui nous fait découvrir Freud tel que nous ne l'avons jamais vu.Table des matières :
Le train et les chemins du transfert, La métaphore ferroviaire, La métaphore visuelle de l'inconscient, Paysager l'inconscient, Décrire le paysage, Au-delà du paysage, Entrée en gare220 pages.
ZALTZMAN N., L'Esprit du mal, Paris, penser/rêver, Éditions de l'Olivier, 2007ZALTZMAN N., L'Esprit du mal, Paris, penser/rêver, Éditions de l'Olivier, 2007

Quand une civilisation se décompose, il est approximatif de se contenter d'énoncer qu'elle retourne à la barbarie. Elle fait autre chose. La civilisation s'est construite grâce au refoulement des pulsions sexuelles et meurtrières. Dans des situations de régression culturelle, on admettait que, le refoulement civilisateur ayant échoué, le pulsionnel tendait à régner sans contrôle, l'homme était revenu à l'état animal. Mais le XXe siècle a connu une régression d'une autre nature, un état de confusion entre le sujet et la masse.
Cette confusion ne débouche pas sur une préhistoire de l'humanité, mais bien sur une post-histoire, un état nouveau de la civilisation où, en se résorbant dans la masse, c'est la mort et ses idoles que l'homme révère et célèbre. Cette révérence, cette célébration, c'est le mal absolu. Dans cette étude, Nathalie Zaltzman fait voir de façon radicalement différente ce qu'on appelle " crime contre l'humanité ".
109 pages.
Table des matières :
Introduction, Children are pigs, Le collectif dans l'individuel, Qu'est-ce que l'humain ? Qu'est-ce que le travail de culture ? Analyse I, Qu'est-ce que le travail de culture ? Analyse II, Le crime contre l'humanité, Perplexités I, L'esprit du mal, Perplexités II
Notes de lecture :
→ Note de lecture par Françoise Francioli dans le Bulletin d'information du Quatrième Groupe n° 44, pages 71-74→ Compte rendu par Françoise Francioli dans le Bulletin d'information du Quatrième Groupe n° 45, pages 62-66 du débat organisé à Paris par le Quatrième Groupe le samedi 15 mars 2008 avec la participation de Lina Balestrière, Robert C. Colin, Janine Filloux, Ghyslain Lévy, Christiane Rousseaux-Mosettig, Evelyne Tysebaert et Monette Vacquin.
→ Analyse de l'ouvrage par Dominique Bourdin en mars 2008 sur le Site de la SPP à l'adresse : http://www.spp.asso.fr/Publications/DuCoteDesLivres/ficheLivre.asp?lId=270
MOREAU RICAUD M., Michael Balint - Le renouveau de l'Ecole de Budapest, 1ère édition en 2000 , Ramonville Sainte Agne, Analyse Laïque, Érès, 2007MOREAU RICAUD M., Michael Balint - Le renouveau de l'Ecole de Budapest, 1ère édition en 2000 , Ramonville Sainte Agne, Analyse Laïque, Érès, 2007

Deuxième édition : revue et corrigée,
301 pages, même présentation, août 2007
Depuis 2000, date de la première édition de ce livre, les signes d'intérêt et les reprises d'expériences de formation Balint se multiplient. De nouveaux séminaires et groupes de travail s'ouvrent non seulement à l'intérieur des sociétés médicales Balint mais également dans des sociétés analytiques. Un regain d'affluence est noté aux congrès nationaux et internationaux. La méthode Balint a été introduite dans la formation des médecins, et des groupes de réflexion, des séminaires sur la relation médecin-malade ainsi que des groupes de parole prennent place dans les services de médecine comme dans les équipes de soins palliatifs. Enfin, des universités ont remis dans leur programme des cours sur la relation médecin-malade et des groupes de discussion de type Balint. Pour toutes ces raisons, une nouvelle édition de cette biographie intellectuelle s'imposait. Elle conduit le lecteur dans l'intimité de la vie de Michael Balint, tout en reconstituant scrupuleusement son trajet scientifique et institutionnel, depuis ses premiers travaux de chimiste jusqu'à son élection à la présidence de la Société britannique de psychanalyse, et propose une généalogie des groupes Balint à la lumière de témoignages et d'archives inédits. Le lecteur y trouvera aussi une reconstruction de la fondation de l'" Ecole de Budapest ", et, plus largement, un portrait coloré de ce disciple de Ferenczi, qui doit à sa pensée vigoureuse, son sens clinique aigu et son indépendance intellectuelle une place de protagoniste de premier plan de la psychanalyse européenne d'après-guerre.
Michelle Moreau Ricaud est docteur en psychologie clinique, maître de conférences des Universités et psychanalyste membre du Quatrième Groupe OPLF, dont elle a été secrétaire scientifique et vice-présidente. Elle est également membre de la Société médicale Balint (Paris) et leader de groupe Balint, membre du Gral (Groupe de réflexion à l'accréditation des leaders), secrétaire scientifique de l'Association internationale d'histoire de la psychanalyse (AIHP), et chercheuse associée au CRPM (Centre de recherches psychanalyse et médecine) de l'université de Paris 7.
