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membre
MIJOLLA-MELLOR S. de, Le choix de la sublimation, Paris, Le fil rouge, PUF, 2009
Née de l'insatisfaction imposée par une civilisation qu'elle a elle-même contribué à générer, la sublimation est au centre de la réflexion sur la modernité dans sa dimension culturelle, éthique et politique. 429 Pages.
Conférence débat 10 Octobre 2009
Cet après midi de travail avec Sophie de Mijolla sur « Le choix de la sublimation » était propice à penser rêver; des interrogations venues au fil de l’écoute nous faisaient voyager dans diverses théorisations, productions culturelles, et même la vie quotidienne.
La conférence de Sophie de Mijolla, riche d’une pensée nourrie d’une longue réflexion sur le sujet, a été suivie de trois interventions : René Péran abordant ce concept par rapport au travail de l’analyste dans sa pratique avec ses patients, Jean-Claude Guillaume se référant davantage à l’analyse avec les enfants et aux modèles de la construction psychique, Robert Colin faisant ressortir la notion d’idéal d’action à partir de deux références culturelles.
Il était donc question de cerner le concept de sublimation dans les registres où ce processus est à l’œuvre, de montrer comment il s’agit d’un choix et d’en exposer le mécanisme.
Compte rendu de la conférence de Sophie de MIJOLLA
Dans un premier temps, la conférencière s’attache à définir ce que recouvre ce concept de sublimation, à partir des premières définitions qu’en donne Freud.
La sublimation est l’un des destins de la pulsion, les autres étant le refoulement, le renoncement ou la satisfaction pulsionnelle directe. Elle est l’une des voies possibles de la transformation de la pulsion. Elle touche à son but et à son objet. « Elle apporte à la fois la satisfaction de la réalisation pulsionnelle, à laquelle s’ajoute comme effet un surcroît d’estime de soi sans laquelle cette réalisation serait vécue comme aliénante. » Pour Freud la sublimation s’accompagne de l’anoblissement des contenus, ce qui la rapproche de l’idéalisation, mais il dit aussi qu’il ne faut pas les confondre. C’est un mouvement subjectif qui se fait au nom du plaisir que le sujet va y trouver et ne dépend pas d’un jugement de valeur extérieur, qui ne viendra (ou pas) que dans un deuxième temps, ni de la nature de l’activité. Cette dimension du plaisir la rapproche de la perversion dans la mesure où, au départ, ni la sublimation, ni la perversion n’entrent dans un système éthique.
Mais elle a aussi une ressemblance avec le jeu enfantin, « partageant sa liberté, sa gratuité et son sérieux. »
Si la sublimation est un des destins de la pulsion, elle est aussi « un choix du sujet »; choix dans la mesure où la sublimation est ouverte à tout moment (de même qu’est également possible la désublimation). « Les patients en analyse viennent découvrir et reconnaître les déterminations inconscientes qui les dépassent et les mènent, les reconnaître pour y repérer le moment où eux- et personne d’autre à leur place-ont décidé d’y glisser ». Les choix de la névrose ou le saut dans le somatique se font sans nous, le travail psychanalytique permettrait de les modifier, de faire en sorte que d’autres voies soient possibles, mais il n’y a pas toujours effet de changement, reste une meilleure connaissance de soi. « C’est toujours d’Éros que provient la sublimation, mais il n’a pas toujours la possibilité de l’imposer », dit S. De Mijolla (dans « La sublimation » Que sais-je ? au chapitre sur la sublimation de l’agressivité). La sublimation est l’une de ces voies ouvertes par le travail psychanalytique, sans en être le but: « Le but de la psychanalyse est donc bien la levée des refoulements; le reste, la sublimation et, dirait-on avec Lacan, la guérison, viennent « de surcroît », c’est à dire non pas comme un luxe inutile mais comme une possibilité qui s’ouvre sans être visée directement comme telle. »(« Travail de l’analyse et sublimation » dans « Le choix de la sublimation » p.324).
De quoi procède la sublimation?
La théorisation de Freud ne suffit pas à cerner ce concept de sublimation, même si à une première définition de la sublimation comme désexualisation du but de la pulsion et valorisation sociale de l’objet, une autre suivra : sublimation par l’intermédiaire d’un retournement de la libido sur le Moi pour ensuite être réinvestie sur un autre objet, ce que Freud rapproche du processus de deuil. Ce qui est mis en jeu dans le choix de la sublimation est du même ordre que le travail psychique du deuil, « le même mouvement qui conduit non seulement à redistribuer les investissements objectaux, mais aussi à remodeler l’équilibre interne du Moi lui-même ». Ce qui est inaugural dans le processus de sublimation, ce qui est perdu, ce n’est pas l’objet d’amour selon la dynamique de l’étayage qui fait choisir à l’infini des substituts de « la mère qui nourrit » et du « père qui protège », mais « c’est le Moi lui-même sous la forme de son instance primitive omnipotente infantile telle qu’elle perdure chez l’adulte: le Moi-Idéal ». Ce qui a été perdu c’est la qualité idéale du Moi.
« His majesté the baby » est appelé à choir de son piédestal de façon plus ou moins progressive, plus ou moins accidentelle, et tendra toute sa vie vers des retrouvailles impossibles.
Le Moi-Idéal subit toutes les blessures narcissiques qui ne manquent pas de survenir au contact de la réalité venant douloureusement lui rappeler « sa petitesse qu’il vit alors d’une manière névrotique comme une distance impossible qui le sépare de lui-même. »(« Le choix de la sublimation » Sophie de Mijolla, p 406)
A partir de là divers choix sont possibles:
Choix de l’inhibition par rapport au Moi Idéal; choix de la névrose obsessionnelle; de l’idéalisation; de l’aliénation; de l’addiction; choix paranoïaque; choix délirant; choix pervers.
La sublimation est un autre type de choix, qui permet de « substituer au Moi- Idéal, qui s’est avéré illusoire, un objet, une activité, une œuvre que le Moi donnera pour sienne. »(« Le choix de la sublimation », S. De Mijolla p.354) Cette image nouvelle d’un Moi en devenir tend à remplacer non l’objet idéal mais le Moi Idéal, s’imposant au Surmoi comme moyen de gagner son estime.
Le processus sublimatoire s’inscrit dans une durée et dans l’espace d’un travail : investissement d’un temps futur et du travail pour y parvenir, identification à un projet auquel, tenant compte d’un principe de réalité, il va falloir ajouter la recherche des moyens pour le mener à bien.
S. de Mijolla termine sa conférence en disant que dans la sublimation il ne s’agit pas tant de l’abstinence sexuelle que de « l’abstinence de l’âme qui sait préférer la quête de la vérité plutôt que la vérité toute faite », ce qui suppose le deuil des certitudes.
Discussion et commentaire
La discussion s’engage à partir d’un commentaire sur le jeu dans le travail avec les enfants. Dans ce domaine, la sublimation est indissociable du jeu. Celui-ci fait en général appel à la manipulation des objets matériels.
On peut voir des mouvements sublimatoires dans la psychose et même dans l’autisme, avec mise en œuvre des auto-érotismes. Un exemple clinique en est donné : le cas d’un enfant psychotique qui, de répétition en répétition, avec la compétence qu’il avait de passer de mode en mode, comme de mettre en tableaux toutes ses connaissances, finit par dire au psychiatre un jour qu’il a calculé la quantité d’amour qu’il y a entre le directeur (son thérapeute) et lui (le psychiatre) sous forme d’un pourcentage. Ainsi le fantasme sexuel, qui est celui de l’enfant, a fini par trouver un chemin pour s’exprimer et pour être pensé à travers des objets de sublimation qui étaient dans ce cas des concepts.
C’est grâce au dispositif thérapeutique, à l’attention et à l’écoute d’un autre, mais aussi, dans ce cas, à la présence d’un troisième dans l’institution, que les auto-érotismes ont pu subir une transformation qui en elle-même procède de mouvements sublimatoires successifs.
Une autre séquence clinique est évoquée, dans laquelle on peut voir que le mouvement sublimatoire a pu se produire à la faveur d’une levée du refoulement dans la situation analytique.
A la question posée :" comment penser la sublimation dans le rapport transférentiel?", S. de Mijolla nous renvoie au chapitre « Travail de l’analyste et sublimation » dans son livre et ajoute une remarque : le transfert implique en permanence la sublimation ; la sublimation doit être présente d’abord chez le psychanalyste, sinon c’est qu’il ne s’intéresse pas ou bien qu’il cherche la confirmation de sa théorie. Il est souhaitable que le psychanalyste soit capable de remettre en chantier les certitudes qui l’ont amené dans le fauteuil avec chaque analysant, de les remettre en jeu dans chaque cas. La sublimation implique en même temps une extrême déréliction (qui correspond à ce que peut vivre l’enfant à l’instant où il réalise que le Moi Idéal s’écroule). Cela ne peut marcher que s’il y a plaisir partagé.
Une brève discussion s’engage sur le processus de sublimation et « les sublimations »: Le processus comme capacité de réception et de transformation par un aller retour dans la dimension transféro/contre-transférentielle; les sublimations comme instants qui se succèdent, avec des choix, des options, et ce qui va être déposé à l’issue du choix et son devenir. La chose créée fait peur à son créateur par rapport à son devenir de créateur ; va-t-il se figer dans l’objet créé, comme dans le mythe de Pygmalion, ou continuer la recherche?
On peut dire que le processus de sublimation s’inaugure du manque et, à propos de l’exemple choisi par Lacan: l’activité du potier qui, en même temps que le bord du vase, crée le vide central, on pourrait citer S. de Mijolla: « Loin d’épuiser la source libidinale où elle puise l’énergie sublimée, la sublimation l’entretiendrait au fur et à mesure, assurant une sorte de néogenèse de l’énergie. » (Dans « La sublimation » Coll. Que sais-je ?)
Enfin une référence littéraire qui illustre remarquablement comment ce processus de sublimation en tant que, chez l’auteur, projet d’écriture, s’est initié : on ne peut que relire Proust avec plaisir dans le premier chapitre de « Combray » ( « A la recherche du temps perdu »), autour du « baiser de maman », puis de ce moment unique de la lecture de "François le Champi" et du deuil douloureux qui doit en être fait. Le projet d’écriture, l’écriture, lui permet de retrouver cette trace, de recréer ce qui, sinon, ne cesserait pas de se dérober.