Éditions traduites

300 pages.
COLOMBO E., La volonté du peuple - Démocratie et anarchie, Paris, Édittions Libertaires, 2007COLOMBO E., La volonté du peuple - Démocratie et anarchie, Paris, Édittions Libertaires, 2007

Table des matières :
I. Préface à la Volonté du peuple II. Je suis anarchiste ! III. Anarchie et anarchisme IV. Du pouvoir politique V. La volonté escamotée VI. Le vote et le suffrage universel VII. Appendice. La synthèse révisionniste et le bloc néolibéral
138 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La paranoïa, Paris, Que Sais-Je?, PUF, 2007MIJOLLA-MELLOR S. de, La paranoïa, Paris, Que Sais-Je?, PUF, 2007

On se sent " parano " lorsque s'impose comme une évidence l'impression de ne croiser que des regards méprisants ou hostiles qui, prétendant vous ignorer, n'en pensent pas moins et révèlent, tout en le dissimulant, l'existence d'une entente hostile ou pire, d'un complot dont vous êtes, pour une raison qui reste à comprendre, la victime cernée de toutes parts. La banalisation de ce terme, du fait qu'une forme atténuée de paranoïa est relativement commune, ne doit pas masquer sa signification réelle et la souffrance qu'elle implique pour le paranoïaque comme pour son entourage. Car la paranoïa est toujours un redoutable ferment de destruction de l'autre par la méfiance et la violence qu'elle génère dans la vie relationnelle du couple, de la famille et du milieu professionnel ou socio-politique.
Psychanalyste membre du IVe Groupe OPLF, Sophie de Mijolla-Mellor est professeur à l'Université Paris-Diderot, directrice de l'Ecole doctorale " Recherches en psychanalyse Elle co-dirige les revues Topique et Recherches en psychanalyse et elle est également l'auteur de nombreux ouvrages dont La sublimation (collection " Que sais-je ? " n° 3727).127 pages.
KAËS R., Un singulier pluriel - La psychanalyse à l'épreuve du groupe, Paris, Psychismes, Dunod, 2007KAËS R., Un singulier pluriel - La psychanalyse à l'épreuve du groupe, Paris, Psychismes, Dunod, 2007
Comment le sujet singulier, auquel nous avons affaire sur le divan, est aussi un sujet " pluriel " dont l'inconscient est tenu et façonné dans les liens intersubjectifs, dans les alliances inconscientes, dans les espaces psychiques partagés avec d'autres ? C'est à cette question que s'efforce de répondre l'approche psychanalytique des groupes détaillée dans ce livre. L'expérience très spécifique acquise par les psychanalystes qui ont travaillé dans le cadre d'un groupe est-elle en mesure d'apprendre aux psychanalystes qui travaillent seulement avec la méthode du divan quelque chose sur ces processus et transformations ? Ces données nouvelles conduisent-elles à revisiter nos conceptions de l'Inconscient, du sujet, de son désir et de ses troubles ? Eclairent-elles le fonctionnement des groupes dans les institutions, et particulièrement le mode d'existence groupal des psychanalystes ? Voilà tout l'objet du nouveau livre de René Kaès qui propose une passionnante étude clinique de la réalité psychique qui se construit dans les groupes.236 pages.
BAZALGETTE G., La tentation du biologique et la psychanalyse - Le cerveau et l'appareil à penser, Ramonville Sainte Agne, Des travaux et des jours, Éres, 2006BAZALGETTE G., La tentation du biologique et la psychanalyse - Le cerveau et l'appareil à penser, Ramonville Sainte Agne, Des travaux et des jours, Éres, 2006
Que veut dire " percevoir " ? Ou, encore, " représenter " ? Quelle est la situation du " traumatisme " pour le sujet humain qui en est affecté ? Ces questions, suscitées par l'énigme, la souffrance ou le symptôme du sujet, sont aujourd'hui saisies sur deux versants principaux, celui des neurosciences et celui de la psychanalyse. Et l'on se plairait à imaginer que cette double appréhension de phénomènes partiellement superposables se produise de façon non conflictuelle. Chacun sait que ce n'est pas le cas, et que pour une partie au moins des neurosciences et nommément de la psychiatrie neurocognitiviste radicale, il s'agirait tout simplement d'invalider la psychanalyse ou de la renvoyer au domaine des " philosophies de la vie " pour cause de non-scientificité. Ces mises en cause ne sont pas nouvelles, mais leur violence et la forte médiatisation dont elles font l'objet nécessitent plus que jamais des réponses précises et argumentées. Au-delà des polémiques stériles, cet essai montre pourquoi et comment la psychanalyse est venue, dès son origine, proposer une appréhension scientifique du fait mental. La mise en évidence par Freud d'un " appareil psychique ", d'un " appareil psychosexuel " est à la base de la forme de scientificité qui en résulte. L'auteur propose ici une relecture de la genèse et de la structure de cet appareil qui le conduit à formuler des hypothèses nouvelles sur les concepts de perception, de représentation, de pulsion, de traumatisme, mais aussi à envisager les modalités spécifiques d'évaluation de la psychanalyse.222 pages.
CHARTIER J-P., Introduction à la technique psychanalytique - Avec les apports de: Freud, Ferenczi, Rank, Glover, Lacan, Racker ... - Préface de Wildocher D., Paris, Petite bibliothèque de psychanalyse, Payot, 2006CHARTIER J-P., Introduction à la technique psychanalytique - Avec les apports de: Freud, Ferenczi, Rank, Glover, Lacan, Racker ... - Préface de Wildocher D., Paris, Petite bibliothèque de psychanalyse, Payot, 2006
Dans les années 1920, Sandor Ferenczi et Otto Rank notaient qu'il existait un nombre considérable d'articles et de livres portant sur la théorie psychanalytique, mais que les textes consacrés à la technique étaient rares. La situation, aujourd'hui, n'a guère évolué et les débats actuels autour de la question de la guérison ont cruellement mis en lumière ce manque. Voici pour la première fois résumés et commentés les écrits techniques les plus importants des psychanalystes. Au programme : les articles techniques de Freud lui-même, bien sûr, mais aussi l'approche de Rank et Ferenczi, les contributions d'Edward Glover en Angleterre, Jacques Lacan en France, Heinrich Racker en Argentine, Ralph Greenson aux Etats-Unis, et, pour finir, les nouveaux champs d'application et l'évolution de la pratique psychanalytique.Table des matières :
LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE HIER Freud : " traitement psychique (traitement d'âme) " (1890) Freud : " De la technique psychanalytique (1904-1919) Freud : " Sur la préhistoire de la technique psychanalytique " (1920) Ferenczi et Rank : les enfants terribles de la technique Freud : " L'analyse avec fin et l'analyse sans fin " LA TECHNIQUE PSYCHANALYTIQUE AUJOURD'HUI Glover : le rationaliste kantien de la technique ? Lacan : l'antéchrist de la technique ? Racker : l'analyste du contre-transfert Greenson : le chantre pragmatique de la thérapeutique analytique LA TECHNIQUE ANALYTIQUE DEMAIN Nachin : " Le synthétiseur " de la technique L'analyste actant : une réponse aux agirs psychopathiques ?252 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Un divan pour Agatha Christie, Le Bouscat, Le monde Psy, L’Esprit du Temps, 2006MIJOLLA-MELLOR S. de, Un divan pour Agatha Christie, Le Bouscat, Le monde Psy, L’Esprit du Temps, 2006
Freud à la fin de sa vie lisait beaucoup de romans policiers notamment ceux d'Agatha Christie. Paula Fichtl, sa fidèle gouvernante, se souvient : " En matière de romans policiers, Freud choisit surtout des auteurs anglais, comme G.K. Chesterton, Agatha Christie et Dorothy Sayers. Monsieur le professeur savait presque toujours qui était le meurtrier, mais s'il s'agissait tout de même de quelqu'un d'autre, cela l'irritait ". Dans La Psychanalyse en matière judiciaire, Freud évoque les similitudes entre le travail du psychanalyste et celui du détective. A la lumière de la biographie d'Agatha Christie, Sophie de Mijolla-Mellor part à la recherche de cette vérité cachée dans ses romans et, parce qu'un meurtre, chez Agatha Christie, est toujours familier, voire familial, elle nous entraîne dans son univers fantasmatique. Comme dans les romans dont elle parle, Sophie de Mijolla-Mellor éveille chez le lecteur cette pulsion d'investigation qui fonde en chacun de nous le plaisir de lecture grâce au processus sublimatoire. L'auteur met ainsi en regard les fantasmes infantiles de la jeune Agatha Miller et les histoires que lui racontait sa mère avec les séquences de ses romans. Le meurtre pour Agatha Christie est donc ordinaire, les meurtriers sont " banals " et parfois sympathiques. Tout le monde peut être un assassin puisqu'elle met en scène des criminels qui nous sont familiers. Une lecture passionnante de l'œuvre d'Agatha Christie sur le divan de la psychanalyste.307 pages.