Compte rendu de l’intervention de R. Péran (voir aussi l'article : L'IMMUABLE CONTINUITÉ DE L'ÊTRE)
L’immuable continuité de l’être)
René Péran, dans son intervention, va théoriser à partir du lien qu’il établit entre sa réflexion sur le processus de sublimation tel que Sophie de Mijolla en parle dans son livre, et la clinique psychanalytique, à partir d’un moment particulier d’une cure analytique.
Il commence par évoquer la difficulté d’attribuer au phénomène sublimatoire des « contours métapsychologiques » ; il s’agirait pourtant d’une dynamique essentielle dans la cure. Nous sommes parfois confrontés à certaines formes de destructivité qui peuvent, ou non, trouver dans la rencontre transfert/contre-transfert une issue favorable au déroulement de la cure.
De surprenants mouvements de la cure, instaurant ou renforçant un principe de plaisir, permettraient cela. En effet, comme le dit S. de Mijolla : « Sublimer la pulsion de destruction implique que le processus sublimatoire s’applique non pas au matériel libidinal attaché à Thanatos mais à ce qu’Éros en fait. »
C’est d’un tel mouvement sublimatoire dans le transfert/contre-transfert, avec une patiente s’appuyant sur l’humour pour se dégager de l’emprise maternelle, que R. Péran va faire état dans son exposé clinique.
Sa réflexion l’amène à repenser la notion de transformation qu’opère le processus de sublimation au niveau de l’objet, de la pulsion et des liens intersubjectifs « qui passent aussi par une transformation de l’autre »
La libido, retirée à son objet sexualisé puis rabattue sur le Moi et travaillée par celui-ci, serait l’objet d’une « transmutation » ( à ne pas confondre ave symbolisation). R.P. cherche à se représenter ce que peut être cette transmutation. Le processus sublimatoire, dit-il, évoquerait plutôt une concomitance, une coprésence ou une rencontre hallucinatoire entre un donné et un construit-ou plutôt un interprété.
Mais le mouvement sublimatoire n’est pas une simple irruption hallucinatoire, ni même la capture et le bornage par contrainte de cette hallucination dans un objet idéalisé ou un fétiche. On pourrait parler de « trouvé-créé » ; dans ce cas le produit de la sublimation serait un objet présenté par l’Autre, comme la mère présente le sein dans ce mouvement où le sujet est en train de l’halluciner, faisant naître chez l’enfant l’illusion de l’avoir créé. La libido est suffisamment mobile pour ne pas adhérer à la matérialité des objets, elle investit la représentance de la pulsion plus que les objets proprement dits. C’est la représentation qui est l’objet de la libido désexualisée, laissant les objets utilisés dans leur matérialité pour ce qu’ils sont, ce qui explique le caractère substituable des objets. Il est nécessaire pour cela d’avoir renoncé à la dimension hallucinatoire qui rive la représentation à l’objet qu’elle représente, ce que Pygmalion et « l’homme au sable » ne peuvent pas faire, l’animisme prenant le pas sur le rapport suffisamment distancié qu’un créateur doit avoir avec sa création.
Si l’illusion première du « trouvé-créé » est nécessaire, la désillusion l’est tout autant et va accompagner le processus de désidéalisation
Dans le cas clinique présenté, il décrit un moment sublimatoire dans lequel l’acceptation d’une modification du cadre temporel, « reprise, différée, réservée » (ce qu’il appelle une « séduction bien tempérée ») a joué un rôle. La représentation idéalisée de l’analyste ne met pas sa patiente à l’abri de la déception occasionnée par l’introduction de cette temporalité. La satisfaction différée, le maintien du cadre par ailleurs et de la règle fondamentale risquaient dans ce cas de générer le morcellement, voire de déchaîner la destructivité. » Car « dans cette opération de désidéalisation, ce qui est délicat c’est précisément le « Négatif », l’effet du non-sexuel non-lié contenu jusque là par des agis.» L’intérêt soutenu de l’analyste, son écoute, l’investissement des images proposées par la patiente ont permis que « nous expérimentions l’illusion de nous comprendre ». La « détachabilité » passe par cette « continuité de la représentance » et suppose l’appui sur une figure du tiers que l’analyste a représentée « sous la forme combinée d’une séduction tempérée et d’un obstacle garant de l’expérience analytique. »
Cette position tierce de l’analyste est nécessaire au transfert de la représentance sur la parole en séance, mais ne suffit pas à en rendre compte. Se trouve aussi convoqué, à ce moment charnière de la cure en question, le surmoi dont parle Sophie de Mijolla dans son livre: « Un surmoi paternel qui protège », Surmoi qui se laisse quelque peu distendre dans ses limites, donnant le sentiment d’être compris.
L’issue sublimatoire - et non la fusion ou l’arrachement d’avec l’objet idéalisé - reposerait sur cet aspect du Surmoi acceptant la dimension transgressive de la psychanalyse qui porte sur la représentance : « on peut tout penser, tout se représenter, à condition de contrinvestir l’agir ».
R. Péran souligne enfin l’importance de la régression formelle de la pensée, « travail sur la représentance à deux psychismes régressés », qui produit une « chimère » au sens de De M’Uzan où ce qui surgit de la rencontre du langage pictural et du langage de l’interprète (Piera Aulagnier) aboutit à des représentations-objets utilisables dans l’analyse. Ce biais de la régression viserait-il à retrouver un langage fondamental qui réunirait l’analysant et l’analyste autour d’un même éprouvé de fusion ?
Ce type de rencontre permet de contre-investir la détresse liée à la prise de distance d’avec l’objet idéalisé.
Ces mouvements sublimatoires dans l’analyse permettent de « relancer le plaisir de penser propre à la visée investigatrice de l’analyse ». R.Péran conclut par une citation de Raymond Cahn considérant que le processus sublimatoire dans la cure est une aide précieuse au « Transfert sur la parole » : « La parole dégage le Moi de la gangue hypnotique et de la confusion avec l’objet. » (Raymond Cahn, RFP LV 091)
Discussion et commentaire
La discussion qui suit cette intervention porte sur l’intérêt, pour l’analyste et pour sa patiente, de comprendre ce qu’elle essayait de faire passer de manière très agressive, puis sous forme d’humour, intérêt qui induit autre chose chez la patiente, par une transmutation.
Importance de l’investissement de l’écoute chez l’analyste. La sublimation serait liée à ce qui a pu se transmuer à la faveur de la capacité sublimatoire de l’analyste. Car le risque, souligne R.Péran, c’est l’ennui, il fallait ne pas se désintéresser, condition pour qu’ait lieu le travail de transfert/contre-transfert qui prépare le mouvement sublimatoire.
Dans le moment clinique évoqué, il s’agit de ce que permet la patiente, par son investissement de la parole (indissociable de l‘investissement de l‘écoute de l‘autre, l‘analyste) : du dire d’un acte « sous-tendu par l’humour » et remplaçant l’acte : « elle se contentera de m’en parler avec cette capacité nouvelle à sortir d’elle même ». Il semble que l’acte en question est devenu de l’humour après coup, entre les deux protagonistes de la situation analytique, parce que l’analyste l’a entendu et soutenu comme tel, grâce à l’interprétation qui en a été faite, et aussi à ce qu’on pourrait appeler la bisexualité psychique de l’analyste.
Moments de trouvaille, d’invention à deux, accordage et décalage, surprise face à de l’inconnu, de l’étrange, qui saisissent l’analysant aussi bien que l’analyste et tissent dans la parole un vêtement séparateur supportable.
Résumé de l’intervention de J.C. Guillaume
La sublimation. Voir aussi l'article : "À PROPOS DU CHOIX DE LA SUBLIMATION"
Le livre dense et argumenté de Sophie de MIJOLLA peut laisser, après lecture, face à un paradoxe : d’un côté l’importance de la sublimation dans la pensée psychanalytique, de l’autre la difficulté de l’inscrire en tant que mécanisme, dans la cure elle-même… Une « présence-absence » stimulante pour la pensée et générant les quelques associations suivantes, issues de la rencontre avec le texte, à la fois remarques et questions…
La sublimation apparaît, au fil des pages, comme un concept très imprégné du mythe judéo-chrétien : passage du solide au gazeux dans son origine chimique, mais aussi du corps à l’esprit, élévation depuis le sol, le limon, nous renvoyant à l’origine de l’homme… Pourrait-on l’entendre alors comme ouverture des voies de la psyché, dans le modèle de civilisation qui est le nôtre, invitant à la spiritualité, mais, précisément, au prix d’un effacement du sexuel… Cette forte valence culturelle de la sublimation lui donnerait alors une valeur de contenant pour tous les mécanismes concourant à la construction psychique : symbolisation, abstraction, idéalisation, les côtoyant tous, sans pour autant s’y substituer. Point d’aboutissement d’une pensée civilisée, elle deviendrait alors le lieu des objets culturels, quelle que soit leur nature, capable de permettre à chacun de s’inscrire dans le monde qui l’entoure. Le choix, dans sa dimension consciente et inconsciente, conduirait chaque individu vers un modèle de « civilisation » particulier… On peut comprendre alors certaines positions de FREUD, associant sublimation et désexualisation, même si la clinique d’aujourd’hui nous montre bien que tout investissement d’objet garde une dimension sexuée ; seule change la nature et la forme, voire l’utilisation de l’objet et le rapport à la jouissance qu’il autorise. En reposant clairement cet aspect essentiel, Sophie de MIJOLLA interroge aussi le mécanisme sublimatoire, en particulier dans ses rapports à la perversion ; d’où cette autre question : la perversion utilise-t-elle les « objets de la sublimation » comme appui pour affirmer sa théorie du monde, le mécanisme sublimatoire lui-même s’engageant davantage dans une construction différenciée, complexe, où le choix autoriserait un certain degré de « fantaisie »… L’hypothèse terminale du livre, caractérisant le mécanisme sublimatoire comme un processus de ré-érection du moi dans le moi, grâce au travail de deuil du moi-idéal, apparaît tout à fait originale et pertinente, en résonance avec la clinique. Reste alors, pour le psychanalyste d’enfant, la question des origines de la sublimation, des conditions qui pourraient paraître nécessaires, sinon suffisantes, pour que le processus s’engage…
Pourrait-on penser alors à la transmodalité du bébé, capacité de passer d’un sens à un autre pour définir un objet, au transitionnel, dans ses rapports à l’environnement, proposant à l’enfant un autre-que-soi, pour qu’il puisse, durant l’absence garder la cohérence de son monde interne, à la symbolisation et à la transformation indispensable à la genèse d’un appareil à penser, à la pulsion épistémophilique, moteur du désir de connaître et de découvrir, mécanisme ouvert précocement par une fonction de pensée parentale riche et adaptée.