JAITIN R., Clinique de l'inceste fraternel - Préface de R. KAËS, Paris, Psychothérapies, Dunod, 2006JAITIN R., Clinique de l'inceste fraternel - Préface de R. KAËS, Paris, Psychothérapies, Dunod, 2006
Le lien fraternel a une potentialité incestueuse parce que le corps fraternel est objet de séduction et d'exploration et que le fantasme d'inceste, universellement inscrit dans notre imaginaire social, a une fonction défensive et parfois même stimulante. Mais l'inceste " agi " détruit le lien. Dans cet ouvrage, l'auteur, thérapeute familiale psychanalytique, part de l'étude du lien fraternel pour décrire la genèse de l'inceste fraternel et les diverses formes qu'il recouvre dans les familles adoptantes ou reconstituées, dans les familles avec enfants psychotiques ou handicapés physiques, ou encore au sein des fratries séparées de leur famille. L'indifférenciation entre les générations, les défaillances de l'enveloppe familiale et la non reconnaissance du frère comme autre marquent les conditions d'accès à l'inceste fraternel. Les différentes configurations de l'inceste fraternel sont liées au roman familial et à l'inscription de la fratrie dans sa filiation transgénérationnelle. L'auteur rend compte de son expérience riche et variée à travers de nombreux cas cliniques. Elle envisage l'inceste dans son acception la plus large : il peut, en effet, s'accomplir directement entre frère et sœur, mais aussi se réaliser indirectement avec des pairs qui prennent symboliquement cette fonction. L'ensemble constitue un apport original à la compréhension des vicissitudes du lien fraternel et sera une aide précieuse pour tous les praticiens souvent confrontés aux cas d'inceste. Biographie de l'auteur Rosa Jaitin d'origine argentine, docteur en psychologie clinique, est psychanalyste de groupe et de famille. Elle a été professeur à Buenos Aires et est actuellement associée à l'université Paris V. Elle est également secrétaire des affaires internationales de la Société française de thérapie familiale psychanalytique et directrice scientifique d'Apsylien (Association de la psychanalyse du lien).167 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, L'enfant lecteur - De la Comtesse de Ségur à Harry Potter, les raisons du succès, Paris, Essais, Bayard Centurion, 2006MIJOLLA-MELLOR S. de, L'enfant lecteur - De la Comtesse de Ségur à Harry Potter, les raisons du succès, Paris, Essais, Bayard Centurion, 2006
Le succès d'Harry Potter aura eu raison de ces enquêtes pessimistes sur le rapport à la lecture de nos enfants, soi-disant plus fascinés par l'image omniprésente que par les mots. Quand ils aiment les livres, nos enfants les dévorent. Et, contrairement à la surprise qui accompagne à chaque fois ces succès de librairie, ce phénomène n'a rien de nouveau. D'où vient une telle séduction ? Comment ces livres touchent-ils nos enfants au point de déclencher en eux une véritable passion, celle de la lecture ? Sophie de Mijolla-Mellor a choisi des œuvres aussi éloignées par leur forme que par leur époque. De la Comtesse de Ségur à Harry Potter en passant par la série " Chair de poule ", elle se propose, non pas d'expliquer la réussite commerciale de ces ouvrages, mais de cerner, à travers eux, ce qui permet aux enfants de découvrir un goût de lire qui ne les quittera plus. C'est l'aventure de ces enfants qui commencent tout juste à lire seuls qu'elle nous fait partager, les fantasmes et les croyances, les angoisses et les désirs que la lecture active en eux, l'ouverture et la liberté qu'elle leur offre. Il s'agit en somme de comprendre comment naît le plaisir de lire. Biographie de l'auteur Sophie de Mijolla-Mellor est psychanalyste, agrégée de philosophie et docteur ès lettres. Elle est professeur à l'université Paris VII -Denis-Diderot.189 pages.
LÉVY G., Europe N° 923, Mars 2006 : Franz Kafka - De F à F, en codirection avec RÉTIF F., BANCAUD F. et GODEAU F.Revue Europe, 2006LÉVY G., Europe N° 923, Mars 2006 : Franz Kafka - De F à F, en codirection avec RÉTIF F., BANCAUD F. et GODEAU F.Revue Europe, 2006
" Un livre doit être la hache gui fend la mer gelée en nous ", écrivait Kafka en 1904, indiquant par là l'une des exigences qu'il assignait à son œuvre. Cette phrase est plus que jamais d'actualité en ces temps d'hypertrophie de " l'industrie culturelle ", qui bouche, occulte et exploite la vacuité de notre monde en oubliant ce que Kafka se plaisait à enseigner à son jeune ami Janouch : " La littérature s'efforce de placer les choses dans une lumière agréable ; le poète est contraint de les élever dans le royaume de la vérité, de la pureté et de la durée. " L'œuvre de Kafka ressemble à ce pont dont il parle dans l'un de ses récits : elle est tendue au-dessus d'un abîme, du vide sidéral, de la béance qui s'ouvre entre littérature et vie, langage et réalité, culture et nature, transcendance et immanence, solitude et communauté, vie et mort. Tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ni d'un côté ni de l'autre, Kafka chiffre et déchiffre à chaque page sa tentative de vivre et d'écrire, de vivre ou d'écrire dans l'entre (et l'antre) de ses deux rives. Le désir, la difficulté, l'impossibilité de les relier est le ferment et le sujet de son œuvre. C'est peut-être pour cela qu'il hante notre temps, parce qu'il ne cesse de questionner et de remettre en question l'évidence de notre rapport à l'art, c'est-à-dire du rapport de la culture à la vie, au sacrifice, à la mort.380 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, L'indifférence, une fuite ?, en codirection avec Houziaux A., Vallet O. et Vergely B., Paris, Questions de vie, Éditions de l'atelier, 2006MIJOLLA-MELLOR S. de, L'indifférence, une fuite ?, en codirection avec Houziaux A., Vallet O. et Vergely B., Paris, Questions de vie, Éditions de l'atelier, 2006