Autre interrogation : qu’en est-il de la sublimation chez l’analyste, des constructions de sa culture analytique, de ses théories, face à certains patients qui, tel l’aigle attaquant sans cesse le foie de Prométhée, pour reprendre les exemples du livre, mettent à mal la capacité de penser, de séance en séance ? Sans doute convient-il alors de désublimer, sans libérer les excès d’Héraclès, de déconstruire nos modèles, pour renouveler nos « choix » en restaurant le plaisir de penser et de sublimer au sein même du transfert…
Voici les quelques pensées et questions, inspirées par ce travail passionnant de Sophie de MIJOLLA qui en reprenant ce concept, ouvre à la réflexion des voies nouvelles.
J.C. GUILLAUME
Discussion et commentaire
La discussion s’engage sur le rapport de la sublimation à la perversion : dans la sublimation, comme dans la perversion, on prétend ne rien se laisser interdire par rapport à son plaisir ; c’est une réalisation qui contourne les interdits. Ce qui les différencie, nous dit Sophie de Mijolla, c’est qu’avec la perversion on est dans la fixité, le déni, le désaveu ; elle en donne des exemples : le mythe de Pygmalion, la littérature de Nabokoff ; tandis que la sublimation se développe dans l’ouverture, la transformation, l’accueil de l’inattendu, le renoncement à la maîtrise ; elle est beaucoup plus simple, directe, primaire, alors que la perversion est plus compliquée. La sublimation est, au départ, enfantine ; si l’adulte la pratique, c’est qu’il la retrouve. Ce que Winnicott envisage quand il dit que, d’une certaine manière, le travail chez l’adulte se situe dans le prolongement du jeu de l’enfant, ce qui rejoint la notion de transitionalité. Sophie de Mijolla nous donne l’exemple du passage d’un fonctionnement sublimatoire à un fonctionnement ou une utilisation perverse de l’objet de la sublimation, celui du hacker : il y a une part de sublimation dans le jeu, la recherche, puis son utilisation perverse par lui-même ou un autre.
Une autre façon de parler du mouvement de la sublimation serait qu’elle comporte la capacité à ce que quelque chose résiste au démantèlement dans ce moment où « je pense que je vais là, mais c’est par là, ailleurs que je vais. » Entre les deux il faut faire face au démantèlement. Par exemple dans la peinture, il y a transformation entre le projet initial et l’aboutissement. Comment comprendre ce terme de démantèlement ? Peut-être en le rapprochant de la désublimation, dont parle J.C. Guillaume, que l’analyste doit savoir accepter dans certains moments de cure analytique ; si on désublime, dit-il, que devient-on ? Surgissent des affects dans le contre-transfert et, dans le registre narcissique : « je n’ai rien à mettre à la place », une réaction dépressive là où il y aurait à créer dans le domaine du partageable. Le démantèlement serait-il lié au pulsionnel libéré dans ce moment d’égarement où l’inattendu nous déroute, dans lequel l’objet nous échappe? Résister au démantèlement serait-ce alors la capacité à se laisser travailler par ce qui, au fond, relève d’un choix inconscient ?
La sublimation est un mécanisme permanent, d’appui vivant, à réinstaller sans cesse.
Compte rendu de l’intervention de Robert COLIN
Sublimation et idéal d’action
R. Colin, reprenant deux références culturelles, Hamlet et Léonard de Vinci, analysées par S. de Mijolla dans son livre, met en évidence la notion d’ « idéal d’action » qui soutient le travail de sublimation.
La finalité de l’action, dit-il, comporte le déroulement de l’acte et l’aboutissement final, mais aussi les représentations-but conscientes et inconscientes et la formation d’idéal, « institution du Moi établi dans le Moi, qui concentre en un précipité d’identifications, les aspirations les plus puissantes. »
Pour Freud, Hamlet est un névrosé que la culpabilité œdipienne immobilise.
Hamlet diffère l’action qui lui est prescrite par le spectre, il ne lui obéit pas aveuglément, prend le temps de la réflexion, de la perlaboration, en lien avec les autres. Pourtant il finira par se jeter dans l’action finale et venger son père, au prix de la mort tragique de tous les protagonistes de la pièce, exception faite de son ami fidèle Horatio chargé de transmettre la vérité aux hommes.
R.Colin émet l’hypothèse que l’activité sublimatoire se situerait là autant dans l’accomplissement final de l’action que dans le temps préalable de perlaboration « si proche du travail de mélancolie où domine la déception. »
« L’idéal d’action de Hamlet est élevé et ne s’accoutume pas à un tel climat de trahison, de faux sentiments et de fausses amitiés. L’idéal d’action peut se confondre avec un idéal de grandeur et dévoiler alors une préoccupation conquérante dont l’envers serait la crainte de l’inhibition. Le choix devient alors celui du grand homme qui aspire à exercer une influence puissante sur les hommes et sur leur temps. Mais l’idéal d’action dans le champ de la sublimation ne peut-il pas contenir d’autres ambitions moins politiques et plus introspectives ? »
R. Colin porte ensuite son regard sur les peintres, en commençant par Léonard de Vinci et l’analyse que nous en donne Freud, d’après laquelle ce grand peintre aurait été un exemple d’inhibition qui touchait autant à sa vie sexuelle qu’à son activité artistique, paralysait son aptitude à décider et avait tendance, pourrait-on dire, à l’excès de prudence qui lui faisait différer l’action. Il choisit trois des hypothèses avancées par Freud dans son étude :
- l’hypothèse œdipienne, avec le jeu de construction identificatoire au père en négatif et à la mère en positif ;
- l’hypothèse pulsionnelle : Léonard était animé d’une passion transformée en poussée de savoir et passait plus de temps dans l’investigation que dans la réalisation de ses tableaux. Pour Freud, l’investigation aurait pris la place de l’action, de la création. Mais l’investigation serait-elle dénuée d’action ? Peut-être que Freud cherche à distinguer deux sortes de sublimations : la création artistique et l’investigation savante.
- l’hypothèse topique : la sublimation par l’intermédiaire du Moi, formulation que S. de Mijolla reprend et développe dans sa théorisation. Otto Rank, dans son article de 1911, Une contribution au narcissisme, parle de « lien profond entre l’art du portrait et une forme de sublimation de l’amour narcissique ».
Pour illustrer cette idée de sublimation de l’amour narcissique, R. Colin donne la parole aux peintres :
Léonard de Vinci : « Toute particularité de la peinture répond à une particularité du peintre lui-même…Il me semble qu’il faut penser que l’âme, qui régit et gouverne le corps, détermine aussi notre jugement avant même que nous l’ayons fait nôtre… ; ce jugement est si puissant qu’il meut le bras du peintre et l’oblige à se copier lui-même. »
Zoran Music : « Quand je peins un autoportrait, je ne le peins pas grâce à un miroir, mais il naît du centre, je me connais depuis mon centre. Si je me mettais en face d’un miroir, je ne copierais que le masque de moi-même. »
Discussion et commentaire
S. de Mijolla se demande pourquoi les psychanalystes n’ont pas eu le recul nécessaire pour s’opposer à Freud, pour dire qu’on ne peut parler d’inhibition chez Léonard. Freud se détourne de la voie plus lucrative et plus valorisée du médecin neurologue pour se laisser séduire par la psychanalyse, l’investigation psychanalytique ; il pense à lui quand il parle de Léonard de Vinci.
La discussion porte ensuite sur le désintérêt de Freud pour les peintres modernes, les musiciens et les surréalistes qui étaient pourtant ses contemporains. Il a une idée du « désemparement » produit par l’œuvre d’art sur le spectateur ou le lecteur, mais il dit que cela ne fonctionne pas ainsi pour lui. Comment Freud est-il malmené au point de vue des enjeux de la sublimation ? Pour lui il fallait que ce soit intégrable, rattachable à un langage scientifique. Freud s’intéressait à des domaines comme l’archéologie, la littérature, les mythes, les religions, dont il avait acquis les connaissances dans sa jeunesse. L’Italie, nous dit S. de Mijolla, était un lieu de retrouvailles par rapport à son enfance, C’est la jubilation de lui-même qu’il retrouvait dans ces œuvres anciennes.
Mais peut-on, même quand on s’appelle Freud, s’intéresser et approfondir dans tous les domaines ? C’était aussi, pour lui, une question de temps. Le désemparement, il l’éprouvait peut-être à certains moments dans son investigation de la psyché humaine. Il y avait, de plus, l’aspect politique de la psychanalyse : Freud cherchait, mais aussi il bouclait, maîtrisait. Les surréalistes risquaient de le sortir de là.
Sa cécité, dit S. de Mijolla, se manifestait surtout à l’égard de la musique, même ancienne, car, avec la musique, il courait le risque de l’irruption de l’affect en direct. Ce qu’il nous a donné nous permet de faire autre chose.
Suit une discussion reprenant l’aspect politique de la psychanalyse et le basculement possible de la sublimation dans la perversion. La psychanalyse fonctionne sur deux registres : d’une part la recherche et la prise en charge, le soin, d’autre part la mainmise politique. La correspondance était beaucoup un choix politique, il fallait convaincre, démontrer l’intérêt de la psychanalyse, sa légitimité, faire des adeptes ; dans beaucoup de ses écrits on peut voir Freud user d’une certaine prudence politique. Qu’en est-il actuellement ? On a hérité de cet aspect politique de la psychanalyse, on le reprend, on le remet en acte.
Dans le domaine de la psychanalyse, le jeu de la maîtrise constituerait-t-il un basculement pervers ?
Enfin une dernière touche artistique : les artistes rivalisent avec la psychanalyse au regard de la tentative de reconstruire le Moi dans le Moi.
R. Péran nous parle de Francis Bacon qui mettait une plaque de verre devant ses peintures pour que le spectateur puisse se refléter dans ses œuvres. Ce qui me semble être une bonne métaphore de ce qui s’est déroulé pendant cet après-midi de travail autour du « choix de la sublimation » avec Sophie de Mijolla.