L'indifférence, une fuite ? Est-elle une façon d'éviter la rencontre de l'autre, une forme de cynisme où personne ne compte à part soi ? Est-elle au contraire un détachement à l'égard des sollicitations du monde qui permet d'aimer vraiment ? Odon Vallet rappelle que, contrairement à ce que l'on pense, les religions orientales ne prônent pas l'indifférence, mais plutôt le détachement et la sérénité. Pour Alain Houziaux, l'indifférence, qui n'est pas ignorance de l'autre, peut permettre de se libérer de la volonté de puissance. Bertrand Vergely précise, quant à lui, que pour n'être indifférent à rien, on manifeste parfois une sensibilité à tout qui peut mener à l'indifférenciation : on confond alors désir et amour - voire culpabilité et innocence. L'indifférence ne se confond pas avec la sérénité, avance Sophie Mijolla-Mellor. Il est vain de penser un monde sans angoisse et sans espoir. En revanche, éprouver la jouissance d'un retour au calme après la tempête a du sens.Table des matières :
L'indifférence, la désinvolture et le détachement L'indifférence : Du masque au secret L'indifférence, l'enthousiasme et la passion L'indifférence est-elle une sérénité ?115 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Barbarie, cruauté et sadisme, en codirection avec GUIRLINGER L. et LEFORT C. et POLY J-P., Paris, Cécile Defaut, 2005MIJOLLA-MELLOR S. de, Barbarie, cruauté et sadisme, en codirection avec GUIRLINGER L. et LEFORT C. et POLY J-P., Paris, Cécile Defaut, 2005
La barbarie n'appartient pas à un passé révolu. L'histoire contemporaine nous en a tragiquement convaincus infligeant un cruel démenti aux illusions progressistes des Lumières. Les manifestations récurrentes de barbarie interdisent de n'y voir que des survivances d'une férocité primitive. La barbarie serait-elle une menace permanente, universelle, inhérente aux contradictions internes de la condition humaine ? Dans cette hypothèse l'alternative, Civilisation ou Barbarie, ne serait plus pertinente. Toute culture, tout être humain pourraient sécréter une barbarie d'autant plus dévastatrice qu'ils disposeraient de plus de puissance ! Plus énigmatique que la violence, a laquelle ou peut trouver du sens, scandaleusement insensée et révoltante par sa cruauté sadique, la barbarie nous lance un défi d'autant plus difficile à relever qu'en elle c'est nous même qui sommes à la fois défiés et défiants.Table des matières :
Impérialisme et Barbarie : Quelques remarques sur les implications idéologiques de " notre histoire " la Barbarie aujourd'hui, mythe et réalité Barbarie, cruauté ou sadisme ? La barbarie de la culture et la culture de la barbarie Violence et Cruauté116 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Dictionnaire international de la psychanalyse - 2 volumes, sous la direction de Mijolla A. de, avec collaboration de Golse B., Perron R. et de ..., (première édition chez Calman-Lévy en 2002) , Paris, Grand Pluriel, deuxième édition, revue et corrigée, Hachette, 2005MIJOLLA-MELLOR S. de, Dictionnaire international de la psychanalyse - 2 volumes, sous la direction de Mijolla A. de, avec collaboration de Golse B., Perron R. et de ..., (première édition chez Calman-Lévy en 2002) , Paris, Grand Pluriel, deuxième édition, revue et corrigée, Hachette, 2005
acte (passage à l'acte)-acte manqué-acting-out/actingin-actuelles sur la guerre et la mort(S.Freud, 1915b)-aliénation-amitié-analyse quatrième (Ivème Groupe O.P.L.F-archéologique (métaphore)-Aulagnier-Spairani Piera (1923-1990)-Autobiographie-autohistorisation-besoin de causalité-caractère (et formation du caractère)-cas (récit de cas)-certitude-civilisation (Kultur)-clivage-clivage du Moi- coexcitation libidinale (voies d'influence réciproque)-concept inconscient-conduites suicidaires-construction de l'espace analytique(S.Viderman)-Constructions-reconstructions-création artistique et littéraire-créativité-curiosité infantile - déjà-vu - deuil et mélancolie (Freud S., 1916-17g [1915]) - Don Juan et le double (O. Rank) - double (le) - doute - Einfall - ennui - éphémère - étrangeté (sentiment d’) - fantasmes originaires - Freud présenté par lui-même (Freud S., 1925d [1924]) - Idéal du Moi - idéalisation - Infans (Klein, Lacan, Aulagnier) - intellectualisation - interactions de la psychanalyse et psychanalyse appliquée - Introduction à la psychanalyse (Freud S., 1916-17a) - Je (Lacan, Aulagnier) - jugement de condamnation - l’auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse (Anzieu D.) - l’inconscient (Freud S., 1915e) - l’inquiétante étrangeté (Dans Unheimliche, Freud S., 1919h) - La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé (Aulagnier P.) - lapsus - le clivage du Moi dans les processus de défense (Freud S., 1940e [1938]) - le créateur littéraire et la fantaisie (Freud S., 1908e) - le refoulement (Die Verdrängung, Freud S., 1915d) - les explications sexuelles données aux enfants (Freud S., 1907c) - logique - Moi idéal - mort (représentation de la) - mot d’esprit - non-sens - objet-zone complémentaire (Aulagnier P.) - orgasme - originaire (l’) - passion - pensée - pensée animique - pensée magique - pictogramme (Aulagnier P.) - plaisir de pensée (Mijolla-Mellor S; de) - potentialité psychotique - primitif - projet identificatoire (Aulagnier P.) - Quatrième Groupe O.P.L.F. - recherche (pulsion de) - recherche en psychanalyse - rencontre (Aulagnier P.) - représentation idéique (Aulagnier P.) - roman familial - scène originaire, scène primitive - sens - Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (Un) (Ein Kindheitserinnerung de) - sublimation - suicide - Sur les théories sexuelles infantiles (Freud S., 1908c) - télépathie, occultisme - temporalité psychique - temps - théories sexuelles - Topique (revue) - toute-puisance - toute-puissance de la pensée - vérité - vérité historique - Weltanschauung (conception de l’univers) - zone érogène Ajoutés pour la seconde édition (2) : Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine (Freud, 1920)-Pierre Fédida2122 pages.
VALABREGA J-P., Les chronopathies - maladies du temps, Paris, Psychismes, Dunod, 2005VALABREGA J-P., Les chronopathies - maladies du temps, Paris, Psychismes, Dunod, 2005
Les chronopathies désignent toutes les formes -- bénignes, aigues, et chroniques -- de pathologies en rapport de causalité directe ou sous-jacente avec le facteur temporel. On peut affirmer qu'aucune pathologie, ni aucune normalité non plus, n'y échappent complètement. Les chronopathies-- néologisme de formation simple -- méritent donc, de plein droit, d'entrer dans la nosographie et la nosologie, au même titre que la chronobiologie est maintenant incluse dans la science du vivant. Au cours de cet ouvrage, l'auteur aborde notamment : Le domaine très complexe psychosomatique et somatopsychique qui conduit à une théorie de la conversion généralisée, c'est-à-dire à situer en deçà de l'hystérie proprement dite, mais non sans rapport avec elle. La question d'une nouvelle théorie des pulsions, regroupant les deux conceptions successives de Freud, par l'introduction de la pulsion de régression. Le Temps-- Chronos est partout et toujours élidé et oublié, même par Freud dans la théorie de l'Inconscient. En revanche, il ne l'élimine pas avec la notion de régression temporelle. La réintégration métapsychologique de la temporalité aboutit ainsi à d'importantes conséquences dans l'analyse de la phobie, de l'obsession, des troubles psychonévrotiques périodiques, dont le prototype est la manie -- mélancolie, ou psychose maniaco -- dépressive, de la paranoïa, bref dans le champ quasi entier de la psychopathologie, y compris celle de la « vie quotidienne ». Jean-Paul Valabrega est psychanalyste, membre fondateur du IVe Groupe177 pages.
DROSSART F., Un voyage en Antarctique - de l’hospitalisme à la narrativité, Paris, Éd. du Panthéon, 2005DROSSART F., Un voyage en Antarctique - de l’hospitalisme à la narrativité, Paris, Éd. du Panthéon, 2005

C'est l'histoire d'une rencontre entre deux êtres humains - deux enfants prématurés. Dans l'atmosphère bleutées de la lumière de Wood, qui éclaire le service de néonatalogie, ils se parlent à l'aide du langage des signes qu'ils ont appris de leurs pairs, à leur arrivée dans ce monde étrange.
Ils se parlent. Ils s'aiment. Ils se perdent.
Mais avant, ils se seront parlés de tout ce dont on peut se parler : la vie, la mort, la littérature... Sans oublier, bien entendu, les petits ridicules de ces êtres maladroits, bicentenaires à leurs yeux, qui essaient de veiller sur eux. Le prochain, c'est décidé, ce sera en Antarctique.
Francis Drossart est docteur en médecine et en sciences humaines cliniques. Il exerce actuellement comme pédopsychiatre et psychanalyste. Il est chargé d'enseignement à l'Université Victor Segalen de Bordeaux II.
116 pages.