Chantal Vénier
MIJOLLA-MELLOR S. de, Croire à l'épreuve du doute, Paris, Éditions de l'Atelier, 2008

123 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La paranoïa, Paris, Que Sais-Je?, PUF, 2007

127 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Un divan pour Agatha Christie, Le Bouscat, Le monde Psy, L’Esprit du Temps, 2006
Freud à la fin de sa vie lisait beaucoup de romans policiers notamment ceux d'Agatha Christie. Paula Fichtl, sa fidèle gouvernante, se souvient : " En matière de romans policiers, Freud choisit surtout des auteurs anglais, comme G.K. Chesterton, Agatha Christie et Dorothy Sayers. Monsieur le professeur savait presque toujours qui était le meurtrier, mais s'il s'agissait tout de même de quelqu'un d'autre, cela l'irritait ". Dans La Psychanalyse en matière judiciaire, Freud évoque les similitudes entre le travail du psychanalyste et celui du détective. A la lumière de la biographie d'Agatha Christie, Sophie de Mijolla-Mellor part à la recherche de cette vérité cachée dans ses romans et, parce qu'un meurtre, chez Agatha Christie, est toujours familier, voire familial, elle nous entraîne dans son univers fantasmatique. Comme dans les romans dont elle parle, Sophie de Mijolla-Mellor éveille chez le lecteur cette pulsion d'investigation qui fonde en chacun de nous le plaisir de lecture grâce au processus sublimatoire. L'auteur met ainsi en regard les fantasmes infantiles de la jeune Agatha Miller et les histoires que lui racontait sa mère avec les séquences de ses romans. Le meurtre pour Agatha Christie est donc ordinaire, les meurtriers sont " banals " et parfois sympathiques. Tout le monde peut être un assassin puisqu'elle met en scène des criminels qui nous sont familiers. Une lecture passionnante de l'œuvre d'Agatha Christie sur le divan de la psychanalyste.307 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, L'enfant lecteur - De la Comtesse de Ségur à Harry Potter, les raisons du succès, Paris, Essais, Bayard Centurion, 2006
Le succès d'Harry Potter aura eu raison de ces enquêtes pessimistes sur le rapport à la lecture de nos enfants, soi-disant plus fascinés par l'image omniprésente que par les mots. Quand ils aiment les livres, nos enfants les dévorent. Et, contrairement à la surprise qui accompagne à chaque fois ces succès de librairie, ce phénomène n'a rien de nouveau. D'où vient une telle séduction ? Comment ces livres touchent-ils nos enfants au point de déclencher en eux une véritable passion, celle de la lecture ? Sophie de Mijolla-Mellor a choisi des œuvres aussi éloignées par leur forme que par leur époque. De la Comtesse de Ségur à Harry Potter en passant par la série " Chair de poule ", elle se propose, non pas d'expliquer la réussite commerciale de ces ouvrages, mais de cerner, à travers eux, ce qui permet aux enfants de découvrir un goût de lire qui ne les quittera plus. C'est l'aventure de ces enfants qui commencent tout juste à lire seuls qu'elle nous fait partager, les fantasmes et les croyances, les angoisses et les désirs que la lecture active en eux, l'ouverture et la liberté qu'elle leur offre. Il s'agit en somme de comprendre comment naît le plaisir de lire. Biographie de l'auteur Sophie de Mijolla-Mellor est psychanalyste, agrégée de philosophie et docteur ès lettres. Elle est professeur à l'université Paris VII -Denis-Diderot.189 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, L'indifférence, une fuite ?, en codirection avec Houziaux A., Vallet O. et Vergely B., Paris, Questions de vie, Éditions de l'atelier, 2006
L'indifférence, une fuite ? Est-elle une façon d'éviter la rencontre de l'autre, une forme de cynisme où personne ne compte à part soi ? Est-elle au contraire un détachement à l'égard des sollicitations du monde qui permet d'aimer vraiment ? Odon Vallet rappelle que, contrairement à ce que l'on pense, les religions orientales ne prônent pas l'indifférence, mais plutôt le détachement et la sérénité. Pour Alain Houziaux, l'indifférence, qui n'est pas ignorance de l'autre, peut permettre de se libérer de la volonté de puissance. Bertrand Vergely précise, quant à lui, que pour n'être indifférent à rien, on manifeste parfois une sensibilité à tout qui peut mener à l'indifférenciation : on confond alors désir et amour - voire culpabilité et innocence. L'indifférence ne se confond pas avec la sérénité, avance Sophie Mijolla-Mellor. Il est vain de penser un monde sans angoisse et sans espoir. En revanche, éprouver la jouissance d'un retour au calme après la tempête a du sens.115 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Barbarie, cruauté et sadisme, en codirection avec GUIRLINGER L. et LEFORT C. et POLY J-P., Paris, Cécile Defaut, 2005
La barbarie n'appartient pas à un passé révolu. L'histoire contemporaine nous en a tragiquement convaincus infligeant un cruel démenti aux illusions progressistes des Lumières. Les manifestations récurrentes de barbarie interdisent de n'y voir que des survivances d'une férocité primitive. La barbarie serait-elle une menace permanente, universelle, inhérente aux contradictions internes de la condition humaine ? Dans cette hypothèse l'alternative, Civilisation ou Barbarie, ne serait plus pertinente. Toute culture, tout être humain pourraient sécréter une barbarie d'autant plus dévastatrice qu'ils disposeraient de plus de puissance ! Plus énigmatique que la violence, a laquelle ou peut trouver du sens, scandaleusement insensée et révoltante par sa cruauté sadique, la barbarie nous lance un défi d'autant plus difficile à relever qu'en elle c'est nous même qui sommes à la fois défiés et défiants.116 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Dictionnaire international de la psychanalyse - 2 volumes, sous la direction de Mijolla A. de, avec collaboration de Golse B., Perron R. et de ..., (première édition chez Calman-Lévy en 2002) , Paris, Grand Pluriel, deuxième édition, revue et corrigée, Hachette, 2005
acte (passage à l'acte)-acte manqué-acting-out/actingin-actuelles sur la guerre et la mort(S.Freud, 1915b)-aliénation-amitié-analyse quatrième (Ivème Groupe O.P.L.F-archéologique (métaphore)-Aulagnier-Spairani Piera (1923-1990)-Autobiographie-autohistorisation-besoin de causalité-caractère (et formation du caractère)-cas (récit de cas)-certitude-civilisation (Kultur)-clivage-clivage du Moi- coexcitation libidinale (voies d'influence réciproque)-concept inconscient-conduites suicidaires-construction de l'espace analytique(S.Viderman)-Constructions-reconstructions-création artistique et littéraire-créativité-curiosité infantile - déjà-vu - deuil et mélancolie (Freud S., 1916-17g [1915]) - Don Juan et le double (O. Rank) - double (le) - doute - Einfall - ennui - éphémère - étrangeté (sentiment d’) - fantasmes originaires - Freud présenté par lui-même (Freud S., 1925d [1924]) - Idéal du Moi - idéalisation - Infans (Klein, Lacan, Aulagnier) - intellectualisation - interactions de la psychanalyse et psychanalyse appliquée - Introduction à la psychanalyse (Freud S., 1916-17a) - Je (Lacan, Aulagnier) - jugement de condamnation - l’auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse (Anzieu D.) - l’inconscient (Freud S., 1915e) - l’inquiétante étrangeté (Dans Unheimliche, Freud S., 1919h) - La violence de l’interprétation. Du pictogramme à l’énoncé (Aulagnier P.) - lapsus - le clivage du Moi dans les processus de défense (Freud S., 1940e [1938]) - le créateur littéraire et la fantaisie (Freud S., 1908e) - le refoulement (Die Verdrängung, Freud S., 1915d) - les explications sexuelles données aux enfants (Freud S., 1907c) - logique - Moi idéal - mort (représentation de la) - mot d’esprit - non-sens - objet-zone complémentaire (Aulagnier P.) - orgasme - originaire (l’) - passion - pensée - pensée animique - pensée magique - pictogramme (Aulagnier P.) - plaisir de pensée (Mijolla-Mellor S; de) - potentialité psychotique - primitif - projet identificatoire (Aulagnier P.) - Quatrième Groupe O.P.L.F. - recherche (pulsion de) - recherche en psychanalyse - rencontre (Aulagnier P.) - représentation idéique (Aulagnier P.) - roman familial - scène originaire, scène primitive - sens - Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci (Un) (Ein Kindheitserinnerung de) - sublimation - suicide - Sur les théories sexuelles infantiles (Freud S., 1908c) - télépathie, occultisme - temporalité psychique - temps - théories sexuelles - Topique (revue) - toute-puisance - toute-puissance de la pensée - vérité - vérité historique - Weltanschauung (conception de l’univers) - zone érogène Ajoutés pour la seconde édition (2) : Sur la psychogenèse d’un cas d’homosexualité féminine (Freud, 1920)-Pierre Fédida2122 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La sublimation, Paris, Que sais-je ?, PUF, 2005
La sublimation est une notion fondamentale pour l’édifice théorique de la psychanalyse, du point de vue individuel et collectif. C’est elle qui permet de penser l’articulation entre la vie pulsionnelle et le domaine de la culture et de la civilisation. Avec la sublimation, le flux libidinal sexuel et agressif devient travail, lien social, tendresse, œuvre d’art ou plaisir de pensée. Cet ouvrage reconstitue la cohérence de la notion de sublimation à travers ses multiples occurrences sous la plume de Freud, en interroge la pertinence et en analyse toutes les dimensions. Il en propose aussi une approche non en termes de « désexualisation » mais d’« abstinence de l’âme » vis à vis des certitudes dogmatiques. Courte présentation de l'ouvrage par l'auteur : J’ai tenté de montrer dans ce livre le caractère insuffisant de la définition habituellement reçue de la sublimation qui la limite à une désexualisation du but et à une valorisation sociale de l’objet et de proposer une autre approche du processus sublimatoire . La notion de sublimation en psychanalyse occupe en effet une position paradoxale : jamais totalement définie par Freud, elle est cependant indispensable à l’édifice théorique tant du point de vue individuel que collectif. Sa place est aussi importante que celle du refoulement dont elle constitue soit l’issue positive à l’âge adulte par opposition à la névrose, soit dans l’enfance l’alternative précoce et créatrice. C’est à elle qu’on doit de pouvoir penser en psychanalyse la place et le sens des sentiments de tendresse et d’amitié, des liens sociaux, de l’activité professionnelle, des réalisations artistiques, littéraires, scientifiques, techniques, sportives, etc., et même, du plaisir qu’enfants et adultes prennent à affronter les énigmes et à tenter de les résoudre, le plaisir de pensée. Avec la sublimation, le Moi peut se proposer à l’amour du Surmoi en lui disant : « Regarde, tu peux m’aimer, je ressemble tellement à l’image idéale de toi- même que tu as perdue…. ». Mais la différence de taille, tient dans le fait que ce n’est pas lui mais ce qu’il fait, c’est à dire aussi bien ce qu’il cherche en alliance avec lui mais dont il n’est pas encore possesseur, que le Moi propose au Surmoi comme objet de substitution. Il affirme au Surmoi que ce qu’il n’a pas pour lui plaire, il ne l’a pas encore mais que, tout en renonçant à y prétendre sous une forme immédiate et illusoire, il saura mettre en œuvre toute espèce d’effort voire de renoncements pour… ne pas y renoncer ! L’abstinence sexuelle, qui n’a pas grand chose à voir avec la sublimation ni même avec les conditions qui la favoriserait, est en revanche une « abstinence de l’âme » qui sait préférer la quête de la vérité plutôt que la vérité toute trouvée.127 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, La cruauté au féminin, Sous la direction de ... avec KRISTEVA J., CUPA D., ROUQUET-BRUTIN K., BOMPARD-PORTE M., GALTIER B., MOLINIÉ A., Paris, PUF, 2004
La jouissance du macabre dans ses diverses formes de représentation n’est pas un fait nouveau et constitue pour lecteurs et spectateurs jamais blasés une manière de vivre les motions cruelles primitives recouvertes par la civilisation. Or, depuis plus d’un demi siècle, la multiplication des « reines du crime » dans la littérature de série semble dessiner une image du féminin avec une cruauté spécifique, différente de celle habituellement liée à la sexualité masculine dans sa conquête amoureuse. Pourtant, l’image traditionnelle de la femme-victime, sans droits sinon celui de se soumettre, supposée envieuse d’un pénis absent et souffrant le plus souvent en silence est loin d’avoir disparue. Quelle puissance souterraine se voit ainsi déniée, voire efficacement refoulée ? Derrière ce que l’on voudrait faire passer pour l’évidence d’un destin et que les luttes féministes dans leur nouvelles formes combattent, n’y a t’il pas fondamentalement à retrouver la trace de la terreur d’une obscure Déesse-Mère archaïque, matrice originelle, donneuse de vie et de mort car sa fertilité même, ainsi qu’en attestent les mythes, se régénère de la mort de ses enfants ? Sept femmes, à partir de leur expérience respective en psychanalyse, anthropologie et littérature, ont tenté d’explorer en commun ce « continent noir », comme l’appelait Freud. La cruauté au féminin y apparaît tour à tour comme l’image fantasmatique du pouvoir maternel illimité tel que tout enfant l’éprouve ou comme celle de la femme-enfant, séductrice narcissique aussi indifférente à la souffrance de l’autre que le fauve ou le grand criminel.195 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Le besoin de croire - Métapsychologie du fait religieux, Paris, Psychismes, Dunod, 2004
Freud a consacré une partie importante de son œuvre à analyser les sources de la croyance religieuse, ses mécanismes et ses mises en acte, voire son avenir. S'il y a dans son propos une dimension scientiste qui peut paraître réductionniste, il y a aussi un prodigieux intérêt pour les représentations qui en résultent, les affects qui l'accompagnent et, plus généralement, les pulsions qui s'y trouvent mobilisées. Ce livre se donne pour objectif de réinterroger les arguments qu'il développe dans son combat militant pour opposer face à face la vision religieuse du monde et la vision " scientifique " et laque à laquelle se rattacherait la psychanalyse. Mais le fonds pulsionnel qui constitue la source et la genèse de la croyance ne se prolonge pas nécessairement dans la foi en une divinité quelle qu'elle soit. Il peut aussi infiltrer le fait religieux lui-même, dès lors dénaturé en politique, voir en fanatisme, ou bien susciter la construction de prothèses de certitude pouvant aller jusqu'à la conviction délirante. Enfin, s'entremêlant avec le savoir, il tresse des liens passionnels autour de l'enthousiasme de la découverte, comme le montrent les échanges entre Freud et les premiers psychanalystes. A partir de l'analyse de ces ivresses, sacrées aussi bien que profanes, se dévoile une notion centrale, celle d'un " besoin de croire ".306 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Le besoin de savoir - Théories et mythes magico-sexuels dans l’enfance, Paris, Psychismes, Dunod, 2002
" Je sais bien que les bébés viennent des graines, mais ce que je ne sais pas, c'est qui les a mises dans le nid (...). " " Je m'occupe tout le temps de théorie, je m'en occupe beaucoup trop, si bien que les occasions qui se présentent me servent plus à travailler ma propre théorie qu'à faire attention aux questions de thérapie. 231 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Les femmes dans l'histoire de la psychanalyse, sous la direction de MIJOLLA A. de et de ..., Le Bouscat, Perspectives psychanalytiques, L’Esprit du Temps, 1999
Aux débuts de la psychanalyse, en un temps où s'amorçait seulement la mutation de la condition féminine, si quelques patientes célèbres, Emma Eckstein, Dora ou Elgriede Hirschfeld, ont permis à Freud d'inventer la psychanalyse, n'ont-elles pas aussi imprimé une marque féminine à l'écoute, à la technique et à la théorie qui en est issue ? Si les femmes psychanalystes étaient rares avant la fin de la Première Guerre mondiale, elles sont devenues progressivement plus nombreuses, avec cependant des approches bien spécifiques voire des domaines réservés comme celui de la psychanalyse d'enfants, peut-être pour ne pas se mettre en opposition trop directe avec les hommes, réputés plus solides théoriciens. L'apport des femmes psychanalystes comme Mélanie Klein, Piera Aulognier ou Françoise Dolto à la théorie psychanalytique a permis de rendre compte de certaines interrogations : Y a-t-il une approche féminine de la théorie ou un style contre-transférentiel qui seraient propres aux femmes ? Que dire notamment des passages à l'acte dans la cure et quelle eût été la réaction de Freud si Jung ou Ferenczi avaient été des femmes et leurs patientes des hommes ? Car être homme ou femme dans le transfert est une expérience quotidienne pour tout psychanalyste, tenu de constater que sa bisexualité psychique tisse avec son identité de genre des liens d'une grande complexité.237 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Penser la psychose, Paris, Psychismes, Dunod, 1998
Peut-on penser la psychose, le sens de ses symptômes, la teneur de ses discours, les conditions de son apparition ? Cette ambition, nécessaire pour rencontrer et entendre les psychotiques, conduit à réinterroger et, en partie, à reformuler la conception freudienne de la psyché. Tels ont été le point de départ et l'axe central des travaux de Piera Aulagnier. L'exigence de réflexion qu'elle s'est donnée l'a engagée dans des constructions nouvelles sur les débuts de la vie psychique reposant sur des notions devenues désormais incontournables comme le " pictogramme ", la " mère porte-parole ", ou la " violence de l'interprétation ". Dans ce livre, Sophie de Mijola-Mellor propose une approche extensive et raisonnée des apports majeurs et de l'évolution de l'œuvre de Piera Aulagnier. Elle étudie les thèmes travaillés par cet auteur, marque les évolutions d'une pensée en perpétuel mouvement, la confronte avec celle de Freud mais aussi, en partie, Melanie Klein, Bion ou Winnicott. Cet ouvrage montre combien son œuvre renouvelle profondément la relation mère/enfant, élabore une nouvelle métapsychologie de la représentation et ouvre une manière de penser la question du sujet et celle du collectif qui constitue une contribution capitale à la psychanalyse.252 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Psychanalyse, sous la direction de MIJOLLA A. de et de ..., Paris, Fondamental, PUF, 1996
Ce " Fondamental " de psychanalyse est destiné en premier aux étudiants qui souhaitent connaître les principes fondamentaux de la psychanalyse, étudiants en psychologie, essentiellement, mais aussi en lettres, en philosophie, sciences humaines et médecine. Il s'adresse également à tous les psychanalystes désireux de parfaire leur formation et de compléter par quelques repères aisément consultables les réflexions que leur inspirent les séminaires qu'ils fréquentent ou les cures qu'ils assurent. Il souhaite offrir aussi aux spécialistes des diverses disciplines qui ont affaire avec la psychanalyse un travail de référence qui, au-delà des jargons ou des effets de mode, pourra répondre aux questions qu'ils se posent. C'est pour les médecins, les avocats, les juristes, les philosophes, les sociologues, les enseignants, les critiques littéraires ou artistiques, les hommes de théâtre ou les cinéastes, par exemple, que s'est vue adoptée une présentation à la fois approfondie et maniable de concepts psychanalytiques qui se trouvent d'autant moins connus qu'ils se voient souvent superficiellement évoqués. Grâce à sa forme et à la diversité de ses auteurs, le lecteur pourra s'autoriser une élaboration personnelle, entre les mailles des notions et dans le mouvement de leur évolution historique, car telle est bien la leçon et l'originalité de la pensée et de la découverte freudienne. C'est dire qu'il s'adresse à toute personne désireuse de s'initier à la psychanalyse ou de faire le point sur une théorie et une pratique qui ont bouleversé depuis le début du XXe siècle le regard que l'homme jette sur lui-même, son passé et son rapport avec les autres.871 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Meurtre familier - Etude Psychanalytique sur Agatha Christie, Trad.italien, Borla , 1995, Paris, Psychismes, Dunod, 1995

206 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Le plaisir de pensée, Paris, Bibliothèque de la psychanalyse, PUF, 1992


413 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Psychanalyse et plaisir de pensée - L'évolution de la notion de sublimation dans l'oeuvre de Freud et travaux annexes - tomes 1 et 2, Paris, Université Paris VII , 1986

708 Pages.
MIJOLLA-MELLOR S. de, Métapsychologie et philosophie, en codirection avec PASCHE F., FEDIDA P., GRANIER J.,, Paris, Confluents psychanalytiques , Confluents psychanalytiques, Les Belles Lettres, 1985

227 Pages.
MELLOR-PICAUT S., Traduction de Léonard de Vinci, étude psychanalytique (1961) de K. EISSLER, Paris, Bibliothèque de psychanalyse, PUF, 1980

424 Pages.
Résumé : L’extase de l’auditeur est d’abord celle que vit Gould en se laissant déposséder de lui-même, « ravir », par l’œuvre avant d’y déposer son être tout entier. Cette relation n’est pas seulement à comprendre à la manière dont un parasite peut habiter un autre organisme et s’y développer mais comme le résultat d’un avalement préalable par ce dernier. Le grain de sable va devenir perle et faire de l’huître autre chose qu’un fruit de mer.... Ce que communique Gould, c’est son propre bouleversement quel que soit le raffinement technique qu’il apporte à la performance.