ALTOUNIAN J., L’intraduisible - Deuil, mémoire, transmission , Paris, Psychismes, Dunod, 2005ALTOUNIAN J., L’intraduisible - Deuil, mémoire, transmission , Paris, Psychismes, Dunod, 2005
Deuil, mémoire, transmission L'ouvrage porte sur la douleur de l'empêchement à s'engager dans la tendresse que rencontre l'héritier d'une transmission traumatique chez son parent survivant. L'écriture constituera le truchement pour ressentir, en place de l'autre détruit, des affects excédant ses capacités psychiques. Elle vise à subjectiver une souffrance parentale encryptée dans le mutisme et tente de nommer les conséquences traumatiques des meurtres de masse sur les descendants de survivants. Dans un cheminement apparemment inversé, une tentative de réflexions contemporaines au sein des récits ancestraux sera menée pour dessiner les différentes étapes d'une psychisation de longue haleine. La survie relève alors d'une capacité d'invention proprement artisanale, c'est-à-dire d'un savoir faire « avec des restes », la vie ultérieure ne pouvant se construire qu'avec la réintroduction du tiers anéanti lors de la terreur. Le parcours analytique rapporté dans ce livre soutient l'hypothèse que, chez un héritier de survivants, le travail de la cure peut amener la scène du meurtre à s'ouvrir au tiers pour le dialogue ou le conflit, attribuant par là à ses deux enjeux définis par Freud - capacité de travailler, capacité d'aimer une pertinence radicale. Janine Altounian est traductrice et essayiste. Elle collabore aux traductions des œuvres complètes de Sigmund Freud aux Presses universitaires de France. Elle a publié notamment “Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie”, un génocide aux déserts de l’inconscient (Belles Lettres, 1990) et La Survivance, traduire le trauma collectif (Dunod, 2000), deux ouvrages qui, avec celui-ci, constituent une trilogie.224 pages.
CHIANTARETTO J-F., Le témoin interne, Paris, La psychanalyse prise au mot, Aubier, 2005CHIANTARETTO J-F., Le témoin interne, Paris, La psychanalyse prise au mot, Aubier, 2005
Où un être humain puise-t-il la force d'affronter ce qui peut le détruire dans sa personne, son identité ou sa culture ? Comment réussit-on à survivre à la solitude, la détresse, la menace de mort ? Journal, autobiographie ou témoignage, les œuvres d'Anne Frank, Amadou Hampâté Bâ, Claude Vigée et Primo Levi sont autant de lieux de survie : à la clandestinité pour Anne Frank ; à la disparition de sa culture d'origine, orale et nomade, pour le Peul Amadou Hampâté Bâ ; à l'extermination par les nazis de sa famille et de sa communauté, juive alsacienne, et à l'exil pour Claude Vigée ; au camp d'Auschwitz pour Primo Levi. Dans l'œuvre de chacun se dévoile une figure commune, un semblable en soi auquel le Je s'adresse, un " témoin interne ", qui leur permet de faire œuvre de résistance intérieure. Anne Frank s'invente une amie, Kitty, à laquelle elle se confie. Pour sauver le passé de l'effacement, Claude Vigée et Amadou Hampâté Bâ convoquent les récits familiaux, les voix de leurs proches. Et Primo Levi témoigne de l'importance du dialogue intérieur, d'une relation à soi quand les nazis tentent d'abolir toute relation à autrui, de détruire en chacun le sentiment d'appartenance à l'espèce humaine. Mais ces figures exemplaires vont bien au-delà d'elles-mêmes : elles montrent que le dialogue intérieur avec le " témoin interne " est un enjeu psychique fondamental pour chacun, car c'est lui qui nous donne le sentiment d'exister et d'appartenir à l'espèce humaine. C'est ce que démontre avec beaucoup de profondeur et de sensibilité Jean-François Chiantaretto, qui formalise ainsi un nouveau concept. Biographie de l'auteur Psychanalyste et psychologue clinicien, professeur de psychopathologie à l'université Paris-XIII, docteur en philosophie, Jean-François Chiantaretto anime le groupe de recherches " Littérature personnelle et psychanalyse ". Il est notamment l'auteur de De l'acte autobiographique. Le psychanalyste et l'écriture autobiographique (Champ Vallon, 1995), L'Ecriture de cas chez Freud (Anthropos/Economica, 1999).
180 pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La sublimation, Paris, Que sais-je ?, PUF, 2005MIJOLLA-MELLOR S. de, La sublimation, Paris, Que sais-je ?, PUF, 2005
La sublimation est une notion fondamentale pour l’édifice théorique de la psychanalyse, du point de vue individuel et collectif. C’est elle qui permet de penser l’articulation entre la vie pulsionnelle et le domaine de la culture et de la civilisation. Avec la sublimation, le flux libidinal sexuel et agressif devient travail, lien social, tendresse, œuvre d’art ou plaisir de pensée. Cet ouvrage reconstitue la cohérence de la notion de sublimation à travers ses multiples occurrences sous la plume de Freud, en interroge la pertinence et en analyse toutes les dimensions. Il en propose aussi une approche non en termes de « désexualisation » mais d’« abstinence de l’âme » vis à vis des certitudes dogmatiques. Courte présentation de l'ouvrage par l'auteur : J’ai tenté de montrer dans ce livre le caractère insuffisant de la définition habituellement reçue de la sublimation qui la limite à une désexualisation du but et à une valorisation sociale de l’objet et de proposer une autre approche du processus sublimatoire . La notion de sublimation en psychanalyse occupe en effet une position paradoxale : jamais totalement définie par Freud, elle est cependant indispensable à l’édifice théorique tant du point de vue individuel que collectif. Sa place est aussi importante que celle du refoulement dont elle constitue soit l’issue positive à l’âge adulte par opposition à la névrose, soit dans l’enfance l’alternative précoce et créatrice. C’est à elle qu’on doit de pouvoir penser en psychanalyse la place et le sens des sentiments de tendresse et d’amitié, des liens sociaux, de l’activité professionnelle, des réalisations artistiques, littéraires, scientifiques, techniques, sportives, etc., et même, du plaisir qu’enfants et adultes prennent à affronter les énigmes et à tenter de les résoudre, le plaisir de pensée. Avec la sublimation, le Moi peut se proposer à l’amour du Surmoi en lui disant : « Regarde, tu peux m’aimer, je ressemble tellement à l’image idéale de toi- même que tu as perdue…. ». Mais la différence de taille, tient dans le fait que ce n’est pas lui mais ce qu’il fait, c’est à dire aussi bien ce qu’il cherche en alliance avec lui mais dont il n’est pas encore possesseur, que le Moi propose au Surmoi comme objet de substitution. Il affirme au Surmoi que ce qu’il n’a pas pour lui plaire, il ne l’a pas encore mais que, tout en renonçant à y prétendre sous une forme immédiate et illusoire, il saura mettre en œuvre toute espèce d’effort voire de renoncements pour… ne pas y renoncer ! L’abstinence sexuelle, qui n’a pas grand chose à voir avec la sublimation ni même avec les conditions qui la favoriserait, est en revanche une « abstinence de l’âme » qui sait préférer la quête de la vérité plutôt que la vérité toute trouvée.127 pages.