Mots clés : Musique, Ravissement, Extase, Narcose esthétique
Résumé : En proposant la notion de « choix de la sublimation » l’auteur souligne que la sublimation est ouverte à tout moment, de même qu’est également possible ce que Freud appelle la « désublimation » qui n’est en fait qu’une option différente de celle dans lequel le sujet s’était initialement engagé. A partir de l’analyse de l’esthétisme, ce texte éclaire un aspect particulier de la question, soit la proximité entre le choix pervers et le choix sublimé qui opèrent tous deux un mouvement de contournement de l’interdit et parviennent, moyennant certaines limites, non seulement à maintenir l’écoulement du flux libidinal mais à le renforcer du fait de cet obstacle.
Mots clés : Sublimation, Choix, Esthétisme, Perversion, Plaisir scopique
Résumé : Il faut se demander si le compte rendu d’analyse, parce qu’il a pour matière la version que l’analyste lui-même se donne de cette expérience à deux, n’apparaîtrait pas au patient mis en cause bien éloigné de ce qui a été sa version personnelle de la même chose. Mais aussi s’agit-il bien de la même chose ? L’homme aux Loups, L’Homme aux Rats, Schreber, Sidonie Scillag, l’Aimée de Lacan et bien d’autres encore, qui étaient ces hommes et ces femmes que nous sommes accoutumés à considérer et à évoquer comme de véritables modèles, voire des morceaux fossilisés de théorie ? Qu’est-ce que le regard « historique » et non plus seulement clinique nous apporte les concernant ou nous révèle vis-à-vis de la rencontre avec l’analyste qui leur a valu d’être couchés non seulement sur le divan mais sur le papier ? L’Histoire dans sa dimension anthropologique et sociale rencontre ici ces histoires qui se réécrivent ainsi indéfiniment : celles des patients grâce auxquels la psychanalyse a pu s’inscrire.
Mots clés : Compte-rendu d’analyse, Déontologie, Éthique, Cas clinique, Vérité , Contrat analytique, Histoire de cas
Résumé : La situation analytique, en modifiant l’équilibre des défenses du sujet, ne doit prendre que des risques calculés vis-à-vis d’un moindre mal, perspective qui situe l’« analysibilité » non pas en termes de capacité du sujet vis-à-vis d’un « ça parle », mais en fonction de la place relative des désirs inconscients de vie et de mort qui l’habitent. On évoquera ici l’évolution de la pratique analytique des psychotiques à partir de l’angle particulier de la théorisation qu’en propose Piera Aulagnier avant et après sa rupture avec Lacan.
Mots clés : Situation analytique, Demande, Savoir de l’analyste, Diagnostic, Paradis perdu de l’évidence, Magico-sexuel
Résumé : Le « coup de foudre » qui signe la puissance des affinités électives repose sur la fascination de chacun des protagonistes face à leur mouvement de dessaisissement narcissique envers l’autre. Mais, dès le moment où un couple a constitué une unité isolée, il court le même risque d’étouffement que l’individu et il lui faut sortir de soi pour ne pas tomber malade par stase libidinale, autrement dit par ennui. L’addiction au risque d’aimer à nouveau ailleurs se présente alors, conséquence de l’incapacité à élaborer au sein du couple ce qui peut tenir la place de l’autre. Partant de Goethe et de Stendhal, on interroge ici l’incapacité à se détacher du risque passionnel en la confrontant à la nécessité qu’éprouvent certains sujets de miser leur vie pour la vivre intensément. Face à cette quête narcissique infinie, l’objet se limite à sa capacité de faire défaut, ce qui le rend apte à figurer à l’extérieur du Moi le manque autour duquel il s’organise.
Mots clés : Risque, Passion, Amour, Couple, Stase libidinale, Narcissisme.
Résumé : Le processus de saisie et de traduction de l’inconscient dans la cure réside en fait dans la copule: une saisie sans traduction déboucherait sur un passage à l’acte et une traduction interprétative sans saisie, c’est-à-dire sans mobilisation libidinale de l’analysant et de l’analyste, serait un rabâchage obsessionnel à visée défensive. On voit que l’espace de l’analyse et donc de l’alliance thérapeutique s’en trouvent clairement délimités: quelque part au croisement entre l’émotion érotique et le plaisir de pensée, faisant de l’intellectuel hystérique un sujet particulièrement apte à la démarche analytique. Mais, dans quelles conditions peut advenir de manière thérapeutique le pacte sur lequel repose la cure? Repartant de la notion de «Moi malade» ce texte développe deux notions essentielles: la vérité, dont on sait qu’elle est pour Freud le seul élément éthique de la psychanalyse, et la confiance ainsi que ce sur quoi elle porte.
Mots clés : Éthique, Technique, Transfert, Confiance, Vérité, Thérapeutique, Sublimation, Cure analytique.
Résumé : L’objectif de cet article est de tenter de faire lien entre la relative banalité du fantasme d’emprise qu’illustre le mythe de Pygmalion et la folie du prédateur pédophile captivé par des traits minimes qu’il esquisse au passage de certaines préadolescentes. Il va se donner un droit parfois illimité sur cet objet qui incarne son fantasme mais celle sur qui tombe son choix n’a pas d’autre réalité pour lui que l’apparence qu’il lui donne. Elle devient un fétiche vivant qu’il va modeler à sa manière et dont la fonction principale est de lui permettre de continuer à ignorer sa haine des femmes et sa rivalité indépassable avec la mère qui, elle, peut mettre au monde des enfants. Ce texte réunit plusieurs perspectives hétérogènes: la question esthétique du lien entre le créateur et son œuvre, la question psychosociologique et historique interrogeant la norme générationnelle dans la relation amoureuse, et surtout la question psychopathologique, éthique et juridique du séducteur pédophile.
Mots clés : Pédophilie, Sculpture, Prédateur, Fétichisme, Lolita, Mythe, Criminologie, Paedophilia, Sculpture, Predator, Fetishism, Lolita, Myth, Criminology
Résumé : La violence organisée, telle qu’elle se déploie dans la guerre, s’oppose t’elle à l’ordre sclérosé pour créer l’équilibre des contraires sur lequel se fonde l’harmonie? Est-elle un phénomène «juste» selon l’ordre de la Nature ou bien une regrettable exception? La liaison entre la question du Juste et celle de la guerre va bien au-delà de savoir s’il existe des critères qui permettraient de décréter que telle ou telle guerre est ou non juste tant dans ses motifs que dans la manière dont elle se mène.
Mots clés : Justice, Volonté de puissance, Démocratie, Justice, Desire for Power, Democracy
Résumé : Ouverture au sujet de l’éclairage à la fois historique et culturel de la question du statut et de la réglementation de la psychanalyse en Europe. Car, débattre du bien fondé des diverses solutions trouvées, c’est aussi tenter de voir si quelque lumière peut nous venir de leur rapprochement et de leur comparaison.
Mots clés : Profession de psychanalyste, Réglementation, État, Professon of psychoanalyst, Regulation, State
Résumé : Article déjà paru dans le numéro 28 de Topique en 1981
Résumé : L’origine d’un « besoin de croire » mérite une recherche en particulier dans les profondeurs psychiques archaïques dont on peut retrouver trace en certains phénomènes comme le « sentiment océanique ». Freud, Winnicott, Meltzer et d’autres auteurs après Romain Rolland, inspirés par les pathologies précoces apparentées à l’autisme permettent un aperçu des liens entre ces expériences vécues et un mode psychique premier du « croire » marqué par son absence de limites.
Mots clés : Croyance, sentiment océanique, espace illimité, temps illimité, totalité, non-intégration préna- tale, évanescence, Belief, oceanic feeling, illimited space, illimited time, totality, prenatal non-integrity.
Résumé : Cet article propose une interrogation sur les places respectives que tiennent vis-à-vis du phénomène guerrier : la justice comme visée en amont, et en aval, la pulsion de mort comme moteur, « primum movens » pour se situer dans une tradition aristotélicienne. On y entendra toutefois la pulsion de mort non comme un penchant agressif de donner la mort mais comme un « désir de non-désir », désir de ne plus avoir à désirer le massacre génocidaire est exclu de cette dynamique en ce qu’il se rattache à une vision paranoïaque de l’autre à détruire.
Mots clés : Guerre juste, Pulsion de mort, Massacre, Génocide, Besoin identitaire, Just war, Death drive, Massacre, Ethnic cleansing, Need for identity.
Résumé : Dans le jeu entre les sexes et les générations, le séducteur est avant tout un « passeur » qui va permettre à l’adolescente qui s’embarque avec lui de retrouver à la fois les multiples harmoniques de sa sexualité infantile polymorphe et un rêve incestueux. Ce passage est une retraversée du temps et d’une évolution socialement réglée vers un statut de femme et de mère ; il va en faire à nouveau une petite fille. Passage aussi au sens d’une transgression fantasmatique qui n’est possible que si celle-ci n’a pas eu lieu antérieurement dans la réalité. Car l’inceste n’est pas l’Œdipe mais son écrasement dans un télescopage entre le rêve et le réel.
Mots clés : séduction, sexualité adolescente, discours érotique, complexe d’Œdipe, fantasme incestueux, seduction, adolescent sexuality, erotic discourse, Œdipus complex, incestuous fantasy.
Résumé : L’histoire de la psychanalyse est-elle de l’Histoire et se demander si elle peut ou doit être psychanalytique n’est-ce pas en soi l’aveu qu’elle ne saurait être « historique » puisqu’il s’agirait déjà d’une déformation vis-à-vis de la méthode ? On interroge ici, dans une vision épistémologique rétrospective, l’écriture des recherches qui se sont menées ces vingt dernières années dans les trois principaux axes que constituent : - L’étude de la vie des psychanalystes ayant laissé une œuvre significative et celle de leurs relations réciproques : filiations, exclusions voire anathème... et aussi de leur insertion dans l’histoire générale de leur époque, ce qu’ils ont pu le cas échéant en subir ou en vivre et les influences de cette grande Histoire sur ce dont ils étaient porteurs et qu’ils ont pu transmettre. - L’étude du « Mouvement psychanalytique », c’est-à-dire la manière dont les psychanalystes se sont regroupés en sociétés, en groupes, voire en hordes et ont commencé le plus souvent à s’invectiver et à réclamer chacun pour soi d’être le seul détenteur de l’authenticité psychanalytique, le seul détenteur du fragment de la vraie Croix. - L’étude des notions et des concepts en psychanalyse, domaine qui ressort davantage de l’histoire des sciences pour autant que la psychanalyse en soit une.
Mots clés : Psychohistoire, Fait historique, Narration historique, Trace, Singularité, Auto-historisation, Histoire libidinale, Psycho-history, Historical fact, Historical narration, Remnant, Singularity, Auto-historisation, Libidinal history.
Résumé : Peut-on établir un pont entre la psychologie de la résilience et la psychanalyse ? Pour répondre à cette question, les 17 auteurs, psychiatres, psychologues, psychanalystes et philosophes réunis par Boris Cyrulnik, psychiatre, et Philippe Duval, psychanalyste, proposent une mise en perspective de ces deux approches. La résilience, devenue un mot-clé en matière de santé mentale, relève un fait troublant : dans un groupe de personnes confrontées au même événement traumatisant, certaines n'en subissent pas de séquelles graves alors que d'autres développent des symptômes réactionnels importants. Depuis quelque temps, bon nombre de psychanalystes s'intéressent à la relation d'attachement et à ses rapports avec la résilience. Ils se proposent donc de comprendre les mécanismes intrapsychiques de la résilience. 311 pages
Résumé : L’art du compte rendu d’analyse occupe, semble-t-il, une position médiane entre deux types d’exercice non moins périlleux: celui de la traduction et celui de l’œuvre d’art d’après nature. Pourquoi néanmoins s’y risquer? Cette question, est ici abordée dans les limites des comptes rendus écrits et non des échanges entre analystes, qu’ils soient informels ou institutionnalisés dans le cadre du «contrôle» ou de l’«analyse quatrième». On l’a envisagée à deux niveaux: d’une part, les raisons que l’on peut avoir d’entreprendre ce type d’écrit et d’autre part, les problèmes qu’il soulève. Savoir de quoi on rend compte lorsqu’on s’engage dans cette entreprise demeure bien sûr la question centrale, présente en filigrane derrière les précédentes. Car, si le processus de l’analyse n’appartient en propre ni à l’analyste, ni à l’analysant mais surgit dans l’espace de leur rencontre, tout compte rendu, qu’il soit le fait de l’un ou de l’autre des protagonistes, ne concernera jamais qu’un éclairage voué à demeurer subjectif.
Mots clés : Ecriture, Compte rendu, Ecoute analytique, Histoires de cas, Contre- transfert, Déontologie, Ethique de la psychanalyse,Writing, Summary, Analytical listening, Case studies, Counter- transference, Deontology, Ethics of psychoanalysis
Résumé : Un an après une très médiatique polémique à propos de psychanalyse, cet ouvrage donne la parole à plus de trente praticiens français (psychiatres, psychanalystes et chercheurs). Dans des textes courts, incisifs et émaillés d’exemples, tous témoignent de leurs pratiques et de leur relation à leurs patients. Ils proposent une « défense et illustration » de leur discipline. Ils exposent clairement à l’attention du grand public concerné ce qu’il en est aujourd’hui réellement de la psychanalyse, de la cure, de la formation et de la déontologie.
Résumé : Cet article examine la notion de « progrès dans la vie de l’esprit » avancée par Freud pour caractériser l’émergence du monothéisme comme une exigence d’abstraction accrue se réalisant à travers l’interdit de la représentation de Dieu et la substitution au règne du matriarcat, celui du patriarcat. Tout en replaçant cette thèse dans son contexte, l’auteur lui apporte quelques restrictions.
Mots clés : progrès, abstraction, sensorial, perception, renoncement, pensée, spirituel, iconoclasme, patriarcat, matriarcat, progress, abstraction, sensorial, perception, renouncement, thought, spiritual, iconoclasm, patriarchy, matriarchy.
Résumé : Parce que son développement, physique, affectif et intellectuel se produit sur un temps bref, la grande affaire pour l’enfant est de grandir. Or il ne s’agit pas de la simple constatation d’une soumission de l’être au devenir, que celui-ci soit porteur d’une maturation bénéfique ou d’une sclérose voire d’une dégénérescence. Grandir est synonyme d’une expansion vers le haut, irrésistible et irrévocable. Mais est-ce automatique pour autant et que disent les adultes quand ils s’efforcent de « faire grandir les enfants» ? On évoquera ici, à partir du personnage de Sophie dans la Comtesse de Ségur et de Harry Potter chez J.K. Rowlings, la manière dont l’enfant vitce projet et surtout en retrouve la description dans des romans.
Mots clés : Littérature enfantine, Harry Potter, La Comtesse de Ségur, Magie, Education, Période de latence, Lecture, Literature for children, Harry Potter, Comtesse de Ségur, Magic, Education, Latency period, Reading.
Résumé : Quel est le statut du Mal en psychanalyse ? Partant de l’image de la possession diabolique telle que la dessine Freud, cet article s’appuie sur le rapprochement entre la notion de « rencontre » chez Spinoza et chez Piera Aulagnier pour mettre en question l’hypostase du Mal comme un principe résistant aussi bien aux diverses théodicées qu’aux limites de la compréhension de l’entendement. Le Mal apparaît donc, quels qu’en soient le scandale et l’étendue, comme une « mauvaise rencontre » qui diminue notre puissance d’agir et peut aller jusqu’à l’annihilation la plus radicale sans qu’il faille pour autant lui concéder une essence particulière. Cette perspective se trouve également ici rapprochée de la notion de « banalité du Mal » selon Hannah Arendt.
Mots clés : Théodicée, Inhumanité, Destruction, Possession diabolique, Philosophie spinoziste, Matricide, Nazis, Mots-clés : Théodicée, Inhumanité, Destruction, Possession diabolique, Philosophie spinoziste, Matricide, Nazis.
Résumé : La notion d’informe constitue un point limite qui échappe en permanence au moment même où l’émergence d’une remémoration nous donne son contenu comme évident. On tente ici d’en tracer une triple approche :
Mots clés : régression, évidence, matériau psychique, mythe magico-sexuel, mot-fétiche, primitif, regression, self-evidence, psychic material, magico-sexual myth, fetish word, primitive.
Résumé : L’informe n’est pas la matrice de l’archaïque mais sa chair sensible et érogène telle que, du point de vue de la pensée, elle s’exprime dans l’indicible sensation intellectuelle de la certitude propre à l’évidence. Lorsque le mythe tente de s’en approcher, il ne peut donner qu’ un pâle écho de cet univers sans contours qu’on ne dira «informe» que parce que nous nous en sommes définitivement et irrémédiablement détachés. Face à l’informe, l’archaïque se définirait alors comme l’incarnation de survivances, répétition et actualisation d’un vécu fossile. Formes raides, épurées, condensées dans des images ou des mots, elles sont évoquées dans cet article à partir d’approches diverses et complémentaires: la mythologie, l’art du modelage et de la sculpture, la philosophie afin de tenter de repérer quelle place occupe la référence à l’informe dans l’archaïque. On envisage dans un second temps comment cette dialectique de l’informe et de l’archaïque éclaire la manière dont l’enfant rencontre la question métaphysique de l’origine et de la fin et les réponses qu’il tente de former en termes de mythes magico-sexuels.
Mots clés : origine, chaos, forme, mouvement, primitif, mythe, pictogramme, survivance, incarnation, matière, Mots-clés : origine, chaos, forme, mouvement, primitif, mythe, pictogramme, survivance, incarnation, matière.
Résumé : Apartir d’une redéfinition de la notion de sublimation étayée sur l’idée d’une sublimation «par l’intermédiaire du Moi», cet article souligne la nécessité de dépasser les premières formulations freudiennes de la sublimation et propose d’en analyser le fonctionnement topique dans l’interelation entre le Moi, le Surmoi et l’Idéal du Moi. Le modèle de l’humour et la réédification du Moi à l’intérieur de celui-ci qu’il rend possible sert ici de paradigme. La sublimation de l’amour n’est alors pas à concevoir comme un renoncement pulsionnel mais comme une extension de la visée du désir dont l’objet se caractérise par le fait qu’il est cause de joie. Mais cet objet est infini, renvoyant en deçà de lui-même à des traces archaïques innominées et irreprésentables sinon par cette joie elle-même et, au-delà de lui-même, à une énigme conservée et présente dans l’apparence des choses.
Mots clés : Sublimation, Tendresse, Amour homosexuel, Amour christique, Connaissance, Illumination, Humour, Projet, Joie, Sublimation, Tenderness, Homosexual Love, Love of Christ, Know- ledge, Illumination, Humour, Project, Happiness.
Résumé : L’amour-propre, passion douloureuse n’est ni l’amour de soi ni le narcissisme. À partir de l’analyse de quatre cas, célèbres notamment par les écrits théoriques ou romanesques auxquels ils ont donné lieu (Pierre Rivière, Roberto Succo, Aimée et Jean-Claude Romand) et d’un cas clinique, cette étude a pour objet de définir les conditions potentiellement criminogènes de l’amour-propre. Loin d’un hédonisme propre à l’ego apparaît dans ces cas, un échec du narcissisme, condamné du fait d’une sorte d’hémorragie essentielle, à tenter de faire face aux attaques délétères du ridicule, de la honte et de l’humiliation. La quête de l’estime de soi est alors acculée à l’impasse de l’acte criminel, conçu comme une mission, un destin ou bien comme l’accomplissement de la justice et du bon droit, envers et contre le jugement de la société. Dans ce cas, c’est bien l’idéal du moi lui-même qui est porteur de meurtre à accomplir pour faire advenir le sujet dans son intégrité.
Mots clés : narcissisme, idéal du moi, honte, matricide, parricide, infanticide, criminogenèse, narcissism, ego-ideal, shame, matricide, parricide, infanticide, crime inducive
Résumé : Issu d’échanges avec des chercheurs en anthropologie autour du thème de la pensée archaïque individuelle et collective, cet article développe une perspective croisée entre les contenus mythiques rapportés par plusieurs ethnologues (P. Bidou, J. Galinier, B. Juillerat et P. Saurin) et celle de l’auteur sur les « mythes magico-sexuels » dans l’enfance (Mijolla-Mellor, S. de, 2002). La notion d’organe énigmatique apparaît comme un point de passage entre ces deux types de constructions mythiques permettant de revenir à ce qui, au-delà du discours, variable et sujet à évolution d’un récit à l’autre, en constitue le noyau central. Celui-ci est composé d’éléments, fermes et mobiles, concrets bien que non statiques, qui correspondent non pas à des archétypes mais à des expériences sensorielles et affectives qui accompagnent une interrogation sur l’origine et sur la fin, sur la vie et la mort du sujet. C’est la raison pour laquelle on ne peut les étudier sans se reporter à la singularité des mots et des images qui tentent de dire ces énigmes, qu’elle soit individuelle ou collective.