CHARTIER J-P., Freudaines - Onze lettres retrouvées de Sigmund Freud, Paris, Dunod, 2005CHARTIER J-P., Freudaines - Onze lettres retrouvées de Sigmund Freud, Paris, Dunod, 2005
En 1984, Ilse Grubrich-Simitis fit une découverte stupéfiante : elle exhuma par le plus grand des hasards un manuscrit oublié dans une malle perdue au fond du grenier de la dernière demeure que Freud occupa jusqu'à sa mort à Londres le 23 septembre 1939. Ce texte était en fait le douzième essai écrit par Freud en vue du livre sur la métapsychologie qu'il envisageait d'écrire en 1915. Or ce coffre égaré contenait aussi dans un double fond toute une série de lettres. Sont-elles bien de Freud ? Le doute subsiste... Mais, transformée ou non, la voix de Sigmund, outre-tombe, nous parle finalement encore et toujours de la psychanalyse et de ses problématiques actuelles...Table des matières :
Avant-Propos. L’embarquement pour Cythère – Lettre à Eduard Silberstein. Les Jivaros – Lettre au professeur Theodor Meynert. Aimez-vous les DSM ? – Lettre au professeur Bleuler. La tentation de Saint-Antoine du psychanalyste – Lettre à Lou Andréas-Salomé. Horde ou ordre sauvage ? – Lettre à Sandor Ferenczi. Cure-pipe et psychothérapie – Lettre à Carl Gustav Jung. L’incasable – Lettre à August Aichhorn. Plaidoyer pour une certaine anormalité dans le travail en institution – Lettre à Karl Abraham, Max Eitington et Ernest Simmel. Laca-niaiseries – Lettre au docteur René Laforgue. Ode à Ysé – Lettre à Ernest Jones. Oh ! Marie si tu savais tout le mal que l’on me fait – Lettre à Marie Bonaparte. Épilogue Introit ad altare Psychi. Index des noms propres.116 pages.
CHIANTARETTO J-F., Autobiographie, journal intime et psychanalyse, sous la direction de ... et de CLANCIER A. et ROCHE A.psychanalyse, Économica, 2005CHIANTARETTO J-F., Autobiographie, journal intime et psychanalyse, sous la direction de ... et de CLANCIER A. et ROCHE A.psychanalyse, Économica, 2005
Les auteurs de cet ouvrage collectif ont tous participé à le Décade internationale de Cerisy-La-Salle, " Autobiographie, journal intime et psychanalyse ", qui avait marqué l'aboutissement d'un ensemble de recherches menées par le groupe " Littérature personnelle et psychanalyse ". Ce groupe fondé en 1992 par Jean-François Chiantaretto, est né d'un projet qui trouve là son plein déploiement : l'interrogation mutuelle de la psychanalyse et des différentes formes d'écriture de soi. Un nouveau champ apparaît ainsi, qui renouvelle la question des rapports de la psychanalyse et de la littérature, comme celle de la lecture et de l'interprétation de ces formes d'écriture. Le problème est posé du rôle joué par les écritures de soi dans l'émergence de la psychanalyse et de l'influence en retour de celle-ci sur celles-là. Plus largement, il s'agit de mettre à l'épreuve d'une approche globale des écritures de soi, au titre des différentes modalités d'expérience de soi dans l'écriture, lorsque celle-ci propose explicitement une autoreprésentation de l'auteur en personne. En deçà de l'opposition autobiographie/journal intime, l'ouvrage offre d'aborder chaque texte comme le lieu d'une tension plus ou moins conflictuelle entre deux positions psychiques, dans l'investissement de l'écriture de soi : attester une identité, témoigner une altération.337 pages.