Mots clés : Anthropologie psychanalytique, Mythe magico-sexuel, Énigme, Senso- rialité, Pensée animique, Origine, Pulsion scopique, Absence.
Résumé : L’École doctorale « Recherches en psychanalyse » propose ici le premier numéro de sa revue appelée à témoigner de la vie et des contenus de la recherche en psychanalyse à l’Université, incitant à reparcourir des questions fondamentales car elles touchent au cœur même de l’objet de la psychanalyse. Quand, et sous quelle forme peut-on parler de recherche dans ce domaine ? Comment cette recherche s’est-elle organisée autour de Freud dans les débuts et ne sommes-nous pas plus ou moins tributaires de cette légende des origines ? Quelle place occupe une telle recherche au sein de la communauté scientifique et, en l’occurrence, universitaire ? Qu’attend-on de la clinique : émergence d’un questionnement, mise à l’épreuve d’une hypothèse ou, plus radicalement, terreau d’où la théorie tente de s’extraire tout en restant au plus près de l’exemple qui est « la chose même » ? Toutes ces questions, maintes fois débattues, trouvent à l’Université des échos et des développements spécifiques, mais aussi des écueils qu’il faut tenter de mettre en lumière.
Mots clés : clinique, théorie, méthode, processus, cursus, découverte, interactions de la psychanalyse, Mots-clés : clinique, théorie, méthode, processus, cursus, découverte, interactions de la psychanalyse.
Résumé : Les témoignages religieux font régulièrement état d’un vécu d’élation voire d’ivresse, sentiment d’exaltation et de plénitude indubitables pour qui les a vécus et interprétés comme des moments de contact avec la transcendance. Pour quelle raison ces sensations que l’on pourrait qualifier d’« ivresses sacrées », sont-elles régulièrement présentes, quelque soit la forme de la croyance envisagée ? Comment penser le rapport à la folie de celui qui se dit « fou de Dieu » ? Avons-nous définitivement quitté le sol du rationnel pour entrer dans le subjectivisme impartageable, si ce n’est par l’identification mimétique ? Quels sont les mots qui nous rattachent à ces expériences dont nous n’avons aucune raison de mettre en doute l’existence et les contenus, même si nous ne les avons jamais éprouvés nous-mêmes ? Cet article s’articule autour de l’hypothèse que l’une des plus importantes sources du besoin de croire n’est ni la culpabilité à l’égard du père, ni le désir d’être protégé par lui, mais le besoin d’établir une contre-force opposable à la mélancolie, née de la perte des illusions à la fois sur l’omnipotence narcissique infantile et sur les capacités parentales de réaliser un tel idéal. Contre-force et non mécanisme de défense, car c’est plutôt en termes de dérivation pulsionnelle sublimatoire qu’il faudrait la penser. Mais pas au sens d’une réalisation pulsionnelle amoindrie, affaiblie par rapport à ce que serait une réalisation directe car les ivresses sacrées, ou les ivresses sublimées, ont au contraire une intensité extrême. Cependant, au lieu d’apporter une satisfaction, elles mettent le sujet hors de lui-même au point de lui faire penser qu’il est possédé par une force étrangère, qu’il a néanmoins appelée et attendue. La question de savoir s’il s’agit effectivement d’une rencontre avec le divin ou d’un délire ne fait pas sens ici et, comme avec le discours d’un patient, il faut renoncer à chercher le sens ailleurs que dans le discours lui-même car, qu’il s’agisse des dieux des religions ou même de l’enthousiasme que suscite le Logos, aucune validation extérieure, autre que le vécu du sujet lui-même et sa capacité à l’élaborer, à en faire part, ne peut être trouvée.
Mots clés : Mysticisme, Divin, « Hieromanie », Extase, Croyance, Religion, Mysticism, Divine, “Hieromania”, Ecstasy, Belief, Religion.
Résumé : Le mythe est en tension entre l’individuel et le collectif, travaillé par l’approche psychanalytique et anthropologique dans cette double dimension. Cet article développe, à partir de la notion de « mythe magico-sexuel» des rapprochements avec l’analyse des mythes et celle de leur place dans la psyché individuelle et dans les cultures telles que nous les proposent des anthropologues contemporains : Patrice Bidou, Jacques Galinier, Bernard Juillerat et Pierre Pacaud. Il souligne aussi la place que tient le mythe dans la clinique psychanalytique à partir de l’exemple d’un rêve analysé en fonction du mythe de Niobé.
Mots clés : Pensée archaïque, Origine, Mythe, Anthropologie, « Complexe de Niobé ».Archaic thought, Origin, Myths, Anthropology, Niobe complex.
Résumé : A partir d’une interrogation sur les représentations des actes terroristes dans la presse écrite et à la télévision, on envisagera les notions d’ordre etde désordre d’un point de vue simultanément individuel et collectif, dans un regard psychanalytique en relation avec les apports des autres sciences humaines. Les formes nouvelles du conflit et de la destructivité qui marquent quotidiennement l’actualité incitent à une réflexion élargie sur la nature, les relations, voire les paradoxes de l’opposition entre l’ordre et ledésordre.L’ordre répond à un besoin d’emprise sur le monde et constitue une partie inhérente à la quête du sens de la vie propre à chacun. Pourtant, loin de se développer comme une harmonie, il génère contestations, révoltes et nécessite d’être « maintenu», se confondant à son tour avec une violence « légitime». Sur quels questionnements de la relation à l’autre, dans la famille, dans la cité, entre les états, cette opposition entre « ordre et désordre» nous engage-t-elle?
Mots clés : Politique, Psychanalyse, Terreur, Attentat, Victime, Terrorisme, Ordre, Désordre, Politics, Psychoanalysis, Terror, Attack, Victim, Terrorism, Order, Disorder.
Résumé : Cet article a déjà été publié dans la Nouvelle Revue de Psychanalyse, Idéalisation et sublimation, Mellor-Picaud S., Gallimard, 1983
Résumé : 660 pages
Résumé : En tant qu’activité qui a sa fin en soi, la pensée théoricienne se met elle-même spontanément hors du monde. Abstraire implique de s’arracher à la quotidienneté, et de créer un entourage propice à cette néo-réalité que la pensée joue à construire. On reprendra ici les propos d’Aristote qui définit la vie de l’esprit (Bios theorèticos) comme une vie d’étranger (Bios xenikos) pour souligner que ce trait est de toutes les époques et de toutes les cultures. Mais face à cette extraterritorialité propre à l’intellect se dresse la situation concrète de ceux qui en sont les acteurs: que devient la pensée, qui se meut parmi les universaux, lorsque le penseur est arraché à ses repères familiers, plongé dans un bain de langage étranger, bref exilé? La situation des psychanalystes contraints à l’exil par la montée du nazisme est-elle comparable à celle d’Érasme ou de Spinoza qui constituaient autour d’eux un monde de la pensée en se déplaçant d’un pays à l’autre? On envisagera ici les destins de la psychanalyse en exil non seulement à partir du développement de la théorie, mais aussi vis-à-vis de la pratique clinique et de l’audience que cette nouvelle approche du psychisme pouvait trouver dans le public.
Mots clés : Exil, Nazisme, Cosmopolitisme, Patrie, Exile, Nazism, Cosmopolitanism, Nation.
Résumé : La construction théorique en psychanalyse repose sur une contradiction fondamentale : issue des tréfonds de la psyché du créateur et donc, à ce titre, essentiellement singulière, il lui faut cependant s’affirmer comme valable universellement. De manière générale, l’intérêt d’une théorie est évalué à sa capacité d’être reçue, reconnue et prônée par d’autres qui vont dès lors la partager. Cette contradiction entre l’acte singulier du théoricien et le mouvement groupal qui le reprend se concrétise dans l’usage qui va désigner telle ou telle pratique du nom du théoricien auquel elle se réfère, créant ainsi des « freudiens », des « jungiens » ou des « lacaniens ». Le patronyme a perdu sa majuscule, il est devenu adjectif, qualifiant une identité théorico-pratique. Avec la notion de « désaveu de postérité », on s’interroge ici sur la place ambiguë dans laquelle Freud avait mis Jung. Au-delà de l’anecdotique et du récit de vie, on touche la question de l’identité et donc de l’identification qui est au centre de la construction théorique et, bien sûr, de sa transmission.
Mots clés : Autobiographie, transmission, déviationnisme, Jung, « virus du précurseur », Autobiography, Transmission, Deviationism, Jung, The « Precursor Virus ».
Résumé : Si la retaliation est naturelle, en revanche la reconnaissance de la dette doit être apprise dès l’enfance (« Dis merci »). Elle constitue en effet un acquis fondamental qui conditionne l’établissement d’un lien de droit entre les personnes. Mais l’inconscient peut brouiller les cartes et la dette se déplacer dès lors du créancier réel à un autre imaginaire auprès duquel il n’est pas possible de l’acquitter. Ou encore, le débiteur peut se trouver dans l’incapacité de la reconnaître parce qu’il se considère lui-même comme un créancier indéfiniment lésé. On tente ici, à partir d’exemples, de confronter la logique primitive qui régit le sentiment du « bon droit », qui est toujours celui du sujet, à celle qui préside à l’établissement des règles d’obligations.
Mots clés : Dette, Don, Droit, Contrat, Envie, Retaliation, Paternité, Debt, Gift, Law, Contract, Envy, Retaliation, Paternity.
Résumé : 183 pages
Résumé : a confrontation des conceptions de la temporalité chez Freud et chez Piera Aulagnier amène à souligner chez le premier l’envahissement du présent par le passé et chez la seconde la place du futur. Piera Aulagnier, avec les notions d’« anticipation » et de « projet identificatoire », Freud avec la notion d’« après-coup » et de « processus primaires post-humes », ouvrent une réflexion spécifiquement psychanalytique sur la question philosophique du temps. Ce texte développe comment la rencontre du Je avec le temps s’apparente à la sortie du narcissisme primaire, ce qui rejoint la question de la place de la pulsion de mort vis-à-vis de la temporalité. Il rappelle que la notion d’atemporalité de l’inconscient doit être limitée à celle des « processus du système inconscient », ce qui ouvre un dialogue avec Kant.
Mots clés : Anticipation, Projet identificatoire, Posthume, Atemporalité, Anticipation, Identificatory Project, Posthumous, Atemporality.
Résumé : 174 pages
Résumé :
Résumé :
Résumé : 126 pages
Résumé : 169 pages